22 juin 2026
Inventaire du patrimoine immobilier de la MRC de Bellechasse: 48 personnes étudiantes mises à contribution
Dans le cadre de l'université d'été sur le patrimoine et les technologies numériques, des étudiantes et étudiants ont réalisé 24 projets sur autant de bâtiments qui présentent une valeur patrimoniale

Maison ancienne située sur le chemin du Domaine à Beaumont. Le copropriétaire Luc Fontaine, que l'on voit au-devant, l'a acquise avec sa sœur en 1982.
«C'est un coup de cœur que ma sœur a eu, explique l'architecte Luc Fontaine, copropriétaire d'une maison ancienne située sur le chemin du Domaine à Beaumont. Elle était au bureau de poste en face, elle a vu que la maison était à vendre. Elle m'en a parlé au souper. “Une belle maison ancienne. Ça te dirait pas de l'acheter avec moi?” On l'a achetée ensemble en 82. L'histoire d'amour [entre la maison et nous] a commencé après ça.»
C'est par ces mots que commence un court film ethnographique de six minutes réalisé il y a quelques semaines par Frédérique Mayette et Frédérique Thiffault, deux étudiantes inscrites au baccalauréat intégré en sciences historiques et études patrimoniales, dans le cadre de l'université d'été sur le patrimoine et les technologies numériques. Cette formation est placée sous la responsabilité du professeur d'histoire et d'ethnologie Laurier Turgeon, du Département des sciences historiques de l'Université Laval. Elle s'est déroulée en partenariat avec la municipalité régionale de comté (MRC) de Bellechasse, près de Québec. La formation a attiré 48 étudiantes et étudiants qui, en tout, ont réalisé 24 projets, soit une douzaine d'enregistrements sonores et une dizaine d'enregistrements audiovisuels, et ce, entre le 18 et le 24 mai 2026. Très variés, les types de bâtiments comprenaient notamment un manoir seigneurial, une grange-étable octogonale, un moulin, une forge et autres.
Un exemple d'architecture «québécoise»
Selon Luc Fontaine, sa résidence est une maison à l'architecture «québécoise», notamment par la disposition symétrique des fenêtres et des portes, et des fenêtres à 24 petits carreaux. L'âge du bâtiment demeure toutefois inconnu. «Elle a une facture ancienne, dit-il. Au début de nos travaux de restauration, on a trouvé une pièce de monnaie datant de 1837, ce qui donne une approximation quant à l'époque de construction.»

Luc Fontaine dans sa cuisine. Selon lui, «le matériau ancien, qui est encore bon, on le conserve, on maintient la richesse de l'authenticité».
La structure en pièce sur pièce est composée de gros madriers de 17,7 cm sur 22,8 cm assemblés à queue-d'aronde dans les coins. «La maison a évolué un peu avec le temps, poursuit-il, notamment par l'installation de plus grandes fenêtres et l'ajout d'une galerie en avant. C'était une maison très modeste à notre arrivée. Dans la cuisine, il y avait un lavabo sur un petit comptoir avec environ un mètre d'armoires. À l'étage, il y avait une toilette. On a beaucoup investi pour rendre la maison plus fonctionnelle. Mais toujours dans un souci de garder le tissu historique, en modifiant des éléments le moins possible.»
La maison comportait deux sections. L'adresse 31, où se sont succédé quelques commerces au fil du temps tels que cordonnerie, petite épicerie et bureau de poste, et l'adresse 29, qui a servi d'habitation très modeste.
Spécialisé dans le patrimoine bâti, Luc Fontaine a réalisé sur ce site plusieurs importants travaux de conservation et de restauration conjointement avec sa sœur, ingénieure en structure. Dans son approche patrimoniale, il privilégie la conservation et la réparation des structures d'origine. «Le matériau ancien, qui est encore bon, on le conserve, on maintient la richesse de l'authenticité, soutient-il. Les portes, les fenêtres, les moulures, les colonnes à l'extérieur, tout ça nécessite d'avoir une approche de conservation.»
Il se dit profondément attaché à cette maison. «Ce n'est pas évident, une maison ancienne, poursuit-il. Ça prend beaucoup de temps pour l'entretenir et l'améliorer. Ça prend de l'amour et ça prend des ressources aussi. Je souhaite longue vie à la maison. La richesse, on la retrouve souvent dans la modestie, comme ici.»

Les deux copropriétaires ont beaucoup investi pour rendre la maison plus fonctionnelle, tout en modifiant des éléments le moins possible.
Une formation théorique et professionnalisante
Pour rappel, l'université d'été 2026 a été consacrée à la réalisation numérique de l'Inventaire du patrimoine immobilier de la MRC de Bellechasse. Cet inventaire vise à répondre à la Loi sur le patrimoine culturel et d'autres dispositions législatives. Cette loi stipule, entre autres, qu'une MRC doit adopter et mettre à jour périodiquement un inventaire des immeubles construits avant 1940 sur son territoire qui présentent une valeur patrimoniale. Les informations recueillies permettront aux autorités de prendre des décisions éclairées relatives à la conservation et à la mise en valeur des bâtiments anciens.
Cette MRC sera la première au Québec à inclure dans son inventaire des enregistrements sonores et audiovisuels issus d'entrevues avec les propriétaires de maisons anciennes, et même une reconstitution 3D d'une telle maison.
«Les étudiants reçoivent une formation théorique et professionnalisante, explique Laurier Turgeon. La formule pédagogique est innovatrice. Les étudiants travaillent avec les partenaires. Ils vont sur le terrain. Surtout, ils mettent la main à la pâte en rencontrant des gens, en visitant des maisons et en faisant des entrevues. Ils apprennent comment récolter des données, comment faire une captation vidéo et comment prendre des photos. Je suis très satisfait des résultats de l'ensemble des projets. Ils étaient très motivés et tous ont beaucoup apprécié leur terrain.»
Une maison ancienne a une histoire
Selon le professeur, on pourrait penser que les propriétaires de maisons anciennes sont pour la plupart des architectes ou des personnes ayant une profession liée au bâtiment. Or, l'université d'été a révélé une assez grande variété chez les propriétaires rencontrés, notamment des avocats et des notaires, ainsi qu'un artiste peintre, un consultant en patrimoine bâti et une artisane en art textile.
«Une maison ancienne, par définition, a une histoire, soutient-il. Elle a une vie intérieure, c'est un lieu vivant. Les acheteurs, qui sont des historiens dans l'âme, sont pleinement investis dans le passé et ont le désir de conserver les traces de ce passé. Ils veulent s'approprier le passé, l'inscrire dans le temps, le prolonger, le préserver pour les générations futures, conserver les traces du passé et participer directement à l'histoire de la région. Une maison ancienne donne une identité au propriétaire. Elle lui permet de vivre le passé au quotidien.»
L'inventaire du patrimoine immobilier de la MRC de Bellechasse sera accessible au courant de l'été.
Visionner le témoignage de l'architecte Luc Fontaine:
























