
Azur Simard, étudiante à la maîtrise en musique – interprétation (soliste), interprète le rôle du corbeau dans la fable Le corbeau et le renard. Elle est l'une des trois chanteuses lyriques du spectacle Fables lyriques pour petits et grands enfants.
— Matthieu Dessureault
Maître corbeau sur son arbre perché n'a pas pris une ride au fil des siècles. Pas plus que la cigale insouciante qui a chanté tout l'été ni la grenouille orgueilleuse qui voulait être aussi grosse que le bœuf. Leurs mésaventures sauront certainement encore amuser des personnes de tous âges lors du spectacle Fables lyriques pour petits et grands enfants, présenté les 1er et 2 août au pavillon Louis-Jacques-Casault.
Cinq fables – Le corbeau et le renard, La cigale et la fourmi, La grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf, Le paon se plaignant à Junon et La chauve-souris et les deux belettes – tissent la trame de fond de ce spectacle, qui allie théâtre pour enfants et opéra. Sur scène, le personnage de Maxime, dont le nom rappelle l'intention éducative au cœur des fables, assure la narration et agit comme guide dans l'univers de Jean de La Fontaine.
Des artistes qui interagissent avec le public
À l'origine de cette création se trouvent les Productions Cont'opéra, une compagnie cofondée il y a trois ans par Jean-François Mailloux, pianiste accompagnateur à la Faculté de musique. «Notre mission est de faire découvrir l'opéra à un large public en passant par les contes et les récits bien connus. C'est une façon de rendre l'art lyrique plus accessible. Quand je compose la musique d'un opéra, j'essaie de créer un spectacle que j'aurais aimé voir à huitans», précise-t-il.

Le pianiste Jean-François Mailloux a composé la musique du spectacle Fables lyriques pour petits et grands enfants. Il est également l'un des trois musiciens qui montent sur scène.
— Matthieu Dessureault
Chaque production de la compagnie s'inscrit donc dans un mouvement de médiation culturelle. Dans le cas des Fables lyriques pour petits et grands enfants, les chanteuses posent des questions aux jeunes spectateurs. «Que veut dire tel mot ou telle expression? On veut que les enfants comprennent et apprécient la poésie de La Fontaine», explique-t-il.
Ces interventions avec le public rendent par ailleurs l'expérience plus amusante et accessible. «Les jeunes spectateurs deviennent des participants plutôt que de simples observateurs. On ajuste le texte et le jeu pour s'assurer que tout soit très vivant», indique pour sa part Érika Gagnon, chargée de cours à la Faculté de musique, qui signe la mise en scène du spectacle.
Trois interprètes lyriques incarnent tour à tour animaux, narrateurs et personnages, accompagnées par un trio instrumental composé du piano, de la flûte et de la clarinette. L'orchestration établit même des liens entre les instruments et certains animaux. Par exemple, la flûte est associée à la chauve-souris tandis que la clarinette accompagne davantage les belettes. «Tous ces petits détails dans la répartition des rôles ajoute beaucoup de mouvement au spectacle et suscite l'imaginaire. En plus, on a des marionnettes pour compléter le tout. Et les marionnettes sont tellement drôles», s'exclame en riant Jean-François Mailloux.
Entre tradition et modernité
La soprano Catherine-Élisabeth Loiselle, qui incarne le personnage de Maxime, connaît bien les opéras inspirés de l'œuvre de Jean de La Fontaine. Cette doctorante à la Faculté de musique poursuit des recherches sur les différentes adaptations lyriques des fables. Alors, lui a-t-on demandé, en quoi l'adaptation à laquelle elle participe se distingue-t-elle des autres?
«Souvent, les adaptations qui conservent intégralement le texte sont habituellement interprétées par un seul chanteur. Quand plusieurs chanteurs jouent les différents rôles, le texte est habituellement réécrit. Ce spectacle est un entre-deux. On garde le texte original et on l'interprète à plusieurs», soutient la doctorante.
Catherine-Élisabeth Loiselle souligne également qu'au début, les textes de La Fontaine étaient réécrits pour s'ajuster à la musique classique. «Étant donné que la poésie de La Fontaine se rapproche un peu de la prose, elle ne pouvait être mise en musique selon les règles qui avaient cours au 17e siècle. Ce n'est qu'au 19e siècle, avec les Offenbach et les Lecocq, qu'on a osé utiliser la fable dans son intégralité», poursuit-elle.

La soprano Catherine-Élisabeth Loiselle interprète le rôle de Maxime. Étudiante au doctorat, elle poursuit des travaux sur les adaptations lyriques des Fables de La Fontaine.
— Matthieu Dessureault
Sur le plan musical, l'adaptation de Jean-François Mailloux puise dans différentes traditions, dont des plus modernes, comme le jazz.
Un «vrai» opéra
Même si le spectacle est destiné avant tout à un jeune public, les artistes insistent sur le fait qu'il s'agit d'une authentique rencontre avec l'art lyrique. L'objectif n'est pas de simplifier ou de dénaturer l'opéra, mais plutôt de présenter toute sa richesse dans un format adapté.
«On a une visée pédagogique. On veut faire découvrir la “vraie affaire”. Ce n'est pas un livret écrit pour des demi-chanteurs ou des demi-voix. Le spectacle est interprété par d'excellentes chanteuses d'opéra, qui font voir leurs grandes capacités lyriques. On veut initier les jeunes à cette musique-là, on veut éduquer leurs oreilles à ces sons-là», affirme Jean-François Mailloux, qui ajoute que le spectacle peut constituer une belle initiation à l'opéra pour les gens de tous âges. «D'ailleurs, dit-il, on voit souvent dans nos spectacles des grands-parents qui viennent avec leurs petits-enfants.»
Pour prolonger l'expérience, les jeunes spectateurs repartiront avec une petite surprise à la fin de la représentation: un souvenir créatif qui leur permettra de garder un lien avec l'univers des fables bien après la tombée du rideau.
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