10 septembre 2026
Repenser la politique économique extérieure du Canada dans une Amérique du Nord en transformation
Réunis autour du livre blanc Du choc à la transformation, des spécialistes de l'Université Laval ont réfléchi à l'avenir de la politique économique extérieure du Canada

De gauche à droite: Jean-Michel Marcoux, professeur à l’ESEI, Érick Duchesne, professeur à la Faculté des sciences sociales et membre de l’ESEI, Louise Blais, émissaire du Québec pour l’ACEUM et experte en résidence à l’ESEI, Janie Piuze Duclos, titulaire d'une maîtrise en relations internationales de l’ESEI, Yan Cimon, directeur du Centre interuniversitaire de recherche sur les réseaux d’entreprises, la logistique et le transport (CIRRELT), professeur à la Faculté des sciences de l’administration et membre de l’ESEI, Richard Ouellet (absent de la photo, mais à l'écran), professeur à la Faculté de droit et membre de l’ESEI.
Comment le Canada et le Québec peuvent-ils adapter leur politique économique extérieure à un environnement international devenu plus imprévisible? C'est autour de cette question qu'ont échangé les spécialistes ayant rédigé le livre blanc Du choc à la transformation, lancé lors du dîner-table ronde de la rentrée de l'École supérieure d'études internationales (ESEI), le 4 septembre. Près de 100 personnes ont assisté à l'événement.
Rédigé par des professeurs membres de l'ESEI – Yan Cimon, de la Faculté des sciences de l’administration, Érick Duchesne, de la Faculté des sciences sociales, Jean-Michel Marcoux, de l'ESEI, et Richard Ouellet, de la Faculté de droit – ainsi que par Janie Piuze Duclos, titulaire d'une maîtrise en études internationales de l'ESEI, le document analyse les mutations actuelles de la politique économique extérieure du Canada et formule des pistes d'action pour les décideurs publics et les acteurs économiques. Louise Blais, émissaire du Québec pour l'Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM) et experte en résidence à l’ESEI, a également contribué aux réflexions ayant mené à cette publication, issue de la conférence du même nom tenue au printemps dernier. La discussion était animée par Janie Piuze Duclos.
Dans son mot d'ouverture, Jonathan Paquin, directeur de l'ESEI et professeur de science politique, a rappelé que les tensions commerciales des dernières années ont profondément modifié le contexte dans lequel évolue le Canada. Selon lui, l'utilisation des tarifs douaniers comme outil de pression politique par les États-Unis marque une rupture qui dépasse le simple épisode conjoncturel.
«La proximité avec les États-Unis demeure un atout, mais elle représente maintenant une grande vulnérabilité pour le Canada», a-t-il indiqué.
Le rôle accru pour le Québec et les provinces
Les échanges ont d'abord mis en lumière le rôle grandissant des provinces dans les relations économiques internationales. Dans un contexte marqué par les tensions commerciales avec les États-Unis, plusieurs spécialistes participant à la table ronde ont souligné que les gouvernements provinciaux disposent aujourd'hui de leviers leur permettant de défendre leurs intérêts économiques et d'influencer certains dossiers stratégiques.
Cette réalité s'observe notamment à travers les initiatives de représentation menées à l'international et les interventions des provinces dans certains dossiers commerciaux. Les panélistes ont également insisté sur l'importance d'une meilleure coordination entre les différents paliers de gouvernement afin de répondre aux bouleversements de l'environnement international.
«Il faut se mobiliser pour ne pas se diviser. Les gouvernements doivent collaborer davantage et mieux consulter les experts et les spécialistes», a fait valoir Érick Duchesne, expert en économie politique internationale.
Pour sa part, le professeur Jean-Michel Marcoux, dont les travaux portent notamment sur les accords économiques internationaux, l'arbitrage international des investissements et les relations internationales, a rappelé que «les provinces disposent de moyens qui leur permettent de faire entendre leur voix dans les négociations économiques internationales.»
Réduire la dépendance au marché américain
La diversification des marchés a constitué l'un des principaux thèmes de la rencontre. Les panélistes ont souligné que l'accès au marché américain ne peut plus être considéré comme acquis dans un contexte où les relations économiques servent de plus en plus d'outils de pression politique.
Pour plusieurs, le Canada doit donc réduire sa vulnérabilité en nouant de nouveaux partenariats et en renforçant sa capacité d'adaptation.
Selon le professeur Richard Ouellet, spécialiste du droit international économique, cette «diversification est devenue plus importante que jamais.»
Les échanges ont également porté sur la résilience des chaînes d'approvisionnement et sur la nécessité de définir une vision économique à long terme. Le professeur Yan Cimon, expert en commerce international et en chaînes d'approvisionnement, a notamment souligné que le Québec dispose d'atouts importants dans plusieurs secteurs stratégiques, dont certaines technologies critiques.
«Le Québec est très bien positionné dans plusieurs secteurs stratégiques, mais il doit mieux définir ses priorités et ses ambitions économiques», a-t-il indiqué.
Entre la protection de l'ACEUM et la recherche de nouveaux partenaires
L'avenir de l'ACEUM a également occupé une place importante dans les discussions. Les panélistes ont rappelé que l'accord demeure un pilier des échanges commerciaux nord-américains, tout en reconnaissant les défis posés par l'évolution récente des relations entre le Canada et les États-Unis.
«Il ne faut pas sous-estimer l'importance de l'ACEUM. Il demeure au cœur de la protection de nos exportations», a souligné Louise Blais.
Au-delà de l'Amérique du Nord, les spécialistes invités ont insisté sur l'importance d'élargir les partenariats économiques du Canada. L'Europe a notamment été présentée comme une avenue prometteuse en raison des relations déjà bien établies entre le Canada et plusieurs pays du continent.
Les échanges ont également mis en lumière le potentiel stratégique de l'Afrique. Dans un contexte où le Canada cherche à diversifier ses marchés et ses alliances, plusieurs personnes intervenantes ont estimé qu'un rapprochement durable avec les pays africains pourrait offrir de nouvelles occasions de collaboration économique. Les liens créés par la Francophonie et la présence de secteurs en forte croissance sur le continent constituent des atouts à cet égard.
Au terme de la rencontre, les spécialistes ont convenu que dans un environnement international marqué par l'incertitude et la concurrence géoéconomique, le Canada devra repenser sa politique économique extérieure. La diversification des marchés, le renforcement des partenariats internationaux et une meilleure collaboration entre les provinces figurent parmi les principales pistes avancées pour relever ce défi.
Consulter le livre blanc
Stéphanie Doyon est chargée de communication à l'École supérieure en études internationales.
























