3 septembre 2026
Trois questions sur le projet de téléphérique et la mobilité entre Québec et Lévis
Alors que le maire de Lévis, Steven Blaney, relance l’idée de construire un téléphérique pour traverser le fleuve, le professeur Jean Dubé discute des problèmes de mobilité entre les deux rives et des pistes de solution

Le projet de téléphérique relierait le centre-ville de Lévis au centre-ville de Québec.
— Getty Images / Thomas Faull
La proposition d'un téléphérique reliant les centres-villes de Québec et de Lévis n'est pas nouvelle. Bien avant que Steven Blaney ressuscite l'idée à la fin août, une entreprise avait déjà avancé cette possibilité en 2009 et un rapport commandé en 2024 avait aussi brièvement analysé les avantages et désavantages de ce lien. Selon Jean Dubé, professeur à l'École supérieure d'aménagement du territoire et de développement régional, le débat dépasse largement le téléphérique lui-même. L'idée lancée par Steven Blaney doit être l'occasion de réfléchir aux solutions qui permettront d'offrir aux citoyennes et citoyens des déplacements plus efficaces et mieux adaptés à leurs besoins.
Quels sont les enjeux de mobilité entre la rive nord et la rive sud?
Il est clair que, dans les dernières années, la congestion routière a augmenté de manière considérable. La solution souvent avancée par les utilisateurs, c'est de faire davantage de routes et de construire un autre pont. Or, la littérature montre qu'ajouter des routes ne règle pas les problèmes de congestion. Si on facilite les déplacements en auto, il y en aura davantage sur les routes parce que les gens vont ajuster leurs comportements pour utiliser les nouvelles infrastructures disponibles. Le problème de congestion va donc assurément revenir tôt ou tard. On le voit, les grandes villes qui ont ajouté des routes sont toujours aux prises avec du trafic.
Présentement, on a un problème de mobilité dans l'optique où les solutions de rechange à l'auto sont peu nombreuses. Nous aurions intérêt à penser à des modes de transport qui peuvent vraiment compétitionner avec la voiture, ce qui pourrait entraîner un changement dans les habitudes de déplacement.
Un téléphérique pourrait-il améliorer les déplacements entre les deux rives?
Un lien de centre-ville à centre-ville présente certains aspects intéressants. D'abord, ça pourrait être un gain de temps pour bien des gens. Ensuite, il pourrait inciter des utilisateurs à combiner le téléphérique avec des modes de déplacement autres que l'auto. Par contre, pour être attrayant, le téléphérique doit s'intégrer dans l'offre de transport en commun disponible. Si un utilisateur doit attendre pendant une heure un autobus près du Château Frontenac, le téléphérique devient un coup d'épée dans l'eau.
Il faut aussi prendre en compte les externalités de ce projet. Par exemple, le téléphérique aurait-il un fort impact visuel? Si on se retrouve avec des pylônes ou de grandes stations qui ne s'intègrent pas bien au décor, les résidents du secteur, mais aussi l'UNESCO, pourraient être mécontents de la pollution visuelle.
Je sais qu'il existe en Europe et en Amérique du Sud des téléphériques urbains qui sont des solutions de mobilité urbaine. Il ne faut donc pas écarter du revers de la main cette possibilité, qui pourrait contribuer à diminuer notre dépendance à l'auto. Pour ma part, je ne connais pas les détails techniques liés à ce type de transport et je ne me prononce donc pas sur son opportunité au-dessus du fleuve Saint-Laurent. Par contre, pour moi, le seul fait qu'on propose cette idée et qu'on en discute est une très bonne chose. Se poser des questions sur des solutions de rechange à l'auto et évaluer des modes de transport différents qui potentiellement pourraient permettre de réduire les temps de déplacement, ça nous fait avancer dans la bonne direction.

Le professeur Jean Dubé est économiste. Ses travaux de recherche contribuent à mieux comprendre les liens entre les territoires, les marchés immobiliers, les infrastructures de transport et le développement urbain et régional.
— Faculté d'aménagement, d'architecture, d'art et de design
Quels critères faut-il considérer pour évaluer une solution de mobilité urbaine?
Tout est une question de gain pour l'utilisateur. Peu de gens choisissent un mode de déplacement avant tout pour des raisons écologiques ou d'acceptabilité sociale, mais beaucoup le font en fonction de la facilité, du confort et de la vitesse de déplacement.
Les solutions ne passent pas uniquement par l'autobus. Le vélo partage, par exemple, peut en faire partie. Ce mode de transport gagne sans cesse en popularité parce que, dans certains secteurs, il peut compétitionner avec l'auto sur le plan de la vitesse.
Pour évaluer une solution, il faut s'attarder à la réceptivité de la population. Par exemple, dans le cas d'un téléphérique, on sait qu'il y aura toujours des personnes qui n'auront pas confiance en la sécurité de l'infrastructure et d'autres qui, par phobie, ne peuvent s'imaginer être suspendues au-dessus du vide. Par contre, si le temps de déplacement en téléphérique est trop lent ou qu'il est trop difficile ensuite de poursuivre son déplacement sur l'autre rive, il y a fort à parier que les gens refuseront de l'emprunter. Bref, ce sont les solutions qui s'intégreront bien les unes aux autres afin de réduire le temps de déplacement qui gagneront l'adhésion de la population.
Les questions de coût et de bénéfices doivent aussi être considérées parce qu'elles jouent sur l'adhésion. La construction d'un téléphérique, une infrastructure plus légère, serait plus économique que celle d'un métro sous le fleuve. Par contre, ce tunnel permettrait à un plus grand nombre de gens de se déplacer rapidement. De plus, il pourrait être utilisé pour du transport de marchandises en dehors des heures de pointe, ce qui pourrait aider à sa rentabilité.
Bref, il y a des possibilités pour réduire notre dépendance à l'auto. Il faut y réfléchir et s'ouvrir aux différentes options possibles
Propos recueillis par Manon Plante
























