
Une sélection de quelques ouvrages parus ces derniers mois
— Yan Doublet - Université Laval
Le Salon international du livre de Québec sera de retour du 8 au 12 avril. Pour l'occasion, voici 10 livres écrits par des autrices ou auteurs issus de l'Université Laval.
Auguste Géant (Tête Première), par Nicolas Auclair-Tremblay

Diplômé en génie informatique, Nicolas Auclair-Tremblay a travaillé dans ce domaine pendant 25 ans avant de se tourner vers la littérature. C'est dans un cours de création littéraire qu'il a amorcé l'écriture d'Auguste Géant. Encouragé par son professeur, Alain Beaulieu, l'étudiant a mené ce projet à terme avant de proposer le manuscrit à un éditeur.
Le roman retrace le parcours d'un personnage façonné par l'héritage écrasant d'un père inflexible et manipulateur. De son enfance à son ascension comme dirigeant d'entreprise, Auguste Géant applique avec rigueur les règles inculquées. Sa philosophie, fondée sur la performance et le refus de la remise en question, finit par l'épuiser, tandis que ses relations familiales, amicales, amoureuses et professionnelles éclatent une à une.
Écrit sous forme de fragments, Auguste Géant explore les thèmes de l'héritage familial, la filiation, la construction identitaire et le fait de payer pour ses erreurs. Le roman dresse le portrait d'un homme profondément isolé qui tente, peut-être trop tard, de comprendre ce qu'il est devenu.
— Extrait du livre
Pleurer à La Senza (Moult éditions), par Maxime Desmeules

Maxime Desmeules, ancienne étudiante en enseignement au secondaire, propose un premier roman à mi-chemin entre la poésie et le récit autobiographique. Avec une écriture à la fois minimaliste et chargée de sens, elle retrace un parcours qui s'amorce dans une garderie et se prolonge jusqu'à l'âge adulte. Le sujet central: grandir dans un corps féminin, très tôt exposé au regard des autres, aux commentaires et aux attentes.
Les scènes évoquées – cabine d'essayage d'un magasin, vestiaire d'école, première relation sexuelle, rencontres médicales, etc. – dessinent le quotidien d'une jeunesse marquée par le malaise, la honte, le patriarcat et la masculinité toxique. En juxtaposant souvenirs et photos d'enfance, Maxime Desmeules compose un récit où l'apparente candeur des images entre en collision avec la dureté des situations décrites.
Sans jamais verser dans le didactisme, ce premier roman percutant ouvre un espace de réflexion et peut agir comme un outil de sensibilisation à la violence faite aux jeunes femmes, souvent banalisée, ainsi qu'aux pressions sociales qui accompagnent la construction de soi.
Pour l'écriture de ce livre, Maxime Desmeules a bénéficié du programme Première Ovation et d'un mentorat de l'autrice Valérie Forgues.
— Extrait
Toujours ensemble (Éditions Hurtubise), par Marie-Christine Chartier

Détentrice d'un doctorat en psychopédagogie, Marie-Christine Chartier s'est imposée au fil des ans comme une autrice prolifique, publiant presque un roman par année. Avec Toujours ensemble, elle signe son tout premier album jeunesse (pour les 3 ans et plus), ouvrant un nouveau chapitre de sa pratique littéraire.
Inspiré par l'épreuve vécue par un couple d'amis, ce livre aborde avec délicatesse la question du deuil périnatal. L'histoire, qui met en scène les personnages de maman loutre et de papa ours, met en mots l'absence, la mémoire et l'amour qui perdure après la perte de leur bébé renard. Les illustrations de Geneviève Andersen, qui accompagnent le texte, apportent une douceur lumineuse au récit. Un album superbe, pensé comme un outil bienveillant pour aborder avec les enfants un thème délicat, sans jamais sombrer dans la lourdeur.
Une partie des redevances du livre est versée à l'organisme Les Perséides, qui offre du soutien aux parents vivant un deuil périnatal.
— Extrait
Serge Bouchard en toutes lettres. Un abécédaire (Leméac), par Olivier Parenteau

Titulaire d'un diplôme du Département d'anthropologie et lauréat de la médaille Georges-Henri-Lévesque de la Faculté des sciences sociales, le regretté Serge Bouchard n'était pas seulement un animateur radiophonique apprécié de ses auditeurs: il fut aussi un écrivain et un penseur majeur de notre époque.
Dans Serge Bouchard en toutes lettres, Olivier Parenteau rend hommage à cette dimension littéraire et philosophique de l'œuvre de l'anthropologue. Conçu sous la forme d'un abécédaire, l'ouvrage rassemble les constats d'un «lecteur amoureux» désireux de mieux saisir l'univers intellectuel de Serge Bouchard. Un univers nourri de réflexions sur l'amour, l'environnement, le deuil, l'enfance, l'histoire, le Nord, la modernité et plusieurs autres thèmes universels.
Une lecture qui plaira à tous ceux et celles – ils sont nombreux – qui s'ennuient des réflexions toujours pertinentes et profondément humaines de ce grand communicateur.
— Extrait
De la neige rouge (L'instant même), par Nadia Murray

