
Image tirée de l'univers de Révéler Place-Royale
Comment Place-Royale s'est-elle transformée au fil des siècles? Un nouvel outil de réalité augmentée propose de remonter le temps pour explorer l'évolution de ce lieu emblématique du Vieux-Québec.
En pointant leur téléphone vers les bâtiments et les rues, les visiteuses et les visiteurs voient apparaître des paysages d'autrefois. Un parcours de 1,5 km, qui relie l'Îlot des Palais à Place-Royale, compte 12 stations retraçant l'histoire du secteur sur 3400 ans, depuis la présence autochtone sur le territoire jusqu'à la reconstruction de la Basse-Ville au 19e siècle.
Offerte gratuitement, l'expérience Révéler Place-Royale est le fruit d'une collaboration de la Société du patrimoine urbain de Québec (SPUQ) et de l'Îlot des Palais. Ce projet, qui réunit également le Musée de la civilisation, s'appuie sur des travaux de recherche menés par l'équipe du professeur François Dufaux, de l'École d'architecture de l'Université Laval.
«Au fil des ans, nous avons accumulé une quantité phénoménale d'informations sur la formation et la transformation de Québec. Quand l'idée de ce projet est née, il fallait choisir un certain nombre d'endroits où l'on serait capable de retracer cette transformation, une sorte de fil d'Ariane de l'évolution du quartier», explique le chercheur.

Pour activer Révéler Place-Royale sur son téléphone, il n’est pas nécessaire de télécharger une application. Il suffit d'ouvrir une carte interactive et de se déplacer d'une station à l'autre. On a ainsi accès à une variété de contenus numériques, comme des panoramas à 180° et 360°, des modélisations 3D et des archives interactives.
— Maude Villeneuve
Pour les besoins du projet, le chargé de cours Pierre Olivier Bureau-Alarie et ses étudiants ont consacré plus de 3000 heures à analyser des archives afin de modéliser des bâtiments disparus ou profondément transformés.
En croisant cartes anciennes, gravures et descriptions textuelles, l'équipe a réussi à remonter jusqu'à leur état d'origine. «L'architecture est relativement immuable. Lorsqu'une fenêtre se trouve sur un bâtiment, il y a de bonnes chances qu'elle ait été prévue dès sa construction. En remontant à partir des traces les plus récentes, nous avons pu reconstituer plusieurs bâtiments jusqu'à leurs premières formes», raconte Pierre Olivier Bureau-Alarie.
Selon François Dufaux, ces travaux montrent que l'évolution du patrimoine ne suit pas toujours les grands repères de l'histoire. «En architecture, les grandes dates – la fondation de Québec en 1608, la prise de Québec en 1759, la fondation du Canada en 1867 – ne veulent souvent rien dire. Les techniques françaises de construction continuent d'être utilisées bien après la Conquête avant de laisser progressivement place aux influences britanniques, puis américaines. La transformation des bâtiments se fait selon des périodes qui ne correspondent pas à l'histoire sociale ou politique à laquelle on se rattache.»
Quand l'architecture raconte une autre histoire
L'évolution de Place-Royale témoigne de l'adaptation progressive des premiers colons français à leur nouveau territoire. Construire en pierre, dès les débuts de la colonie, témoigne d'une volonté de s'établir durablement, estime François Dufaux. Ces arrivants doivent toutefois apprendre à composer avec un climat qu'ils ne connaissent pas encore. «Vers 1650, ils commencent à creuser des fondations, à construire des murs d'une certaine épaisseur et à installer des châssis doubles. Après deux générations, on a compris comment construire ici.»
L'incendie de 1682 marque un point marquant. Les bâtiments sont reconstruits presque à l'identique, grâce aux mêmes artisans qui avaient participé à leur construction initiale. «Nous avons retrouvé des contrats notariés montrant que ce sont les mêmes artisans qui ont reconstruit les bâtiments, indique Pierre Olivier Bureau-Alarie. À part des militaires et quelques immigrants, il y avait très peu d'anglophones sur place, ce qui explique pourquoi l'évolution est restée limitée jusqu'au milieu du 19e siècle.»
Après plusieurs décennies de déclin, Place-Royale fait l'objet d'un vaste chantier de revitalisation dans les années 1960 et 1970, qui transforme profondément son visage. Le quartier animé, où vivaient des familles et où les enfants jouaient dans les rues, laisse place au secteur touristique que l'on connaît aujourd'hui. «Les photos d'époque sont absolument magnifiques. C'était un réel milieu de vie. Aujourd'hui, ce serait impensable. On a l'impression que cette Place-Royale qu'on a créée a toujours existé, mais ce n'est pas le cas», observe Pierre Olivier Bureau-Alarie.

Entre 1960 et 1980, la plupart des bâtiments de Place-Royale ont été reconstruits ou rénovés.
— Bibliothèque et Archives nationales du Québec
Au-delà de la découverte de l'histoire, les chercheurs espèrent que l'application alimentera aussi la réflexion sur l'avenir du quartier. «Cinquante ans après sa restauration, Place-Royale amorce un nouveau cycle de son histoire. On espère que cela suscitera des réactions et des réflexions sur la suite», affirme le chargé de cours.
Pour François Dufaux, l'outil invite plus largement à porter un regard différent sur les villes et leur évolution. «C'est une façon de changer le regard sur la manière dont les lieux se transforment. Ce genre de projet permet à la fois sur le plan collectif et individuel de réfléchir à ce que l'architecture peut apporter.»
Les modélisations ont été réalisées avec la participation des étudiantes, étudiants et stagiaires Benoit Lambert, Gabrielle Champagne, Daniel English, Sokhna Maïmouna Ndiaye, Sara Watanabe, Jasmine Jaja et Célien Huot.
En plus de l'outil de réalité augmentée, la SPUQ a procédé au lancement de Missions empreintes, un jeu d'évasion extérieur qui mêle objets physiques, répliques d'artefacts et contenus numériques immersifs.
En savoir plus sur le parcours en réalité augmentée et le jeu d'évasion
























