
Le Stade olympique de Montréal, conçu par l'architecte français Roger Taillibert
— Getty Images / Michal Stipek
Le 1er août 1976, la flamme olympique s'éteignait à Montréal. Au cours des deux dernières semaines, les médias ont rappelé les plus grands moments de cette 21e olympiade de l'ère moderne. Cinquante plus tard, il reste bien sûr tous ces beaux souvenirs et un héritage sportif, mais surtout des bâtiments. Richard Pleau, professeur à l'École d'architecture, indique ce qui distingue le complexe olympique encore aujourd'hui et pourquoi il devrait susciter la fierté chez les Québécoises et Québécois.
Quelles sont les caractéristiques architecturales du Stade olympique et des autres bâtiments du complexe olympique qui demeurent avant-gardistes aujourd'hui?
Le mât incliné, le toit rétractable et la toiture en béton du Vélodrome olympique constituent trois réalisations qui étaient extraordinairement avant-gardistes en 1976 et qui demeurent encore aujourd'hui des prouesses d'ingénierie et d'architecture.
Avec une hauteur comparable à celle de la Place Ville Marie et une inclinaison de 30° par rapport à l'horizontale, le mât du Stade olympique est la tour inclinée la plus spectaculaire au monde. Les tours jumelles de la Puerta de Europa, construites à Madrid 20 ans plus tard, sont les seules qui s'en approchent, mais à une échelle nettement inférieure: elles sont environ 30% moins hautes et leur inclinaison est deux fois moindre, soit 15°.
Le concept d'un toit rétractable en toile suspendu à des câbles, dont la superficie dépasse trois fois celle d'un terrain de football, représentait une ambition technologique exceptionnelle, probablement trop avancée pour son époque. Installé en 1987, ce premier toit mobile a finalement dû être remplacé par une toiture fixe en 1998 en raison de nombreux problèmes techniques.
La toiture du Vélodrome olympique demeure l'une des plus vastes voûtes en béton au monde. Elle se distingue par ses nombreux lanterneaux, qui couvrent environ les deux tiers de sa superficie et qui permettent un apport généreux de lumière naturelle, conférant à cette structure monumentale une remarquable impression de légèreté. Avec une surface plus de 4,5 fois supérieure à celle du Palais des Sports des Jeux olympiques de Rome de 1960 et du terminal TWA de New York, elle surpasse largement deux ouvrages pourtant considérés comme des chefs-d'œuvre de l'ingénierie et de l'architecture du 20e siècle.
Le Stade olympique a longtemps suscité autant d'admiration que de controverses. Comment interprétez-vous cette relation particulière entre la population québécoise et ce monument?
Le désamour de nombreux Québécois envers le Stade olympique est largement attribuable à son toit rétractable. Élément emblématique de l'ensemble architectural, celui-ci s'est révélé être un projet trop ambitieux pour les technologies de l'époque. Depuis près de cinquante ans, il a accumulé les défaillances, suscité les moqueries et nécessité des investissements de plusieurs centaines de millions de dollars.
Cette page est toutefois en voie d'être tournée. Le remplacement actuel de la toiture par un toit fixe, conçu à partir de technologies et de connaissances plus récentes et éprouvées, devrait enfin mettre un terme à ce problème récurrent.
Au-delà de cette longue controverse, le Stade olympique demeure une œuvre patrimoniale exceptionnelle dont les Québécois peuvent être fiers. À cet égard, un parallèle peut être établi avec l'Opéra de Sydney. Aujourd'hui considéré comme l'un des chefs-d'œuvre de l'architecture moderne, cet édifice est lui aussi issu d'un mégaprojet qui dépassait largement les capacités techniques de son époque. Sa construction a été marquée par d'importants défis d'ingénierie, des conflits politiques, des dépassements de coûts considérables et des retards majeurs: achevé après quatorze ans de travaux, il a finalement coûté près de vingt-cinq fois plus que l'estimation initiale.
Ces difficultés n'ont toutefois pas empêché l'Opéra de Sydney de devenir l'un des symboles les plus prestigieux de l'Australie et une icône architecturale reconnue dans le monde entier. On peut espérer qu'une fois doté de sa nouvelle toiture, le Stade olympique connaîtra une évolution comparable et qu'il sera davantage perçu comme l'exploit architectural qu'il représente que comme les difficultés qui ont marqué son histoire.
Quel avenir peut-on envisager pour le complexe olympique de Montréal?
Bien au-delà de sa fonction première d'accueillir des événements sportifs, le Stade olympique a été conçu comme un monument célébrant le génie humain, sans que son utilisation après les Jeux de Montréal de 1976 ne constitue une préoccupation majeure. Bien que les Expos de Montréal y aient évolué pendant plus de 27 ans, il a toujours été considéré comme un stade de baseball imparfait, puisqu'il n'avait pas été conçu à cette fin. Le défi demeure donc de lui trouver une vocation capable de tirer pleinement profit de sa monumentalité et du caractère exceptionnel de son architecture. Son utilisation comme grande enceinte événementielle exploitée toute l'année, accueillant concerts, spectacles et compétitions internationales, représente probablement l'avenue la plus prometteuse pour lui redonner le rayonnement qu'il mérite.
À l'inverse, le Biodôme de Montréal constitue un remarquable exemple de reconversion réussie d'une installation olympique. En transformant l'ancien Vélodrome en musée vivant consacré à la biodiversité et aux écosystèmes, on a su mettre en valeur les qualités spatiales exceptionnelles du bâtiment et créer un concept qui possède très peu d'équivalents dans le monde. Les rénovations réalisées entre 2018 et 2020 ont renforcé cette approche en révélant davantage l'architecture originale tout en améliorant l'expérience des visiteurs.
Ensemble, le Stade olympique et le Biodôme forment un patrimoine architectural exceptionnel qui témoigne de l'audace et de la créativité de l'architecture moderne en béton. Ils illustrent deux trajectoires complémentaires: celle d'un monument toujours à la recherche de sa pleine vocation et celle d'une reconversion devenue une référence internationale.
























