
Le pays des fourrures est un roman qui raconte une sorte d'errance maritime qui va amener les personnages depuis le Grand Nord canadien jusque dans le Pacifique.
— Université Laval – Yan Doublet
«Mon pays de prédilection» – Le Canada de Jules Verne. C'est là le titre de la toute nouvelle exposition qui prendra l'affiche le vendredi 25 septembre au 4e étage de la Bibliothèque au pavillon Jean-Charles-Bonenfant. Elle met en valeur trois romans d'un auteur majeur de la littérature mondiale au 19e siècle encore connu dans le monde entier, romans qui ont été réédités entre 2019 et 2024 aux éditions Classiques Garnier. Placée sous la responsabilité des co-commissaires Guillaume Pinson et Fernanda Conciani, l'exposition sera présentée jusqu'au 19 septembre 2027. Le premier est professeur au Département de littérature, théâtre et cinéma. Il a écrit les textes de l'exposition. La seconde est doctorante en études littéraires. Elle a effectué la recherche d'objets pertinents du 19e siècle, de photos anciennes et d'extraits de films d'autrefois.
Ces trois récits de Verne sont moins connus. L'action se déroule dans le Canada de la seconde moitié du 19e siècle. Il s'agit de Le pays des fourrures, paru en 1873, axé sur l'exploration du Grand Nord, Famille-Sans-Nom, paru en 1889, consacré aux rébellions des Patriotes canadiens-français en 1837 et 1838, et Le volcan d'or, paru en édition posthume en 1906, qui raconte la ruée vers l'or du Klondike, au Yukon, qui a réellement eu lieu vers la fin du 19e siècle.
«Dans Le pays des fourrures, les héros partent du Grand Lac des Esclaves et vont monter dans la mer Arctique, explique le professeur Pinson. Ils se rendent jusqu'au cap Bathurst, où ils construisent un fort. À cause d'un tremblement de terre, leur cap va se détacher et dériver sur la mer. Commence alors une sorte d'errance maritime qui va les amener jusque dans le Pacifique, au niveau des îles Aléoutiennes. Les bêtes féroces, le voyage, l'exploitation des ressources. Y'a même le problème écologique. S'ils montent si loin dans le nord, c'est que les bêtes sont beaucoup plus difficiles à chasser au sud; il y en a moins parce qu'elles ont été beaucoup chassées. Verne reprend ces ingrédients-là, l'objectif du fort, ensuite les héros livrés à eux-mêmes. Et le destin. Ils n'ont plus de contrôle sur leur vie. Leur périple devient un roman de l'errance, comme il y en a beaucoup chez Verne. L'aventure malgré soi. On est emporté dans l'aventure. Un très bon roman d'aventures vernien.»
Selon Guillaume Pinson, chez Verne, la communauté qui vit l'aventure n'est jamais mise en danger. «Elle est toujours dans le positif, souligne-t-il. Les personnages restent toujours soudés, bienveillants. Il y a de l'entraide, du travail collectif. Donc les défis de l'aventure ne vont jamais mettre ça en danger. Dans Le pays des fourrures, leur presqu'île grignotée, qui fond, devient une sorte d'arche de Noé. Et puis ça finit bien.»

Le professeur Guillaume Pinson, co-commissaire de l'exposition «Mon pays de prédilection» – Le Canada de Jules Verne, à l'entrée de l'exposition
De la lampe à pétrole au sextant
Les romans de Jules Verne sont des récits d'aventures, de découverte géographique, où la connaissance scientifique et le souci pédagogique sont toujours présents, toujours emmêlés à l'histoire qui est racontée. Le volcan d'or est un bon exemple. Dans l'exposition, un extrait du film La ruée vers l'or (1925) de Charlie Chaplin sert d'introduction à la section consacrée à ce roman. Juste à côté trône une vieille lampe à pétrole. Un peu plus loin se trouve un sextant. «Le sextant est un instrument majeur dans l'imaginaire de Verne, soutient le professeur. Il permettait de faire le point en pleine mer, de connaître sa position géographique. C'était un peu le GPS de l'époque.»
