13 juillet 2026
À TEDx Québec, Arturs Logins invite à cultiver l'esprit critique à l'ère de l'IA
Le professeur de philosophie a amené le public à réfléchir à l'impact de l'intelligence artificielle sur notre autonomie et notre capacité de jugement

Arturs Logins lors de sa conférence
— TEDxQuébec
Demander à une intelligence artificielle (IA) quoi faire de son après-midi, lui confier la rédaction d'un texte ou s'en remettre à elle pour prendre une décision. Pour beaucoup, ces gestes anodins font aujourd'hui partie du quotidien. Mais à mesure que ces outils s'installent, une question s'impose. Pensons-nous encore vraiment par nous-mêmes?
C'est autour de cette question qu'Arturs Logins, professeur à la Faculté de philosophie de l'Université Laval, a ouvert sa conférence TEDx Québec 2026, un événement de diffusion d'idées inspirantes, dont la vidéo a été mise en ligne récemment. Devant une salle attentive réunie autour du thème «(re)Penser demain» le 4 juin à La Scène Lebourgneuf, il a invité le public à ralentir et à prendre du recul face à ces technologies.
Une dépendance en pleine croissance
L'usage de l'IA ne cesse de s'intensifier. Selon certaines estimations, à l'été 2025, ChatGPT enregistrait 2,5 milliards de requêtes par jour, soit près de 29 000 messages chaque seconde. Ce réflexe s'impose dans de nombreux contextes, qu'il s'agisse de trouver une information, de résoudre un problème ou d'orienter une décision.
«On veut être guidé dans nos décisions, autant personnelles que professionnelles», constate le professeur. Cette tendance, efficace en apparence, transforme en profondeur notre rapport au jugement. «Sommes-nous encore les véritables acteurs de nos décisions?», lance-t-il.
Des réponses rapides, mais pas toujours comprises
Les systèmes d'IA impressionnent par leur performance, mais leur fonctionnement demeure largement opaque. Même les spécialistes peinent parfois à expliquer précisément comment une réponse est produite. Pour Arturs Logins, cette complexité appelle à la vigilance. Une réponse fluide et convaincante n'est pas nécessairement juste. L'accès rapide à l'information peut donner l'impression de comprendre, sans toujours passer par l'effort intellectuel nécessaire.
Quand l'IA transforme notre manière de penser
La réflexion dépasse les outils eux-mêmes et touche directement à nos capacités cognitives. Certaines études citées lors de la conférence suggèrent qu'un usage intensif de l'IA pourrait modifier nos habitudes de pensée. Moins d'effort, une mémoire moins sollicitée, une dépendance accrue. «On observe, dans certains cas, une diminution de l'activité cérébrale et une difficulté plus grande à se souvenir de ce que l'on a produit», indique le professeur.
Ce phénomène, parfois décrit comme une «dette cognitive», invite à réfléchir aux effets à long terme de ces technologies sur l'apprentissage.
Trois pistes pour exercer son esprit critique
Face à ces constats, Arturs Logins propose des pistes concrètes pour préserver l'esprit critique. Vérifier l'information demeure essentiel, selon lui. «Ne tenons pas les réponses de l'IA pour acquises, surtout pour des questions importantes.»
Il invite aussi à reconnaître les biais, qu'ils soient humains ou intégrés aux systèmes, et à adopter un changement de perspective. «Se demander quelle serait l'objection à notre point de vue permet d'en voir les limites et d'améliorer sa réflexion.»
Des réflexes qui ne sont pas sans rappeler le cœur de la formation en philosophie, où remettre en question, analyser et confronter les idées font partie du quotidien.
Apprendre à penser… encore et toujours
Au-delà de la technologie, l'enjeu est profondément humain. Il touche à notre capacité à juger, à décider et à agir de manière autonome. Les outils évoluent rapidement, mais une chose demeure: «L'esprit critique ne peut pas être automatisé», rappelle Arturs Logins.
Dans un monde où les réponses sont instantanées, prendre le temps de réfléchir devient presque un acte volontaire. «Sommes-nous encore les acteurs de nos décisions, ou simplement guidés par des systèmes que nous comprenons à peine?»
Sandrine Besson est chargée de communication à la Faculté de philosophie.
— TEDxQuébec
























