15 mai 2026
Nommer l'IA en français pour mieux la comprendre, l'encadrer et innover
Une initiative de l'OQLF à laquelle a contribué le professeur Jean-François Lalonde souligne l'importance d'une terminologie française pour mieux encadrer les technologies

L'Office québécois de la langue française a dévoilé récemment une version actualisée et bonifiée de son vocabulaire de l'intelligence artificielle.
— Getty Images, Ole_CNX
L'intelligence artificielle (IA) fait désormais partie du quotidien, des salles de classe aux environnements de travail. Mais encore faut-il pouvoir en parler avec justesse. C'est dans cette optique que l'Office québécois de la langue française (OQLF) a dévoilé, le 7 mai dernier, une version actualisée et bonifiée de son vocabulaire de l'IA. Parmi les contributeurs à cet outil de référence figure l'Institut intelligence et données (IID) de l'Université Laval.
Cette nouvelle version, intitulée L'intelligence artificielle en évolution: les termes de l'IA, couvre plus de 200 concepts liés au domaine. Pour Jean-François Lalonde, directeur scientifique adjoint de l'IID et professeur au Département de génie électrique et de génie informatique, cette initiative dépasse toutefois largement l'exercice terminologique.
«La langue est un vecteur de compréhension et de participation citoyenne. Nommer les concepts en français, c'est se donner les moyens de les questionner, de légiférer et d'innover à partir de notre contexte culturel québécois.»
Suivre le rythme de l'innovation, une question de souveraineté numérique
L'actualisation régulière de cette banque terminologique s'avère essentielle dans un domaine en constante évolution. «De nouveaux termes techniques, la plupart du temps en anglais, sont constamment inventés. Sans mise à jour continue, la terminologie française se retrouve en retard», explique Jean-François Lalonde.
Cette vigilance permet non seulement de maintenir la pertinence du français dans les milieux scientifiques, mais aussi de favoriser une participation active des francophones aux discussions entourant la réglementation, l'éthique et l'utilisation de l'IA.
Dans un contexte où les grandes avancées en IA sont majoritairement diffusées en anglais, la mise au point d'une terminologie française constitue donc un enjeu de souveraineté numérique.
«Contribuer à ce vocabulaire, c'est aussi affirmer que la souveraineté numérique commence par la capacité de comprendre les outils qu'on utilise ou qu'on produit», souligne Jean-François Lalonde. En participant à cette mise à jour, l'IID s'inscrit ainsi directement dans cette réflexion qui permet d'arrimer l'innovation technologique aux réalités linguistiques et culturelles du Québec.

Jean-François Lalonde, directeur scientifique adjoint de l'IID et professeur au Département de génie électrique et de génie informatique
— Cathy Lessard
Trois termes pour éclairer le débat public
Parmi les nouvelles entrées du vocabulaire, Jean-François Lalonde en retient trois qui méritent une attention particulière du grand public.
Le premier est déjà largement connu, mais mérite qu'on s'y attarde: «hallucination d'IA», qui désigne du contenu incorrect ou fictif généré par un modèle d'IA, présenté toutefois de manière factuelle. «Ce terme nous rappelle que l'IA n'est pas infaillible et que la vérification des informations reste indispensable», souligne-t-il.
Le deuxième, «fardage à l'IA» – traduction de l'anglais AI washing –, réfère à la pratique commerciale trompeuse de surestimer ou de mal représenter l'usage de l'IA dans un produit ou un service. Dans un contexte de multiplication des promesses marketing autour de l'IA, ce terme donne aux consommateurs un concept pour nommer et dénoncer l'imposture.
Enfin, «débridage d'IA» (jailbreaking) désigne les tentatives de contourner les garde-fous éthiques d'un système d'IA. Rendre ce terme accessible en français, selon le professeur Lalonde, «permet d'éveiller la conscience du public à cette réalité, en plus d'alimenter un débat public éclairé sur la sécurité entourant les systèmes génératifs».
Une expertise panquébécoise
Si l'initiative de l'OQLF porte ses fruits, c'est grâce à la collaboration de multiples acteurs et actrices de disciplines variées: tous et toutes contribuent à valider la rigueur et la pertinence des termes proposés. En plus de l'IID, des spécialistes de l'Institut québécois d'intelligence artificielle (MILA), du ministère de la Cybersécurité et du Numérique, du Département d'informatique de l'Université de Sherbrooke et de HEC Montréal ont mis la main à la pâte pour constituer cet outil.
«L'IA est intrinsèquement interdisciplinaire. La présence de plusieurs partenaires assure que les termes soient compris, adoptés et utilisés dans différentes sphères de la société», conclut le directeur scientifique adjoint de l'IID.
Avec cette contribution, l'IID et l'Université Laval renforcent leur rôle de pôle d'expertise incontournable en IA au Québec et rappellent qu'avant même de transformer le monde, les technologies doivent d'abord être comprises.
Consulter le vocabulaire L'intelligence artificielle en évolution: les termes de l'IA
Approfondir les enjeux de la souveraineté numérique en consultant la liste de lecture des conférences-webinaires de l'IID sur cette thématique
Jérôme St-Charles est chargé de communication au sein de l'Institut intelligence et données

























