
L'insécurité alimentaire ne concerne pas uniquement les personnes qui manquent complètement de nourriture, souligne le responsable du Chantier d'avenir en sécurité alimentaire à la Faculté des sciences de l'agriculture et de l'alimentation de l'Université Laval, elle touche aussi celles qui doivent constamment faire des compromis sur la diversité, la qualité ou la quantité de leur alimentation.
— Getty Images, william87
Soulignée chaque année le 16 octobre, la Journée mondiale de l'alimentation vise à rappeler l'importance de garantir à toute la population un accès à une alimentation suffisante, saine et nutritive. Alors que la hausse du coût de la vie, les changements climatiques et les crises internationales fragilisent les systèmes alimentaires, comment assurer durablement cet accès? Eli Sawadogo, chargé d'enseignement et responsable du Chantier d'avenir en sécurité alimentaire à la Faculté des sciences de l'agriculture et de l'alimentation de l'Université Laval, répond à trois questions sur les défis et les solutions en matière de sécurité alimentaire.
Pourquoi la hausse du prix des aliments rend-elle difficile l'accès à une alimentation saine pour tous?
La hausse du prix des aliments rend l'accès à une alimentation saine plus difficile parce qu'elle réduit le pouvoir d'achat des ménages, particulièrement ceux à faible revenu. Lorsque les dépenses de logement, de transport et d'autres besoins essentiels augmentent également, plusieurs familles doivent faire des choix difficiles. Certaines réduisent les portions, sautent des repas ou privilégient des aliments moins coûteux, parfois au détriment de la qualité nutritionnelle. L'insécurité alimentaire ne résulte donc pas uniquement d'un manque de disponibilité des aliments, mais aussi de l'incapacité économique à se les procurer en quantité suffisante et en qualité adéquate.
Cette situation entraîne des conséquences importantes sur la santé, le bien-être et les inégalités sociales. Elle peut affecter la santé physique et psychologique, le développement des enfants et la qualité de vie des familles. Il faut rappeler que l'insécurité alimentaire ne concerne pas uniquement les personnes qui manquent complètement de nourriture: elle touche aussi celles qui doivent constamment faire des compromis sur la diversité, la qualité ou la quantité de leur alimentation. Bien se nourrir ne devrait pas être un privilège réservé aux personnes qui en ont les moyens.
Quelles solutions permettraient de garantir une alimentation convenable à l'ensemble de la population?
Pour améliorer l'accès à une alimentation saine, il faut agir sur les causes économiques de l'insécurité alimentaire, notamment en favorisant des revenus suffisants, de meilleures conditions de travail et des mesures de protection sociale adaptées. L'aide alimentaire, les cuisines collectives et les programmes de repas scolaires demeurent essentiels pour répondre aux besoins immédiats, mais ils ne peuvent remplacer durablement des ressources financières adéquates. Il faut également soutenir les producteurs, améliorer l'accès aux commerces alimentaires et renforcer les initiatives locales et régionales qui contribuent à rendre les aliments accessibles.
Au-delà de ces mesures, garantir une alimentation convenable à toute la population exige une volonté politique de réduire les inégalités et de faire de la sécurité alimentaire une priorité collective. Les solutions doivent être adaptées aux réalités des populations et des territoires, et elles doivent associer les pouvoirs publics, les acteurs du système alimentaire et les organismes communautaires. L'objectif est clair: permettre à chacune et à chacun de se nourrir convenablement, dans la dignité, sans devoir sacrifier d'autres besoins essentiels.
Comment rendre notre système alimentaire plus résilient face aux crises et aux changements climatiques?
Il faut d'abord diversifier nos productions agricoles et nos sources d'approvisionnement. Les sécheresses, les inondations, les vagues de chaleur et les perturbations des marchés internationaux peuvent fragiliser la production, interrompre les chaînes d'approvisionnement et provoquer des hausses de prix. Miser sur une plus grande diversité de cultures, de variétés et de productions animales, tout en renforçant les capacités de production locales et régionales, permet de réduire certaines dépendances et de mieux absorber les chocs. Il ne s'agit pas de produire tous les aliments localement, mais de trouver un équilibre entre production locale, commerce international et diversification des fournisseurs.
Il faut également accélérer l'adoption de pratiques agricoles durables, notamment agroécologiques, qui contribuent à préserver les sols, la biodiversité et les ressources en eau. La diversification des cultures, les rotations, les cultures de couverture et une meilleure gestion de l'eau peuvent améliorer la capacité des exploitations à faire face aux aléas climatiques. Leur adoption doit toutefois être soutenue par la recherche, l'accompagnement technique, le financement et des politiques adaptées aux réalités des producteurs.
La résilience dépend aussi de la capacité à anticiper les crises et à maintenir le fonctionnement des chaînes d'approvisionnement lorsqu'elles surviennent. Cela implique de renforcer les infrastructures de stockage et de transport, de réduire les pertes et le gaspillage alimentaires, de surveiller les risques et de mieux coordonner les acteurs de la production, de la transformation, de la distribution et de la commercialisation. Il faut également prévoir des mécanismes permettant de préserver l'accès aux aliments en période de crise, car la continuité de l'approvisionnement ne garantit pas, à elle seule, que toute la population puisse se nourrir convenablement.
Enfin, la résilience ne consiste pas seulement à résister aux perturbations, mais aussi à apprendre, à s'adapter et à transformer le système alimentaire lorsque cela devient nécessaire. Cela suppose une gouvernance concertée entre les pouvoirs publics, les producteurs, les entreprises, la recherche et les organismes du milieu.
Propos recueillis par Noémie-Audrey Lecours, chargée de communication à la Faculté des sciences de l'agriculture et de l'alimentation

























