
Le populisme et l'affaiblissement des normes démocratiques sont deux des crises majeures abordées par les expertes et experts ayant participé au colloque sur la philosophie politique.
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«L'action climatique à l'ère du populisme»: c'est le titre de l'exposé qu'a fait le professeur au Département de science politique de l'Université Laval, Alexandre Gajevic Sayegh, le jeudi 7 mai au pavillon Charles-De Koninck, dans le cadre du colloque «La philosophie politique pour un monde meilleur: faire face aux polycrises». Durant 3 jours, 14 experts, dont 3 professeurs de l'Université Laval, répartis en différents panels, ont réfléchi aux moyens d'affronter certains des défis majeurs de la société moderne, tels que le populisme croissant, la crise climatique, l'affaiblissement des normes démocratiques, la désinformation et la montée de l'extrémisme.
«Ma présentation, explique le professeur Gajevic Sayegh, voulait répondre à la question de savoir si la montée du populisme pose un problème pour notre lutte collective aux changements climatiques. La réponse est oui. J'ai montré comment divers discours populistes représentent un obstacle à cette lutte. J'ai aussi montré que le problème est bel et bien présent au Canada, à l'aide de données que mon équipe et moi avons produites.»

Le professeur Alexandre Gajevic Sayegh durant son allocution
Le moratoire sur les énergies renouvelables en Alberta, mis en place par la première ministre Danielle Smith, est un exemple d'obstacle. La war room créée en Alberta par son prédécesseur Jason Kenney en soutien à l'industrie pétrolière et gazière va dans le même sens. «Le discours populiste autour du slogan Axe the Tax du chef du Parti conservateur du Canada a contribué à éroder la politique climatique au Canada, même s'il n'a pas gagné les dernières élections fédérales», poursuit le professeur.
Depuis son élection à l'hiver 2025, le gouvernement Carney a reculé sur un certain nombre d'avancées du précédent gouvernement Trudeau en ce qui touche à la protection de l'environnement. Ce virage a été critiqué dans les médias par le professeur. «Avec les données que nous sommes en train de traiter, dit-il, j'ai l'impression qu'on pourra démontrer que la montée du populisme au Canada est un des facteurs qui diminuent le soutien général à la lutte climatique, y compris chez les partis politiques plus environnementaux comme le Nouveau Parti démocratique et le Parti libéral du Canada.»

En marge du colloque, les expertes et experts prennent la pause avec les membres du comité organisateur et les étudiantes et étudiants auxiliaires de recherche.
Impôt sur le capital, émotions, postérité, engagement
Deux autres professeurs de l'Université Laval ont participé au colloque. La communication de Patrick Turmel, de la Faculté de philosophie, avait pour titre: «Dépasser la taxe Zucman: impôt sur le capital et démocratie». La présentation de Laura Silva, du Département de science politique, s'intitulait «The People's Passions: On Emotion and Populism». Elle a expliqué le succès de la droite conservatrice populiste par les émotions que son discours suscite chez les électrices et électeurs.
Deux des personnes invitées ont animé chacune une conférence plénière. Jonathan Wolff, chercheur principal en philosophie et politique publique dans un collège d'Oxford, est reconnu par plusieurs comme l'un des philosophes politiques parmi les plus influents. Il a mis l'accent sur les notions de postérité et de responsabilité, soutenant que nous ne faisons pas un usage responsable de la technologie pour les générations futures, en ce qui concerne l'intelligence artificielle, pour l'effort énergétique que celle-ci demande.
Quant à Daniel Weinstock, professeur au Département de philosophie de l'Université McGill, il a fait porter sa conférence plénière sur ce qu'est un chercheur universitaire engagé, lui qui intervient depuis trois décennies sur la place publique. Il a d'abord distingué trois rôles: l'expert, le vulgarisateur et le conseiller.
Selon le professeur Gajevic Sayegh, le fait qu'autant de personnes aient répondu à l'invitation «montre à quel point la philosophie politique est indispensable pour régler les problèmes du monde réel dans un contexte de polycrises. Je suis charmé de voir que le devoir donné aux participants a été pris au sérieux au niveau de la recherche et de la vulgarisation. Plusieurs ont été capables d'amener une facette de solution.»
Le professeur a joué un rôle de premier plan dans la mise sur pied du colloque. Il en a eu l'idée, il a conçu le programme et il a invité les expertes et experts. L'événement était organisé par le Centre de recherche en éthique de l'Université de Montréal, la Chaire de recherche Démocratie et éthique publique de l'Université Laval et le Département de science politique de cette même université. Le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada en a assuré le financement.

























