Arts

L'homme à la guitare

Nationaliste dans l’âme, Félix Leclerc a toujours chanté le pays à construire

Par : Renée Larochelle
Plusieurs de ses chansons témoignent du fait que bien avant la Crise d’octobre de 1970 au Québec, le chansonnier Félix Leclerc avait la fibre nationaliste tricotée bien serrée au fond de lui. En effet, s’il est vrai que c’est au lendemain des événements d’octobre que l’artiste s’affiche ouvertement en faveur de l’indépendance du Québec, son malaise devant la présence envahissante de «l’Anglais», lui, est palpable dès les années 1950. À cette époque, L’Alouette est déjà en colère, dénonçant en paroles bien senties «l’étranger» qui exploite les ressources naturelles du pays en s’en mettant plein les poches au détriment des Canadiens français qui n’ont qu’à bien tenir leur langue, sous peine de se faire remettre à leur place de «porteurs d’eau», de «scieurs de bois», de «locataires» et de «chômeurs», comme l’exprimera plus tard si bien le poète.
   
C’est cette constatation que fait Luc Bellemare dans son mémoire de maîtrise en musique dirigé par Serge Lacasse. Aux fins de cette étude intitulée Le style dans les chansons enregistrées de Félix Leclerc: une analyse des relations texte-guitare, Luc Bellemare a écouté les 146 chansons enregistrées dont Félix Leclerc a écrit les paroles et la musique. Plongeant à fond dans l’univers du chanteur, ce bachelier en musique, option guitare classique, a effectué de belles découvertes, lui qui ne connaissait Félix qu’à travers certaines chansons comme Moi, mes souliers ou Le train du Nord. Par exemple, dans Attends-moi, ti-gars, écrite dans les années 1950, Félix Leclerc ne se gêne pas pour dénoncer l’opportunisme des politiciens: «La veille des élections / Il t’appelait son fiston / Le lendemain, comme de raison / Y avait oublié ton nom». Il n’hésite pas à critiquer la mainmise de l’Église catholique sur le bon peuple, écorchant au passage la duplicité des curés: «Quand monsieur l’curé raconte que la paroisse est pleine d’impies / C’est pas à cause des péchés: c’est qu’la dîme est pas payée». Dans Tirelou, Leclerc fait allusion au complexe d’infériorité qu’entretiennent les Canadiens français face aux Français. En somme, le chansonnier décrit la société dans laquelle il vit, une société vivant sous le joug de l’Église catholique et soumise au bon vouloir de patrons et d’hommes d’affaires qui ne parlent pas un mot de français. Il faudra attendre les années 1970 pour que Félix Leclerc revendique au grand jour le pays indépendant sous toutes ses formes avec des chansons comme L’Alouette en colère.
   
Si la première partie de l’étude est consacrée aux textes des chansons de Leclerc, la deuxième partie porte entièrement sur l’analyse musicale des chansons. Luc Bellemare parle ainsi des diverses influences de Leclerc, dont celle de la musique tsigane au tout début de sa carrière, avec ses mouvements de guitare nostalgiques (Notre sentier), ou aux accents de jazz, de blues rural ou de country-western comme dans Le p’tit bonheur. «Si Félix Leclerc a subi diverses influences, il ne faut pas oublier qu’il a exercé lui-même une grande influence sur des artistes comme Georges Brassens et Jacques Brel, explique Luc Bellemare. Avant qu’il débarque en France en 1950, un chanteur qui se présentait seul sur scène et qui se mettait à jouer de la guitare, les Français n’avaient encore jamais vu ça.»

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