Arts

L'écrivain qui avait la bougeotte

Pour le doctorant Mattia Scarpulla, l'acte d'écrire est d'abord et avant tout une expérience physique et sensorielle

Mattia Scarpulla lors d'un atelier d'écriture au Laboratoire des nouvelles technologies de l'image, du son et de la scène.
Mattia Scarpulla n'est pas un écrivain comme les autres. Diplômé d'un doctorat en danse de l'Université de Nice, il a mis au point des techniques d'improvisation corporelle pour stimuler la pratique de l'écriture. Pour lui, le yoga, le pilates, la méthode Feldenkrais et ce genre d'exercices physiques sont autant de moyens de vaincre le syndrome de la page blanche.

Depuis dix ans, il propose des ateliers aux écrivains et aux artistes multidisciplinaires. Ces activités permettent aux participants de découvrir ses méthodes avant de plonger dans l'écriture d'un texte. «Les ateliers se basent sur des techniques de pratique somatique qui consistent à prendre des postures ou à faire des micromouvements. Dans mon cas, ces exercices ont influencé ma rédaction, que ce soit pour le déclenchement d'une idée ou la réécriture d'un texte», explique Mattia Scarpulla.

Ses ateliers, qui affichent souvent complet, ont été présentés notamment à la Maison de la littérature et au Laboratoire des nouvelles technologies de l'image, du son et de la scène de l'Université Laval. Mattia Scarpulla a aussi initié des étudiants à ses techniques d'écriture alors qu'il était chargé de cours au Département de littérature, théâtre et cinéma. Avec son doctorat, qu'il entame sous la direction des professeurs Alain Beaulieu et Robert Faguy, il poussera plus loin ses recherches en documentant les effets des ateliers sur la pratique d'écrivains professionnels.

Artiste prolifique et directeur éditorial de la revue en ligne Le Crachoir de Flaubert, Mattia Scarpulla a lui-même écrit plusieurs poèmes et nouvelles. Son curriculum comprend des spectacles littéraires, des publications dans des revues et quatre recueils, dont Hallucinations désirées et origines en fuite, lauréat du prix de poésie Rolande-Gauvin 2018.

Son plus récent ouvrage, Préparation au combat, réunit huit nouvelles qui nous entraînent dans des univers tantôt oniriques, tantôt plus réalistes. De Québec à Turin, en passant par Tel-Aviv, les récits mettent en scène des protagonistes en proie au déracinement. Certains ont changé de pays, d'autres de sexe ou d'apparence physique. «Avec ces nouvelles, je parle de l'identité et du rapport au passé. Les personnages, issus de différentes origines, se sentent étrangers dans leur communauté. D'une nouvelle à l'autre, une question revient: comment vit-on le déracinement en essayant de ne pas penser au passé et en se construisant dans le moment présent?», indique Mattia Scarpulla.

Pour cet Italien qui a vécu 12 ans en France avant d'émigrer au Québec en 2013, le déracinement est un puissant moteur créatif. Outre Préparation au combat, ce thème est au cœur de deux autres ouvrages qu'il a écrits, Journal des traces et Hallucinations désirées et origines en fuite. «Pour moi, le déracinement n'est pas lié uniquement au fait de changer de territoire. Il me semble que tout le monde, à un moment de sa vie, se sent étranger dans sa communauté. Ayant vécu deux immigrations, je ne vois pas cette étape comme une expérience négative, mais comme une forme de construction», dit-il.

Le fait qu'il soit d'origine italienne – et donc que le français ne soit pas sa langue maternelle – lui permet d'approcher l'écriture de façon différente. «Il est devenu spontané pour moi d'écrire en français, mais j'ai un rapport très distancé avec cette langue. Je suis toujours en train de corriger mes textes, ce qui m'amène à porter une attention particulière aux détails. C'est sans doute pour cela que l'écriture, pour moi, est un travail très technique.»

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