14 septembre 2026
Fono Conférences: comment bâtir un système sportif durable et penser l'avenir du Nord?
Le doyen de FSA ULaval, Frank Pons, et le professeur de science politique, Thierry Rodon, ont partagé leur expertise sur l'avenir du sport et les enjeux du Nord

Frank Pons prenait part à un panel de Fono Conférences le 10 septembre et Thierry Rodon à un autre le lendemain, à l'atrium du pavillon Charles-De Koninck.
Les 10 et 11 septembre, durant le festival Fono, 8 conférences ont eu lieu à l'atrium du pavillon Charles-De Koninck, soit tout près de l'événement musical qui s'est déroulé sur le Grand Axe de l'Université Laval. Une quinzaine d'experts ont répondu à des questions portant sur des sujets aussi variés que l'intelligence artificielle, le sport, le leadership, la politique municipale et les enjeux géopolitiques du Nord.
L'un de ces experts était Frank Pons, doyen de la Faculté des sciences de l'administration et directeur de l'Observatoire international en management du sport. Il a pris la parole le 10 septembre dans le cadre d'un panel sur le thème «Bâtir un système sportif durable: un choix de société gagnant».
L'une de ses interventions a porté sur l'importance d'un budget adéquat pour soutenir les athlètes amateurs canadiens. «Je garantirais un budget pluriannuel sur 10 ans, a-t-il expliqué. Si l'appareil fonctionne bien, on aura plus de médailles d'or. Le budget ne viendrait pas uniquement du ministère des Sports. Une partie devrait aussi venir du ministère de la Santé. Si on travaille sur les jeunes à la base de la pyramide sociale, on aura des bénéfices sur la santé à court terme et des succès sportifs à plus long terme.»
Le conférencier a cité la Norvège en exemple. «Les Norvégiens, a-t-il souligné, ont une priorité: la santé. Après avoir financé la santé, ils redirigent la majeure partie des sommes restantes vers le sport. Ce qu'il manque au Canada, c'est une vision systématique et prévisible, une stabilité.»
«Aux Pays-Bas, a-t-il poursuivi, il est beaucoup plus facile pour les athlètes de trouver des commanditaires, du financement, qu'au Canada. Cette récompense à la performance se voit par exemple en patinage de vitesse.»
Sur le Comité international olympique, Frank Pons dira que cet organisme à but non lucratif commercialise très bien son produit. Il a ajouté que les revenus des Jeux d'été de Paris ont dépassé les 7 milliards de dollars. La majorité de ces revenus ont été redirigés vers les comités olympiques nationaux, les fédérations internationales et autres. Dans le système olympique, une somme de 40 millions de dollars va directement aux athlètes qui vont participer aux Jeux olympiques suivants. Ceux-ci reçoivent 10 000 dollars chacun.
«La nouvelle présidente du Comité olympique canadien, Kirsty Coventry, a annoncé la création d'un fonds qui va accorder 10 000 dollars supplémentaires à ces athlètes, a indiqué le conférencier. C'est mieux que rien. On a un choix à faire: sans athlètes, y'a pas de Jeux olympiques. Un athlète olympique crée une valeur importante. Elle est médiatique, commerciale. L'athlète suscite la fierté nationale. Il crée aussi une valeur sociale. Combien de gens se mettent au sport après les Jeux? Les gouvernements doivent intervenir et gérer cette valeur.»
Le Nord, entre souveraineté et réalités humaines

Durant la conférence, Thierry Rodon a diffusé sur grand écran une série de photographies rapportées du Nord. Ici, Happy Valley, Iqaluit, 2007.
— Thierry Rodon
Le 11 septembre, Thierry Rodon, professeur en science politique et spécialiste des enjeux nordiques et autochtones, participait au panel «La souveraineté du Nord: enjeux, responsabilités et perspectives».
Aux côtés de l'analyste politique Tasha Kheiriddin, dans une discussion animée par la journaliste Émilie Dubreuil, le chercheur a proposé une lecture de l'Arctique qui dépasse les considérations militaires et géopolitiques souvent mises de l'avant dans l'actualité.
Alors que Tasha Kheiriddin a insisté sur l'intérêt que suscitent les minéraux critiques et le pétrole de l'Arctique (avec «les Chinois, les Russes qui envoient leur brise-glace» en exploration), et la «vulnérabilité» de l'Arctique par la faible présence militaire canadienne, Thierry Rodon a porté le regard vers les quelque 70 000 Inuit qui l'habitent et les défis auxquels ils doivent faire face.
À propos de la souveraineté territoriale de l'Arctique, il a rappelé la position adoptée par les Inuit en 2009 face aux revendications des États arctiques, le Canada, les États-Unis, la Russie, le Danemark et la Norvège. «Il n'y aura pas de décision qui va être prise sur l'Arctique sans notre consentement. C'est notre territoire.» Selon le professeur, les Inuit cherchent davantage à protéger le territoire qu'à le contrôler.
Quant à leurs relations avec les gouvernements canadien et québécois, les Inuit revendiquent l'autodétermination, a ajouté Thierry Rodon.
Des défis bien réels
Au-delà des questions de sécurité, les préoccupations quotidiennes demeurent bien réelles. Le professeur Rodon a rappelé que 76% des Inuit vivent en situation d'insécurité alimentaire. À cela s'ajoutent le surpeuplement et une espérance de vie inférieure à celle observée dans l'ensemble du Canada. «L'espérance de vie d'un Inuit, c'est 10 ans de moins que l'espérance de vie d'un Canadien», a-t-il indiqué.
Il note par ailleurs une évolution dans les investissements au Nord et parle de «double usage», pas seulement militaire, mais aussi pour répondre aux besoins des populations. «Je pense qu'on a avancé un petit peu par rapport à ce qu'on faisait avant.»

Des changements climatiques qui bouleversent les modes de vie
Les changements climatiques figurent également parmi les transformations majeures observées dans les communautés nordiques. Les échanges de Thierry Rodon avec des aînés inuit témoignent d'un territoire en mutation rapide. «Ils ne reconnaissaient plus la glace et les endroits où ils pouvaient voyager sans risque n'existent plus.»
La formation de la glace survient plus tard qu'autrefois. «Ils voient des abeilles, maintenant, dans l'Arctique. Il n'y en avait pas.»
Une modernité inuit
Malgré les transformations liées à la sédentarisation des Inuit, amorcée dans les années 1950, le respect des personnes aînées et le lien avec le territoire demeurent, constate le chercheur sur le terrain.
Ses travaux sur la mobilité des jeunes inuit qui sont allés à l'université montrent qu'ils retournent dans leur communauté après leurs études. «Les jeunes définissent leur propre modernité, qui n'est pas la nôtre.»
Pour Thierry Rodon, l'avenir passe aussi par le développement d'infrastructures locales. Il a donné l'exemple d'Inukjuak, où la communauté s'est mobilisée pour implanter sa propre centrale hydroélectrique afin de réduire sa dépendance au diesel. Selon lui, ce projet constitue un bel exemple d'autonomie énergétique portée localement.
Croiser les idées
«Une université d'impact, comme l'est l'Université Laval, c'est un lieu où s'entrechoquent les idées. Fono Conférences offre une occasion unique de mettre à profit la recherche dans un événement grand public pour faire émerger des idées nouvelles», avait souligné la rectrice Sophie D'Amours en mai, lors du dévoilement de la programmation.
Organisé par BLEUFEU et l'Université Laval, le festival Fono était présenté par Beneva en collaboration avec RBC.

























