11 août 2026
Trois questions sur les commentaires publics concernant le poids et l’image corporelle des célébrités
La professeure Marilou Côté analyse les effets des opinions sur le poids d’Ariana Grande et propose des pistes pour favoriser une relation saine au corps et à l’apparence

Beaucoup de spéculations ont récemment circulé sur les réseaux sociaux concernant la santé et le poids de la chanteuse et actrice américaine Ariana Grande.
— Heleni Santos
La chanteuse et actrice Ariana Grande a annoncé qu'elle allait se retirer temporairement de la vie publique à la fin de sa tournée. Les suppositions sur les raisons derrière cette décision de se tenir loin des projecteurs pullulent sur les réseaux sociaux et dans les médias. Beaucoup présument qu'il s'agit d'une réaction aux commentaires publics sur son poids. Marilou Côté, professeure en psychoéducation à la Faculté des sciences de l'éducation et psychologue au Centre d'expertise poids, image et alimentation, expose les répercussions des commentaires relatifs à l'apparence corporelle des célébrités et discute de la pression sociale entourant le poids et l'apparence.
Quels effets les commentaires publics sur le poids ou l'apparence d'une célébrité peuvent-ils avoir, tant sur la personne visée que sur celles qui y sont exposées?
Commenter le corps d'autrui est plus susceptible de nuire que d'aider, la science est claire à ce sujet. Pour la personne qui reçoit le commentaire, qu'elle présente un poids plus élevé ou plus faible, ces remarques peuvent générer de la détresse et de la honte, miner l'estime de soi et contribuer à une image corporelle plus négative, voire, chez certaines personnes, au développement de comportements alimentaires problématiques. Et cela demeure vrai même lorsque le commentaire se veut positif ou motivé par une inquiétude sincère. Comme une variation de poids ou un changement d'apparence peut avoir de multiples explications (p. ex. une maladie, une difficulté psychologique, un médicament, un deuil ou une période de stress), nous ne devrions pas présumer des raisons qui sous-tendent ce changement ni le commenter.
Les effets de ces commentaires ne s'arrêtent pas là. Ils peuvent également toucher les personnes qui en sont témoins. Lorsqu'ils visent des célébrités et sont largement diffusés, ils contribuent à renforcer l'idée que le poids et l'apparence sont des caractéristiques importantes à surveiller et à évaluer, ce qui peut accentuer la pression ressentie à l'égard de son propre corps et alimenter les préoccupations liées au poids et à l'alimentation. Nous gagnerions donc collectivement à nous abstenir de commenter le corps, le poids ou l'apparence des autres.
Peut-on s'inquiéter du retour d'un idéal de minceur extrême sans commenter le corps des célébrités qui semblent l'incarner?
Il est tout à fait légitime de s'inquiéter des modèles corporels qui sont valorisés dans l'espace public. Les idéaux de beauté évoluent, et plusieurs s'inquiètent actuellement d'un retour de la minceur extrême, notamment chez des célébrités très en vue auprès des jeunes. Or, l'exposition répétée à un idéal valorisant une grande minceur peut amener les personnes qui y sont exposées à développer une image corporelle plus négative et davantage de préoccupations à l'égard du poids et de l'apparence.
Cela ne signifie toutefois pas que les célébrités dont le corps semble correspondre à cet idéal devraient en porter personnellement la responsabilité. Le corps de celles-ci, particulièrement celui des femmes, est constamment scruté, commenté et disséqué dans les médias traditionnels comme sur les réseaux sociaux. Cette attention ne vise pas uniquement les corps considérés comme «trop gros», mais aussi ceux jugés «trop minces». Prendre du poids comme en perdre devient matière à critiques et à jugements.
Il semble donc plus approprié de dénoncer cette tendance sociétale que de faire porter cette responsabilité à des individus précis, comme Ariana Grande. En ciblant une personne plutôt qu'un phénomène social, on risque non seulement de nuire à la personne qui fait l'objet de ces commentaires, mais aussi de détourner l'attention du problème plus large: la pression sociale entourant le poids et l'apparence.

La psychologue Marilou Côté est professeure à la Faculté des sciences de l'éducation et chercheuse au Centre d'expertise poids, image et alimentation affilié à l'Institut sur la nutrition et les aliments fonctionnels.
— Institut sur la nutrition et les aliments fonctionnels
Que pouvons-nous faire, individuellement et collectivement, pour favoriser une relation plus saine au corps et à l'apparence?
Nous pouvons d'abord résister à l'envie de commenter le corps des autres et cultiver un regard plus bienveillant, tant à l'égard de notre propre corps qu'à l'égard de celui d'autrui. Mais nous pouvons aussi être plus attentifs aux contenus que nous choisissons de regarder. Les vidéos, publications et articles centrés sur le poids ou les changements corporels des célébrités, mais aussi de personnes moins connues, sont aujourd'hui omniprésents. En les regardant, en les commentant ou en les partageant, nous contribuons à leur visibilité, mais aussi à maintenir le poids et l'apparence au centre des conversations.
À l'inverse, nous pouvons choisir d'accorder davantage d'attention à des contenus qui valorisent une diversité de corps et qui ne placent pas systématiquement l'apparence au premier plan. Les médias et les créateurs de contenu ont également un rôle à jouer en diversifiant les corps représentés et les sujets qu'ils mettent de l'avant. Les mots que nous choisissons, les conversations que nous entretenons et les contenus auxquels nous accordons notre attention contribuent tous à façonner notre rapport collectif au poids et à l'apparence. Faisons en sorte qu'ils deviennent des leviers d'inclusion plutôt que de jugement.
Propos recueillis par Manon Plante
