Ayant acquis un baccalauréat et une maîtrise en lettres, Nadia Murray a publié en 2020 un essai, Jean Leloup. Le principe de la mygale, issu de son mémoire. Avec De la neige rouge, elle délaisse l'analyse pour la fiction et signe un premier recueil de nouvelles.
Jamais Charlevoix n'aura été racontée avec autant de poésie, d'humour et de sensibilité. Ancré dans cette région, l'ouvrage rassemble des récits tantôt tendres, tantôt caustiques. Souvenirs, portraits de personnes réelles et fragments d'imagination s'entremêlent pour créer une fresque qui montre comment le quotidien et les petites anecdotes de la vie peuvent révéler des vérités universelles.
Tout en rendant hommage à Charlevoix et à ceux qui habitent cette belle région, l'autrice fait de nombreux clins d'œil à des chansons connues, notamment Isabelle de Jean Leloup, sujet de son mémoire de maîtrise.
— Extrait
Un chantier, une nation. Davie, 200 ans d'histoire (Septentrion), par Catherine Ferland et Éric Dussault

L'historienne Catherine Ferland et l'historien Éric Dussault font équipe pour raconter la fascinante histoire de Davie, plus grand et plus ancien constructeur naval du Canada. Leur ouvrage retrace l'ascension de cette entreprise fondée en 1825 par le Britannique George Taylor et l'Écossais Allison Davie.
Au fil des chapitres, on découvre un chantier qui n'a cessé de se réinventer pour suivre les transformations politiques, économiques et technologiques du pays. Plusieurs faits méconnus y sont mis en lumière, comme le rôle pionnier d'Elizabeth Taylor Davie, première femme à diriger un chantier naval au Canada, ou encore la contribution de Davie à de grands projets, comme le pont de Québec, et à l'effort de guerre avec la construction de 424 navires durant la Première Guerre mondiale. De nombreuses photos impressionnantes ponctuent le récit, qu'il s'agisse de l'incendie ayant ravagé le chantier de Lauzon en 1955 ou de scènes de la vie quotidienne des ouvriers.
Pour souligner les 200 ans du chantier, cet ouvrage abondamment documenté remet en lumière une aventure industrielle méconnue. Il plaira autant aux adeptes d'histoire maritime qu'à toute personne s'intéressant au développement de l'entrepreneuriat au Québec.
— Extrait
Hubris, une histoire des années 2010 (Moult Éditions), par Simon-Pierre Beaudet

Dans une entrevue accordée à ULaval nouvelles en 2017, le chargé de cours Simon-Pierre Beaudet s'indignait de l'embourgeoisement de son quartier, tendance parmi plusieurs qui l'horripilent. Près de 10 ans plus tard, il n'a rien perdu de son regard critique sur la société.
Avec Hubris, une histoire des années 2010, l'essayiste s'attaque aux contradictions et aux dérèglements de cette décennie. Avec une ironie mordante, il passe au crible les figures et les tendances qui ont marqué cette époque: révoltes populaires, promesses technologiques, fausses nouvelles, dérives financières, bouleversements politiques et climatiques. La force de cet essai réside dans sa capacité à faire dialoguer les zones d'ombre de la société avec des références issues de la culture Web, de l'apparition de l'égoportrait à la vidéo virale de l'arc-en-ciel double, afin de brosser le portrait d'une décennie bruyante et paradoxale oscillant entre espoirs et absurdité.
Le travail sur la langue vaut aussi la peine d'être souligné: Simon-Pierre Beaudet joue avec la musicalité des mots et le rythme du texte. Chaque paragraphe débute de la même façon, sans ponctuation ni majuscule, dans un flux continu qui se lit d'une traite, accentuant l'impression de saturation et de vertige propre à l'époque décrite. Bref, une lecture à la fois drôle et lucide qui invite à réfléchir aux dérives d'une décennie agitée ayant pris fin avec l'arrivée de la COVID-19.
— Extrait
Camps de pêche au Québec: 150 ans de nature sauvage (Éditions de l'Homme), par Pierre Lahoud

