
«Pour la Coupe du monde, un gazon naturel est obligatoire, mais pas n'importe lequel. Il est notamment renforcé avec des fibres synthétiques pour améliorer sa résistance au déchirement, une réalité inévitable dans un tournoi de cette intensité», révèle Guillaume Grégoire, professeur à la Faculté des sciences de l'agriculture et de l'alimentation.
— Guillaume Grégoire
Sous les crampons des meilleurs joueurs de la Coupe du monde de soccer se cache une science discrète, mais exigeante: celle de la conception et de l'entretien de la surface de jeu qui recouvre les terrains. Guillaume Grégoire, agronome et professeur à la Faculté des sciences de l'agriculture et de l'alimentation de l'Université Laval, explique les exigences et les défis associés à ce type de culture.
Quelles sont les exigences de la FIFA en matière de gazon naturel sur les surfaces de jeu?
La FIFA impose des normes très strictes sur la qualité et la performance des terrains. Pour la Coupe du monde, un gazon naturel est obligatoire, mais pas n'importe lequel. Il est notamment renforcé avec des fibres synthétiques pour améliorer sa résistance au déchirement, une réalité inévitable dans un tournoi de cette intensité.
L'objectif premier: la constance. On veut que le ballon se comporte de la même manière peu importe le terrain sur lequel la partie est disputée, et ce, à mesure qu'on avance dans le tournoi. La vitesse et la régularité du roulement du ballon sont des enjeux centraux au soccer, contrairement au football américain. C'est pourquoi la majorité des stades utilisés pour le tournoi, y compris ceux initialement conçus pour le football américain, ont dû être modifiés. Plusieurs de ces stades sont d'ailleurs habituellement recouverts de gazon synthétique et ont été réaménagés temporairement pour y installer une surface naturelle.
Quelles sont les principales étapes de production de ce gazon?
Le gazon qui tapisse ces terrains a été cultivé selon une méthode mise au point spécialement pour ce type de compétition. Des toiles de plastique sont d'abord déployées au sol, sur lesquelles on place un substrat de croissance avant d'y semer le gazon. Après environ un an, le gazon est récolté en rouleaux d'environ cinq à six centimètres d'épaisseur. Comme les toiles empêchent les racines d'atteindre le sol, celles-ci ne sont pas coupées lors de la récolte, contrairement à ce qui se fait pour du gazon résidentiel. Le stress pour la plante est alors beaucoup moins important et les racines agissent comme une réserve d'éléments nutritifs et d'énergie, ce qui aide le gazon à supporter le jeu adéquatement tout au long du tournoi.
Les terrains utilisés pour la coupe du monde ont également été construits avec un sol fabriqué selon des spécifications précises, conçu pour offrir une surface uniforme de haute qualité, tant pour la jouabilité que pour la croissance du gazon.
Quel est le plus grand défi de ce type de culture pour ce tournoi?
Les quatre stades couverts qui accueillent des matchs du tournoi, dont celui de Vancouver, posent les défis les plus importants. Le manque de lumière naturelle et une aération souvent inadéquate créent des conditions très difficiles pour la croissance du gazon, et ce, avant même d'ajouter le stress causé par le jeu.
Pour relever ce défi, la FIFA a investi des millions de dollars en recherche pour mettre au point une méthode de culture permettant de maintenir le gazon dans ces conditions pendant la durée du tournoi, soit environ 45 jours. On y utilise notamment des régulateurs de croissance, de l'éclairage d'appoint et une régie de fertilisation adaptée afin de contrôler la croissance de façon très précise. Si l'entretien de ce type de terrain est très différent de celui des pelouses résidentielles, certains principes de base peuvent néanmoins s'appliquer aux deux types de surface. Ces principes, je les aborde aussi dans une formation en ligne que j'offre sur l'implantation et l'entretien d'une pelouse durable. Une ressource accessible à quiconque souhaite appliquer ces connaissances à plus petite échelle.
Derrière chaque match, il y a donc des années de recherche, de précision et un souci constant de la performance. La pelouse est alors loin d'être un simple décor, mais plutôt une composante technique à part entière de la plus grande scène du soccer mondial.
Propos recueillis par Noémie-Audrey Lecours, chargée de communication à la Faculté des sciences de l'agriculture et de l'alimentation

























