
Florian Sauvageau et la couverture de son livre
— Université Laval - Marc Robitaille
Le nom de Florian Sauvageau occupe une place à part dans l'histoire des médias d'information au Québec. Et pour cause. Ce communicateur de renom, aujourd'hui professeur émérite du Département d'information et de communication de l'Université Laval, aura consacré six décennies de sa vie à pratiquer le journalisme, à l'enseigner et à l'analyser. Sa vaste connaissance du métier prend aujourd'hui la forme d'un livre intitulé Ce que j'ai appris du journalisme, sous-titré De la Révolution tranquille à la révolution numérique. Ce livre de 312 pages est publié aux éditions Somme toute – Le Devoir. Il fera l'objet d'un lancement à Québec le jeudi 27 août.
«Dans ce livre, explique le professeur Sauvageau, je relate un peu mon expérience. J'ai surtout voulu faire de l'observation. J'ai interviewé presque 100 personnes pour cela.»
Selon lui, un grand vent de liberté a soufflé sur le monde de l'information au Québec dans les années 1960 et 1970. À cette époque, la disparition de la censure et du conservatisme a permis la modernisation des grands médias et la naissance du journalisme d'enquête. Dans son livre, le professeur souligne le rôle central joué par le journaliste Jean-Louis Gagnon de la fin des années 1950 au début des années 1960. Au cours de cette période, ce pionnier transforme profondément La Presse et crée Le Nouveau Journal, un quotidien éphémère mais marquant. Plusieurs observateurs le considèrent aujourd'hui comme l'un des pères du journalisme québécois moderne, qui a notamment «valorisé le rôle et libéré la parole des journalistes».
Au milieu des années 1960, Florian Sauvageau était jeune journaliste à la tribune parlementaire de l'Assemblée nationale du Québec. «L'accès au personnel politique était extrêmement facile, raconte-t-il. Vous appeliez le cabinet d'un ministre et fréquemment vous pouviez lui parler. Le journaliste était alors un personnage central dans le processus d'information. Au tournant des années 1970, plus de 100 journalistes travaillaient au Soleil à Québec, journal dont le tirage atteignait 160 000 exemplaires. Depuis l'arrivée des communicateurs et des attachés de presse, il y a des barrières. Le journaliste de la colline parlementaire va passer par une batterie de communicateurs de toutes sortes qui vont lui réciter des lignes de presse préparées à l'avance.»
Puis vint la révolution numérique
Plus près de nous, l'essor des technologies numériques, au premier chef l'informatique, le développement du réseau Internet et l'implantation de l'intelligence artificielle ont bouleversé la société. Ce tsunami a frappé le journalisme de plein fouet. Les médias traditionnels ont vu leur modèle de financement se briser. Le lectorat des journaux imprimés, en déclin depuis des années, a entraîné une baisse marquée des revenus publicitaires. Quant à la pandémie de 2020-2021, elle est à l'origine d'une crise de confiance toujours existante à l'égard des médias et les nouvelles. L'intelligence artificielle ajoute maintenant aux inquiétudes. Pendant ce temps, les habitudes, même bien ancrées, changent. C'est notamment le cas des téléjournaux de fin de soirée. Leur imposant auditoire a considérablement diminué.
«L'information, écrit le professeur Sauvageau, est maintenant omniprésente, accessible en tout temps, sur de multiples supports, sans cesse répétée, jusqu'à plus soif. Et le plus souvent gratuite.»
L'une des caractéristiques du monde de l'information d'aujourd'hui est certes la diffusion ininterrompue de nouvelles à la radio, à la télévision ou sur le Web. «Je trouve qu'il y a beaucoup trop de bavardage dans l'information continue, soutient-il. On bavarde du matin au soir. Il y a beaucoup de gens que ça agace.»
Selon lui, les journalistes dits traditionnels vivent une crise d'identité. «On ne sait plus très bien distinguer les journalistes, dit-il, dans la masse de fournisseurs d'information que sont les communicateurs, blogueurs, baladodiffuseurs, influenceurs et commentateurs de toutes provenances, dans l'univers éclaté de la surinformation et de la désinformation.»
En octobre 2025, Florian Sauvageau a accordé une entrevue à Bruno Guglielminetti, consultant et réalisateur de balados. Le professeur a expliqué venir d'un monde où tout était ordonné. «D'un monde de rareté aussi, ajoute-t-il. J'ai grandi dans un environnement où il y avait une chaîne de télévision. Il y avait la radio AM, la télé et les journaux. Aujourd'hui, on est dans un monde d'abondance où les gens ont de plus en plus de mal à se retrouver, où, toutes les enquêtes le disent, les gens sont surinformés. Ça les agace. Ils ne savent plus ce qui est vrai, ce qui est faux. C'est compliqué, le monde de l'information aujourd'hui. La technologie a conduit à la prolifération, à un certain chaos.»
Des pistes d'avenir
Personne ne sait à quoi ressemblera l'avenir du journalisme. «Il n'y aura pas de solution miracle, affirme pour sa part le professeur Sauvageau. Il faudra trouver un équilibre nécessaire entre le passé et l'avenir.» Chose certaine, des correctifs, selon lui, doivent être apportés à la manière de livrer l'information. Par exemple, aux «topos» des journalistes de la radio et de la télé, qui sont préparés depuis des décennies dans le même moule monocorde; le professeur les trouve ennuyeux. «Il faut rendre l'information plus dynamique, soutient Florian Sauvageau. C'est là où il y a le plus de travail à faire.» Il rappelle que la démarche journalistique tient à la fois de la méthode scientifique, pendant la recherche de l'information, et des arts au moment de sa mise en forme et de sa présentation. Mais à la base de cette démarche, il doit y avoir des faits rigoureusement vérifiés.
Selon le professeur, de plus en plus de jeunes journalistes se sentent à l'étroit dans les formats traditionnels, «qui ne correspondent plus à l'esprit du temps et au modèle de consommation de l'information d'une bonne partie de leur génération, qui butine sur les plateformes». Alexane Drolet, qui a quitté Radio-Canada en 2025, est du nombre. Après trois ans à la société d'État comme reporter numérique, elle a fondé Alexplique et est devenue animatrice et créatrice de contenu d'information. Elle a 28 ans.
En guise de conclusion à son ouvrage, Florian Sauvageau souhaite que le journalisme, demain, soit une activité de service public liée à la vie démocratique, axée sur la rigueur dans la collecte de l'information, sur le respect des faits, sur des méthodes de recherche plus solides et sur une mise en forme plus audacieuse. L'enquête doit y tenir une place de choix.
Deux membres de l'Université Laval ont contribué à la réalisation du livre Ce que j'ai appris du journalisme: la professeure Colette Brin et le chargé de cours Sébastien Charlton, tous deux du Département d'information et de communication.
























