
Cette photo de François Guay, exposée au pavillon Jean-Charles-Bonenfant, est la préférée de Lucile Berthelot, commissaire de l'exposition, car elle montre de manière poétique la fragilité et la délicatesse du champignon, un organisme pourtant essentiel dans l’environnement.
— Université Laval, Yan Doublet
Des Schtroumpfs aux séries postapocalyptiques comme The Last of Us, les champignons ne cessent d'alimenter l'imaginaire collectif. Une nouvelle exposition présentée à l'Université Laval invite le public à explorer les mille et une facettes du monde fongique. Intitulée CHAMPIGNONS – La révolution des fonges, l'exposition se déploie du 1er mai 2026 au 2 mai 2027 dans deux espaces du campus, soit à la salle Alcan de la Bibliothèque au pavillon Alexandre‑Vachon et au 4e étage du pavillon Jean‑Charles‑Bonenfant.
Le parcours qui mêle sciences, folklore et arts a été imaginé par Lucile Berthelot, commissaire de l'exposition et étudiante au doctorat en ethnologie et patrimoine. Le projet est né d'un travail de fin de session, à l'automne 2024, dans le cadre du cours Anatomie d'un musée, alors qu'elle était inscrite au DESS en muséologie. «Ma professeure a adoré mon travail et m'a encouragée à amener mon exposition à la vie», raconte-t-elle.
Passionnée de champignons, Lucile Berthelot souhaitait ainsi démystifier l'univers fongique et le rendre accessible au grand public. Elle observe un engouement pour les champignons dans les dernières années. «Tu vas chez Simons, il y en a sur des tasses, des coussins, des draps… tout le monde trippe sur les champignons», lance-t-elle en riant.

Lucile Berthelot, commissaire de l'exposition et étudiante au doctorat en ethnologie et patrimoine, a elle‑même rédigé l’ensemble des textes et légendes de l’exposition, un important travail de synthèse et de vulgarisation.
— Université Laval, Yan Doublet
Entre fascination et peur ancestrale
Même si ces organismes attirent de plus en plus, ils continuent aussi de susciter une certaine crainte. «Le champignon, c'est beau, c'est attrayant, mais beaucoup de gens en ont peur et ne veulent pas les toucher», souligne Lucile Berthelot. Selon elle, cette méfiance remonterait à l'Antiquité et au Moyen Âge. Les champignons étaient alors associés à la théorie des humeurs: tout ce qui était perçu comme froid et humide était considéré comme potentiellement dangereux à consommer, au risque de perturber l'équilibre du corps et de l'âme, ce qui peut causer la maladie et même être associé au diable dans certaines croyances.
L'exposition s'ouvre d'ailleurs sur le folklore et les mythes entourant les champignons, de la chasse aux sorcières à la légende du père Noël. Elle remarque un grand décalage culturel. «En France, par exemple, ce n'est pas rare d'aller cueillir des champignons le dimanche avec son grand‑père. En Amérique du Nord, la peur est beaucoup plus ancrée.»
Une section est également consacrée à la cueillette. On y présente notamment les cercles de mycologie du Québec, des associations qui organisent, de mai à octobre, des sorties d'identification en forêt. Pour les personnes qui souhaitent s'aventurer seules, Lucile Berthelot rappelle l'importance de respecter les zones qui interdisent la cueillette. Elle met également en garde contre l'utilisation de l'intelligence artificielle pour identifier les spécimens. «Même des experts peuvent se tromper. Alors l'IA, c'est pire.»

La section sur la cueillette montre un panier de récolte en osier, un couteau à champignon, une loupe pour l'observation, un ouvrage sur les champignons du Québec et de l'est du Canada, et des champignons lyophilisés, c'est-à-dire séchés dans l'azote liquide pour les préserver.
— Université Laval, Yan Doublet
Les mille et une utilités des champignons
Au fil du parcours, les visiteuses et visiteurs découvrent comment l'avènement des sciences a graduellement transformé notre compréhension des fonges, allant de la découverte de la pénicilline aux recherches actuelles sur les biomatériaux issus du mycélium.
Le public en apprendra davantage sur l'utilité écologique des champignons. «Le mycélium est partout sous nos pieds. Ce qu'on cueille, c'est seulement le fruit, comme la pomme sur le pommier. Le vrai champignon peut s'étendre sur des kilomètres sous la terre et aide les arbres à capter des nutriments.»
Un volet artistique au pavillon Bonenfant
La visite se poursuit au pavillon Jean‑Charles‑Bonenfant avec un volet artistique. On y retrouve notamment des photographies du mycologue et photographe François Guay, diplômé de l'Université Laval, ainsi que des sculptures de Raphaëlle Bitar, réalisées à partir de moulages de son corps et de végétaux.

Lucile Berthelot apprécie particulièrement cette sculpture de Raphaëlle Bitar, montrant le corps qui retourne dans la nature.
— Université Laval, Yan Doublet
Lucile Berthelot souhaite que le public, en sortant du parcours, soit sensibilisé à l'importance des champignons. Pour monter la collection d'objets et de visuels, elle s'est appuyée sur Mycosphaera, un organisme à but non lucratif qu'elle a cofondé et qui se consacre à la protection et à la valorisation des fonges.

























