
À gauche, la couverture du livre montre le Rouge et Or champion de la coupe Queen’s, en février 1960. À droite, l'auteur Steve Vallières
Le club Laval, le Rouge et Or masculin, le Rouge et Or féminin: c'est à la découverte de trois équipes de hockey et de trois époques que l'auteur Steve Vallières nous convie dans son nouveau livre Du club Laval au Rouge et Or – 95 ans de hockey à l'Université Laval 1896-1991. Édité chez Septentrion, rédigé dans un style vivant, l’ouvrage de 274 pages comprend quatre chapitres. Le premier est consacré à la période de 1896 à 1949 et met en valeur le club Laval. Le deuxième, qui traite du Rouge et Or masculin, couvre la période de 1950 à 1983. Le troisième est celui du hockey féminin, entre 1986 et 1991. Enfin, le quatrième et dernier chapitre aborde la longue attente qui aura précédé le retour, à l'automne 2026, du hockey du Rouge et Or féminin.
L’ère des pionniers
Les années comprises entre la fin du 19e siècle et le milieu des années 1950 ont particulièrement intéressé l'auteur. Pour rappel, le hockey sur glace a vu le jour à l'Université McGill à Montréal. Le 3 mars 1875, pour la première fois, le journal montréalais The Gazette annonce la présentation d'un match de hockey. Les autres grandes villes canadiennes emboîtent le pas. À Québec, le nouveau sport fait son apparition au Skating Rink de la porte Saint-Louis en 1879 à l'initiative de jeunes bourgeois anglophones. Il faudra attendre le début des années 1890 pour voir de jeunes bourgeois francophones commencer à pratiquer ce sport. À l'hiver 1895-1896, quatre équipes canadiennes-françaises font leur apparition: l'Union, le National, le Royal et le Laval.

Les joueurs de la classe de rhétorique, champions 1922-1923 de la Ligue du Séminaire de Québec. Musée de la civilisation, fonds d'archives du Séminaire de Québec.
«Des étudiants de l'Université Laval ont mis le club Laval sur pied, raconte Steve Vallières. Ils l'ont fait sans le consentement des dirigeants universitaires, des ecclésiastiques. Ceux-ci considéraient que le sport dérangeait le travail intellectuel. Faire du sport était mal vu. Ce combat idéologique, cette espèce d'opposition avec les dirigeants universitaires, s'est poursuivi jusqu'à la fin des années 1940. Les étudiants ont porté cette activité à bout de bras. Ils ont tenu bon. Le sport est finalement entré à l'Université grâce notamment au club Laval et aux joueurs de hockey.»
Une recherche documentaire exhaustive
Le livre fourmille d'informations glanées dans plus de 40 quotidiens, hebdomadaires ou mensuels couvrant une très longue période de près de 135 ans. Des fonds d'archives ont également été consultés, dont celui de la Commission athlétique de l'Université Laval. «Ces faits constituent l'ossature du récit, souligne l'auteur. Mais je voulais plus de chair autour de l'os. J'ai commencé à faire des entrevues avec d'anciens joueurs et d'anciens dirigeants du Rouge et Or. Les anecdotes sont toujours intéressantes, ce qui m'a permis d'ajouter un peu de fini au récit.»
La passion de Steve Vallières pour le hockey remonte à l'enfance. «Le hockey était très populaire dans la région de Black Lake où j'ai grandi, explique-t-il. C'était l'époque de la rivalité Canadiens-Nordiques. Mon père prenait pour Montréal, moi pour Québec. La division existait aussi à l'école. J'ai toujours été fasciné par la présence du hockey dans la culture québécoise. Mais le sport universitaire en général a longtemps été boudé par les chercheurs, les historiens. Pourtant, il y aurait une histoire incroyable à faire, par exemple, avec la création du sport de hockey à l'Université McGill en 1877.»
Un calibre très relevé
Au fil des pages, on peut lire que le calibre du hockey universitaire était très relevé au milieu du siècle dernier. «Dans les années 1950, le hockey junior n'était pas encore structuré, rappelle celui qui travaille comme technicien en documentation à la Bibliothèque générale de l'Université Laval. Les bons joueurs de 18 ou 19 ans se tournaient donc vers le hockey universitaire. L'Université Laval évoluait dans une ligue qui comprenait les universités de Montréal et McGill, de Toronto et Queen's.»

Publicité annonçant le premier match entre l'Université Laval et l'Université de Montréal, diffusée dans L'Action catholique du 7 décembre 1950
Dans les années 1970, le professeur d'éducation physique Gaston Marcotte avait mis en place et dirigé un groupe de chercheurs qui partageaient le même intérêt pour l'enseignement du hockey. Axés sur le conditionnement physique et le développement des habiletés techniques, leurs travaux aboutiront à des méthodes d'enseignement encore utilisées de nos jours. L'Université Laval était alors à l'avant-garde dans le domaine. «Le professeur Marcotte et son collègue Charles Thiffault ont été snobés à l'époque par les dirigeants du hockey au Québec, raconte l'auteur. Ils ont été traités de “pelleteux de nuages”. Mais Gaston Marcotte a persisté et il a réussi à convaincre les dirigeants de ce qui s'appelle aujourd'hui Hockey Québec. Progressivement, leur nouveau programme d'enseignement est entré dans les mœurs.»

Hiver 1983: le gardien de but du Rouge et Or, Paul Maynard, stoppe un tir d'un joueur de l'Université du Québec à Chicoutimi. Serge Turcotte (no 4) attend le retour. Division des archives de l'Université Laval, fonds Service des activités sportives.
— Pierre Cayer
En entrevue avec Steve Vallières, Charles Thiffault a déclaré «À l'époque, nous étions les premiers à parler de conditionnement physique, de psychologie sportive, de statistiques avancées. Aujourd'hui, poursuit l'auteur, plus aucune équipe de la Ligue nationale de hockey ne pourrait fonctionner sans avoir un spécialiste dans chacune de ces disciplines.»
Le retour du hockey féminin
L'automne prochain, le club de hockey féminin Rouge et Or reprendra ses activités après la dissolution de l'équipe en 1991. Ce retour est dû en bonne partie à la popularité, ces années-ci, d'une ligue professionnelle de hockey féminin en Amérique du Nord. «Le retour du hockey féminin à l'Université Laval aura été une longue bataille pour les femmes, explique Steve Vallières. Dans les années 1980, les dirigeants de l'Université ne croyaient vraiment pas au hockey féminin comme sport de compétition. Pour les filles, c'était un combat, ne serait-ce que pour avoir du temps de glace dans les arénas municipaux autour. Les joueurs avaient priorité. Et quand elles avaient du temps de glace, c'était à des heures impossibles. Elles pouvaient s'entraîner de 23h à minuit. Mais en 1988, en dépit de ces difficultés, l'équipe de hockey féminin Rouge et Or remporte le championnat de l'Association sportive universitaire du Québec.»
L'ouvrage Du club Laval au Rouge et Or – 95 ans de hockey à l'Université Laval 1896-1991 sort en librairie le 31 mars.

15 mars 1988: le Rouge et Or champion du hockey féminin de l'Association sportive universitaire du Québec

























