
La musique générée par l'intelligence artificielle envahit Internet, mais très peu de personnes savent la détecter.
— Getty Images, inkoly
Conférencière au Grand Rendez-vous de la recherche, de la création et de l'innovation le 31 mars, la professeure de la Faculté de droit Véronique Guèvremont, titulaire de la Chaire UNESCO sur la diversité des expressions culturelles, a dressé un portrait des risques et des opportunités que l'intelligence artificielle fait émerger dans le monde culturel. Coautrice, avec la professeure Colette Brin, de l'ouvrage Intelligence artificielle, culture et médias dont la suite est en préparation, elle rappelle que l'intelligence artificielle (IA) peut soutenir la création tout en bouleversant profondément les pratiques artistiques.
Face à la montée des œuvres synthétiques, le droit doit aujourd'hui se réinventer pour protéger la créativité humaine, dit-elle. De retour du Sommet national sur l'intelligence artificielle et la culture qui se tenait à Banff à la mi-mars, elle a présenté trois chiffres qui illustrent l'urgence d'agir.
50 000
Nouvelles pistes musicales générées par l'IA chaque jour
Selon les données présentées par la professeure Guèvremont, environ 50 000 morceaux entièrement synthétiques sont mis en ligne chaque jour sur Internet. Sur des plateformes comme Spotify ou Deezer, 35% de la musique ajoutée quotidiennement serait désormais générée par IA. «On ne peut nier que l'artiste est désormais concurrencé par la machine et qu'il fait face à un risque réel de marginalisation.»
97%
D'auditeurs incapables de reconnaître une œuvre générée par IA
Une étude de Deezer et Ipsos dévoilée en novembre 2025 citée par la chercheuse révèle que 97% des auditeurs ne parviennent pas à distinguer une pièce musicale produite par IA d'une œuvre créée par une personne humaine.
10 000 et 3000
Les manuscrits reçus par un éditeur québécois en 2025 en explosion sous l'effet de l'IA
Dans le secteur de l'édition, les livres générés par IA affluent à un rythme inédit. À Banff, la directrice des affaires juridiques de l'Association nationale des éditeurs de livre (ANEL) a mentionné qu'un éditeur comme Québec Amérique recevait auparavant environ 3000 manuscrits par année. En 2025, ce chiffre a bondi à 10 000, une grande partie étant générée par IA.

La professeure de la Faculté de droit Véronique Guèvremont
— Dany Vachon
La frontière entre création humaine et production synthétique devient de plus en plus floue. Pour Véronique Guèvremont, cette situation soulève des enjeux juridiques et éthiques multiples dont la rémunération des artistes. Les modèles d'IA sont souvent entraînés sur des œuvres existantes sans autorisation ni compensation, ce qui double la pénalisation pour les artistes: leur travail est pillé et utilisé pour nourrir les systèmes, les œuvres produites par ces systèmes viennent ensuite les concurrencer directement.
La Chaire UNESCO poursuit des travaux sur ces questions, organise des échanges avec des experts de diverses disciplines et explore de nouveaux champs de recherche comme celui de la souveraineté numérique, désormais indissociable de la souveraineté culturelle, énumère la professeure.
Véronique Guèvremont est aussi chercheuse coresponsable de l'axe Arts, médias et diversité culturelle de l'Observatoire international sur les impacts sociétaux de l'IA et du numérique (OBVIA).
Propos recueillis par Alexandra Perron

