Depuis plus de cinquante ans, l'historien et photographe Pierre Lahoud parcourt le territoire québécois afin d'en immortaliser la beauté, la mémoire et le patrimoine. Ses clichés aériens, bien connus du lectorat des Coops de l'information, témoignent d'un regard à la fois rigoureux et sensible posé sur les paysages du Québec.
Dans ce superbe ouvrage richement illustré, l'auteur dévoile une facette méconnue de notre patrimoine: celle des camps de pêche. À travers photos et images d'archives, il met en lumière l'histoire de ces lieux emblématiques en captant autant leur architecture que les majestueux cours d'eau et forêts luxuriantes qui les entourent. Plusieurs de ces joyaux, souvent privés et difficiles d'accès, sont présentés ici et documentés pour la toute première fois.
Au fil des pages, on découvre l'histoire des clubs de pêche autrefois fréquentés par les élites nord-américaines et britanniques, de Winston Churchill à la princesse Louise. Diplômé en histoire de l'Université Laval, Pierre Lahoud offre ainsi, par ce livre, un précieux témoignage sur l'héritage culturel, naturel et humain lié à 150 ans de pêche au Québec.
— Extrait
11 brefs essais sur le sport (Éditions Somme toute), collectif dirigé par Philippe Chagnon et Christine Gosselin

Ne vous fiez ni au titre ni à la couverture: derrière l'allure un brin didactique de ce recueil se cachent onze récits de styles variés – fiction, textes autobiographiques, autofiction, poésie, etc. – qui tissent des liens surprenants entre littérature et sport.
Jean-Philippe Pleau, diplômé en sociologie, ouvre le bal avec l'histoire de deux enfants, l'un issu d'un milieu nanti, l'autre plus modeste, qui commencent l'école primaire. Cette nouvelle aborde les inégalités sociales, révélant comment le contexte socioéconomique façonne l'accès aux sports et à la lecture.
Sophie-Anne Landry, diplômée en littérature et employée de l'Université Laval en gestion des études, raconte le quotidien d'une femme en Chine qui s'initie au qi gong, une gymnastique traditionnelle, et au kung-fu, des disciplines physiques exigeantes. Ce récit établit d'autres parallèles entre la pratique sportive et l'écriture: la peur de l'échec, la persévérance, la maîtrise technique et l'importance de recevoir conseils et critiques, qu'ils viennent d'autres athlètes ou d'écrivains, pour progresser et se dépasser.
Les autres textes, signés Jade Côté-Goulet, Mélanie Noël, Vanessa Bell, Philippe Chagnon, Guillaume Pâquet, Alexandra Campeau, Élodie Savard, Fabrice Vil et Stéphane Picher, explorent le rapport au corps, la performance, la notion de jeu et d'autres thèmes qui peuvent sembler propres au sport, mais trouvent un écho tout aussi puissant dans la création littéraire.
— Extrait du texte de Jean-Philippe Pleau
Les débuts du logement communautaire à Québec (Presses de l'Université du Québec), collectif

André Fortin, chargé de cours à l'École de travail social et de criminologie, et André Casault, professeur retraité de l'École d'architecture, font partie des acteurs qui ont contribué à la transformation du logement communautaire à Québec. Avec cinq autres membres fondateurs d'Action-Habitation, ils cosignent Les débuts du logement communautaire à Québec. Vingt ans d'engagement avec Action-Habitation (1975-1995).
Le livre retrace l'histoire de cet organisme à but non lucratif fondé en 1978, à une époque où les quartiers centraux de la capitale connaissaient une importante dévitalisation. Les auteurs y racontent les enjeux sociaux, urbains et politiques qui ont mené à la création de ce mouvement citoyen.
À travers les coulisses de cette mobilisation collective, l'ouvrage met en lumière les luttes menées pour préserver l'accessibilité au logement et revitaliser les milieux de vie urbains. Toujours actif aujourd'hui, Action-Habitation a contribué, depuis sa création, à la réalisation ou à la rénovation de 7500 logements communautaires.
Véritable témoignage sur l'histoire du logement social à Québec, ce livre propose également des réflexions sur les enjeux actuels de l'habitation et peut ainsi nourrir les débats entourant la crise du logement. La pertinence de l'organisme pour la ville de Québec est soulignée par le maire Bruno Marchand dans la préface.
Outre André Fortin et André Casault, l'ouvrage est cosigné par Jacques Beaudet, Paul-Yvon Blanchette, Jean Dionne, Odile Roy, Armand Saint-Laurent et Nicol Tremblay, avec la collaboration du journaliste retraité Robert Fleury.
— Extrait

























