23 juin 2026
La population est généralement satisfaite de l’éducation au Québec
Un ouvrage codirigé par le professeur Olivier Lemieux analyse les perceptions des Québécoises et Québécois à propos du système éducatif et les compare à des opinions recueillies il y a un peu plus de 40 ans

Les Québécoises et Québécois sont généralement satisfaits de leur système d'éducation. Par exemple, 88% de ceux-ci estiment que la qualité de l'enseignement à l'école primaire est plutôt bonne ou très bonne dans leur région.
— Getty Images / Stock Planets
La population québécoise juge-t-elle que l’enseignement est de bonne qualité au Québec? Pour l’école primaire, 88% des Québécoises et Québécois le trouvent plutôt bon ou très bon, alors que 92% pensent la même chose pour l’université. Et trouvent-ils que les examens de fin d’études secondaires sont assez exigeants? Sur ce point, les avis sont plutôt partagés: 47% les estiment assez exigeants contre 43% qui préféreraient qu’ils le soient davantage. Pour ce qui est des examens universitaires, 60% les trouvent suffisamment exigeants. Ce sont là quelques-unes des nombreuses statistiques que l’on retrouve dans l’ouvrage Éducation et opinion publique, publié récemment aux Presses de l’Université Laval.
L’idée de cet ouvrage est née d’un pur hasard. En fouillant dans des archives, Olivier Lemieux, professeur à la Faculté des sciences de l’éducation, est tombé sur le rapport d’un sondage jamais publié. Commandé en 1983 par le Conseil supérieur en éducation, ce sondage visait à connaître les perceptions des Québécoises et Québécois sur la qualité de l’éducation et de l’enseignement supérieur dans la province. «Pourquoi ne pas reposer les mêmes questions à la population québécoise quatre décennies plus tard et examiner ce qui a changé?», s’est-il dit.
Avec deux collègues, il se lance dans l’aventure. Un nouveau sondage est mené en avril 2025 auprès de 2001 personnes adultes résidant aux quatre coins de la province. Aux questions de l’enquête originale s’en ajoutent quelques autres choisies pour leur pertinence dans le contexte social et politique actuel.
«On pensait écrire un article, mais on a rapidement réalisé que les résultats méritaient des explications beaucoup plus approfondies. On a donc opté pour un ouvrage collectif faisant appel à une vingtaine de chercheuses et chercheurs avec des expertises qui dépassent les nôtres», raconte Olivier Lemieux.
Des résultats étonnants
L’un des constats qui a le plus surpris le chercheur concerne la perception globale du système éducatif. «Les résultats sont un peu contre-intuitifs. Quand on lit les journaux, on a l’impression que tout va mal en éducation au Québec, alors que quand on interroge la population, on se rend compte que ça va plutôt bien. Et c’est particulièrement vrai pour les niveaux primaire, collégial et universitaire. Pour le secondaire, il y a un certain écart, mais le sentiment général demeure tout de même positif», remarque le professeur Lemieux.
Les choses ne semblent pas avoir tellement changé. Les perceptions étaient pratiquement les mêmes il y a 40 ans, à une exception près. «En 1983, la satisfaction à l’égard de l’enseignement collégial était sensiblement la même que celle à l’égard de l’éducation secondaire. Elle a augmenté pour égaler celles à l’égard de l’école primaire et de l’université», indique le chercheur, qui rappelle que le réseau collégial était encore relativement jeune au début des années 1980 et qu’il a dû trouver sa place. «À l’heure actuelle, dit-il, c’est un ordre d’enseignement complètement intégré dans l’offre de formation et il semble répondre aux attentes.»
L’ouvrage révèle aussi les opinions de la population à propos des acteurs du système éducatif. Les enseignantes et enseignants, malgré les difficultés du métier, continuent de bénéficier d’une forte confiance de la population. En revanche, le livre met en évidence une baisse notable de confiance envers les directions d’établissement. «Cette chute était vraiment insoupçonnée», confie le chercheur.
D’autres résultats l’ont-ils étonné? Bien sûr, notamment l’équilibre inattendu entre les réseaux public et privé. «Contrairement à ce qu’on pourrait penser, la confiance accordée aux deux types d’établissements est relativement similaire», observe-t-il. En outre, les perceptions des Québécoises et Québécois sur les missions de l’école lui ont causé une grande et belle surprise. «J’aurais pensé, dit-il, que les répondants diraient que l’instruction est la mission la plus importante. Or, ils estiment que les différentes missions sont presque toutes aussi importantes les unes que les autres.» Instruction, socialisation, qualification et épanouissement semblent considérés comme indissociables, ce qui témoigne d’une vision riche et globale du rôle de l’éducation.
Le sondage a aussi permis de constater que les Québécoises et Québécois francophones sont généralement contre le port de signes religieux à l’école, même si certaines nuances peuvent être apportées selon le genre et la génération. Une partie de ces mêmes Québécoises et Québécois souhaiterait également plus de liberté dans le choix de la langue d’éducation, mais n’ont pas la même ouverture lorsqu’il est question d’accorder cette liberté aux allophones.
Une ombre au tableau
Le livre révèle un paradoxe: le jugement positif sur l’éducation s’accompagne d’une critique sévère sur son évolution. Les personnes sondées ont l’impression que l’éducation s’est dégradée dans les 10 dernières années. Alors qu’en 1983, la population croyait à une amélioration continue, le sondage de 2025 révèle un pessimisme marqué, particulièrement pour le primaire et le secondaire.
«Toutefois, ce contraste entre satisfaction actuelle et inquiétude pour l’avenir peut s’expliquer par le contexte social. Ce pessimisme reflète un climat plus large de perte de confiance envers les institutions publiques, phénomène qui dépasse largement le seul système éducatif», conclut Olivier Lemieux.
L’ouvrage Éducation et opinion publique: perceptions des Québécoises et Québécois à l’égard du réseau scolaire et de l’enseignement supérieur est codirigé par Olivier Lemieux (Université Laval), Anne-Michèle Delobbe (Université du Québec à Rimouski) et François-Olivier Dorais (Université du Québec à Chicoutimi).
Plusieurs chercheuses et chercheurs de l’Université Laval signent des chapitres: Nathan Béchard, étudiant au doctorat en psychopédagogie et chargé d’enseignement à la Faculté des sciences de l’éducation, Louis-Philippe Lampron, professeur à la Faculté de droit, Richard Marcoux, professeur au Département de sociologie, Jean-Philippe Perreault, professeur à la Faculté de théologie et de sciences religieuses, et Simon Viviers, professeur à l’École de counseling et d’orientation.
























