11 juin 2026
Je pense donc je vote: un balado qui arrive à point nommé
À l'approche des élections générales au Québec, les professeurs Jérôme Gosselin-Tapp et Juliette Roussin ainsi que l'étudiant Fabien Tremblay veulent sensibiliser les 18 à 25 ans à leur devoir de citoyenne et de citoyen

De gauche à droite: le professeur Jérôme Gosselin-Tapp, l'étudiant à la maîtrise en science politique Fabien Tremblay et la professeure Juliette Roussin
— Sandrine Besson
Est-ce qu'il faut des connaissances préalables pour voter? Peut-on participer à la vie politique sans nécessairement voter? Et quelle est la place de la vérité dans la vie démocratique?
Ces trois grands questionnements se trouvent au cœur d'un tout nouveau projet de balado réalisé à la Faculté de philosophie de l'Université Laval avec la collaboration d'Élections Québec. Le balado a été mis en ligne le jeudi 11 juin sur la plateforme Spotify. Sous le titre général de Je pense donc je vote, trois contenus audionumériques s'adressent avant tout aux jeunes électrices et électeurs âgés de 18 à 25 ans.
«Notre projet vise à déboulonner les mythes tenaces entourant la compétence citoyenne en lien avec la participation démocratique, des mythes qui mènent à l'exclusion et l'autoexclusion de certaines catégories de personnes de la vie démocratique», explique le réalisateur du projet et professeur à la Faculté de philosophie, Jérôme Gosselin-Tapp. «Un de ces mythes, poursuit-il, consiste à dire qu'il faut être absolument très informé, que si on n'a pas de formation en science politique on ne devrait pas voter parce qu'on n'est pas un citoyen compétent en la matière. Ils vont dire je suis trop jeune, je n'en sais pas suffisamment, je n'ai pas assez lu les journaux, la vie politique m'intimide. Or, quand on a l'âge de voter et l'ouverture d'esprit nécessaire, on est compétent et on peut voter.»
L'idée d'un projet de balado a germé au sein d'un projet plus large de recherche interdisciplinaire et international. C'est dans ce contexte qu'a été mise sur pied une communauté de pratique avec Élections Québec. Dans le cadre de ce partenariat, l'équipe de recherche de l'Université Laval conseillait l'équipe d'éducation à la démocratie de l'organisme.
«Élections Québec avait identifié les 18 à 25 ans comme une période critique où les personnes vont se politiser ou non, souligne le professeur Gosselin-Tapp. Ceux qui finissent le secondaire s'apprêtent à commencer leur vie de jeune adulte. Ils n'ont pas encore voté ou ils ont voté une fois. Élections Québec a identifié des besoins particuliers pour cette tranche d'âge, mais elle n'arrive pas à les rejoindre. À cet âge, on pense qu'on n'est pas compétent et on va décider de s'autoexclure de la vie politique. Après, ça te suit toute ta vie. Cela aura une incidence énorme sur la suite de leur engagement dans la vie démocratique.»
Trois épisodes éclairants
Les trois mythes tenaces dont il est question sont documentés dans la littérature scientifique. Chacun des trois épisodes démarre par une question spontanée provenant d'une personne en âge de voter de moins de 25 ans. Une discussion s'engage entre l'animateur, en l'occurrence le chargé d'enseignement Jean-François Sénéchal, et l'un de trois chercheurs, soit le professeur Gosselin-Tapp, la professeure Juliette Roussin et un étudiant à la maîtrise en science politique, Fabien Tremblay.
Le début de la question de l'épisode 1 va comme suit: «On nous demande de prendre la responsabilité de voter, on vient juste d'avoir l'âge de la majorité et on ne sait aucunement ce qui nous attend. Il faudrait peut-être un cours de politique…» La question de l'épisode 2 contient l'extrait suivant: «Le problème, c'est qu'une grande partie de l'électorat ne vote pas par choix. Pas par paresse, par choix.» Quant à la question de l'épisode 3, elle consiste en: «Quand les politiciens changent de discours à chaque deux secondes, quand la neutralité d'opinion des journalistes n'existe plus, et quand il n'y a que de la propagande à la télévision, ça sert à quoi de voter? Ça sert à rien.»
Dans l'épisode 3 consacré à la désinformation, la professeure Roussin explique que la propagande dans l'espace public vise à manipuler une population de façon intentionnelle. Elle prend pour exemple le régime nazi dans l'Allemagne des années 1930 et 1940. «La propagande, dit-elle, a eu droit à son ministère à cette époque. On manipulait l'opinion en répétant des messages simples, en faisant appel à des émotions surtout négatives, comme la peur ou le ressentiment. Et surtout on vilifiait l'ennemi. Des images qui frappent est un bon moyen pour diffuser la propagande. Aujourd'hui, on pourrait penser, par exemple, aux hypertrucages [des contenus faux que l'intelligence artificielle rend profondément crédibles].»
Pour écouter les différents épisodes de Je pense donc je vote:
























