
Jaco Pastorius laisse derrière lui une œuvre majeure dont l'élan a été brutalement interrompu par sa mort tragique à 35 ans. On le voit ici en concert à Amsterdam en 1980.
— Chris Hakkens, Wikimedia Commons
Il y a de ces albums qui marquent leur époque. En 1976, un jeune prodige américain fait irruption sur la scène jazz avec un premier disque éponyme. En quelques pistes, Jaco Pastorius révolutionne la basse électrique avec des rythmes complexes et une approche mélodique inédite.
Cinquante ans plus tard, son héritage continue de résonner. Et c'est au Théâtre de la cité universitaire que cette œuvre reprendra vie dans un format plutôt rare: le Big Band, avec quatre bassistes et une vingtaine de musiciens professionnels et étudiants. Ce spectacle sera présenté le 25 juin en ouverture du festival Québec Jazz en juin.
Souvent jouée en petites formations, la musique de Jaco Pastorius prend une tout autre dimension avec un ensemble. «Présenter ce spectacle en Big Band, c'est un rêve, mais aussi un immense défi, explique Carl Mayotte, bassiste et codirecteur artistique du projet. L'enjeu est de rendre toute la finesse de l'écriture. Certaines pièces semblent simples, mais elles ont toujours des subtilités au point de vue rythmique et de l'intensité. On peut jouer toutes les notes sur la partition, mais il faut surtout trouver la bonne intention et le bon groove. C'est ce qui rend la chose difficile.»

Une partie de l'ensemble était en répétition le 14 juin sous la direction musicale du chargé d'enseignement Martin Desjardins. Bien qu'il ne s'agisse que d'une première rencontre musicale, la puissance du son et le talent des interprètes étaient déjà au rendez-vous.
— Matthieu Dessureault - Université Laval

Titulaire d’un baccalauréat en interprétation jazz de l’Université Laval et d’une maîtrise de l’Université McGill, Carl Mayotte a été sacré Révélation jazz Radio-Canada en 2020.
— Matthieu Dessureault - Université Laval
Pour donner vie aux multiples facettes de Jaco Pastorius, Carl Mayotte s'est entouré d'Alain Caron, figure emblématique de la basse six cordes et pionnier du jazz fusion, de Rémi-Jean LeBlanc et de Gabrielle Gélinas.
Les quatre bassistes se partageront la scène au fil du concert, chaque artiste interprétant les œuvres qui correspondent le mieux à son approche de l'instrument. «Chaque bassiste a été influencé à sa manière par Jaco Pastorius, souligne Carl Mayotte. Alain Caron l'a découvert à ses débuts dans les années 1970-1980, tandis que Rémi-Jean LeBlanc, Gabrielle Gélinas – avec qui j'ai étudié à l'Université – et moi appartenons à des générations plus jeunes. Pour quiconque apprend la basse, Jaco Pastorius est un incontournable. Nous avons choisi le répertoire en fonction des forces de chacun.»

Laurent Barbier, chargé de cours, Raphaël Mercier, étudiant en guitare jazz, et Aaron Wolf, doctorant en interprétation jazz
— Matthieu Dessureault - Université Laval
Parmi les 24 musiciens de l'ensemble, la moitié sont des étudiants de la Faculté de musique. «À leur place, j'aurais capoté de pouvoir participer à un tel concert, lance Carl Mayotte. Les étudiants sont accompagnés de musiciens de très haut niveau. C'est extrêmement motivant.»
Cette dimension pédagogique et intergénérationnelle s'inscrit dans la mission même du festival, rappelle Patricia Deslauriers, cofondatrice et directrice artistique de Québec Jazz en juin. «C'est dans notre ADN: faire de la place aux étudiants, aux jeunes musiciens. Leur donner de la visibilité, mais aussi l'occasion de jouer dans un contexte professionnel. En côtoyant des musiciens professionnels, c'est là qu'on progresse vraiment.»
Un festival qui fait vibrer le campus
Québec Jazz en juin propose plusieurs concerts sur le campus, du 25 au 28 juin. Outre l'hommage à Jaco Pastorius, des prestations intimistes seront offertes au LARC, le Laboratoire audionumérique de recherche et de création.
Au programme, l'ensemble Gouverneur de la musique du Royal 22e Régiment, le Charley Rose Trio, le pianiste Taylor Eigsti, le bassiste Nicolas Bond, le batteur Christian Pamerleau et le trio Oltremare.
«Les spectacles au LARC sont une collaboration très précieuse pour le festival, ajoute Patricia Deslauriers. Habituellement fermé au public, ce studio accueille des artistes internationaux, qui peuvent venir découvrir un lieu magique avec un piano qui fait l'envie de tous les pianistes. Pour les spectateurs, il offre des conditions d'écoute exceptionnelles.»
Cette présence du festival sur le campus est le fruit d'un partenariat renouvelé avec l'Académie estivale de la Faculté de musique. Créée en 2021, cette initiative permet aux étudiantes et étudiants de rencontrer des artistes établis et de perfectionner leur pratique, tout en faisant découvrir le jazz sous toutes ses formes à un large public.
«Encore une fois, grâce au partenariat avec Québec Jazz en juin et à la générosité de nos donateurs, les étudiants ont l'occasion d'assister à plusieurs ateliers animés par des enseignants de la Faculté et des invités de renom, dont le guitariste Mike Rud et le contrebassiste Paul Johnston. Ces formations contribuent à leur professionnalisation et les préparent à se produire dans le cadre du festival», souligne le professeur François Rioux, qui dirige l'Académie estivale aux côtés de la doyenne Carmen Bernier, du directeur exécutif Pierre-Olivier Roy et de partenaires du milieu culturel.
