«La ruée vers l'or est un événement mondial, en fait, qui a eu des répercussions internationales à la toute fin du 19e siècle, rappelle-t-il. Dans le roman, deux cousins héritent d'une concession minière au Yukon. Ils partent en prendre possession. Mais la frontière canado-américaine, entre l'Alaska et le Yukon, passe sur le claim, ce qui en fait une source de conflit. En outre, les conditions de vie sont difficiles. Elles sont bien racontées.»
Dans ses écrits, Jules Verne s'intéresse aux luttes menées par certaines minorités dans le cadre de mouvements de résistance ou d'affirmation nationale. C'est entre autres le cas dans Famille-Sans-Nom. Un chef rebelle canadien-français cache son nom de famille et lutte contre le gouvernement colonial britannique du Bas-Canada. «Verne avait un parti pris pour les petites nations résistant aux empires, comme l'Irlande, explique Guillaume Pinson. Un Français comme lui était impressionné par la résistance de la vieille France au cœur de l'Amérique. Cela a beaucoup marqué les lecteurs français», affirme-t-il.
Le chef rebelle se fait appeler Jean-Sans-Nom. Sa mère est américaine. «Verne aime bien le métissage américain, poursuit-il. Il y a toujours sa fascination pour les États-Unis. Et souvent, il associe des stéréotypes aux Américains, de puissance, d'énergie, de capacité d'affronter le monde et tout ça. Ces qualités vont souvent avec certains de ses héros.»

Cette section de l'exposition traite de l'importance de l'œuvre de Jules Verne. Celle-ci comprend, entre autres, une soixantaine de romans traduits dans de nombreuses langues. Le premier grand succès littéraire de l'écrivain fut Cinq semaines en ballon, publié en 1863. Plus loin, on aperçoit le drapeau tricolore des Patriotes dans la section consacrée à Famille-Sans-Nom.
— Université Laval – Yan Doublet
Des gravures en appui
Les gravures en noir et blanc abondent dans les romans verniens. «Les récits sont très visuels, soutient le professeur Pinson. L'auteur décrit beaucoup. On voit beaucoup de choses. C'est ce que montrent les illustrations. Généralement, un ou deux illustrateurs travaillaient sur le même volume. L'illustrateur lisait le manuscrit. Le dessin qu'il produisait était ensuite soumis à l'auteur et à l'éditeur. Une fois le dessin approuvé, le graveur entrait en scène en reproduisant le dessin sur le bois, avec beaucoup de finesse, de détails.»
«Jules Verne est un de mes auteurs préférés, dit-il. Je l'ai connu enfant. J'ai été bercé par son imaginaire. J'ai fait la même chose avec mes fils, à qui j'ai lu Voyage au centre de la Terre. C'est le plaisir de l'aventure, l'imaginaire positif qu'on trouve chez Verne, l'imaginaire solaire. Il y a quelque chose d'heureux dans l'œuvre. Même si le héros est confronté aux pires difficultés, il demeure toujours optimiste. Comme une leçon de persévérance.»
En 2016, le professeur Pinson avait prononcé une conférence et accordé une entrevue sur les trois romans «canadiens» de l'écrivain.
Cet automne, ce dernier donne un cours à une trentaine d'étudiantes et étudiants sur les Voyages extraordinaires de Jules Verne, une série de romans et de nouvelles. «Ils liront environ 3000 pages de romans, précise-t-il. Et ils vont évidemment visiter l'expo.»
Plusieurs personnes ont joué un rôle clé dans la réalisation de l'exposition. Le designer graphique Alain Chouinard, cofondateur de Deux & Quatre, est l'un d'eux. Mentionnons également Régis Pilote, designer, et Suzanne Beaulieu, pour la production graphique. À la Bibliothèque, il y a Marie Dufour, chargée de conservation et de mise en valeur des collections. Une quinzaine de personnes et de partenaires ont aussi contribué au projet, notamment Simon Pierre Barrette, bibliothécaire à la Direction de l'accès aux ressources informationnelles.

























