
Touchant près d'une personne hospitalisée sur quatre, l'insuffisance rénale aiguë est une complication médicale majeure qui survient lorsque les reins cessent soudainement de fonctionner.
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Une équipe dirigée par Sylvie Breton, professeure à la Faculté de médecine de l'Université Laval et chercheuse au Centre de recherche du CHU de Québec – Université Laval, a identifié un outil diagnostique prometteur qui pourrait permettre de prédire l'insuffisance rénale aiguë (IRA) chez les patients subissant une chirurgie cardiaque.
Menée en collaboration avec Siamak Mohammadi de l'Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec – Université Laval (IUCPQ), l'étude clinique a été réalisée auprès de 100 personnes subissant une chirurgie cardiaque, recrutées entre 2021 et 2024.
Touchant près d'une personne hospitalisée sur quatre, l'insuffisance rénale aiguë est une complication médicale majeure qui survient lorsque les reins cessent soudainement de fonctionner. Elle peut entraîner de graves conséquences à long terme, notamment un risque accru de maladie rénale chronique, de recours à la dialyse, de transplantation rénale ou de mortalité.
La professeure Breton et son équipe se sont intéressées à une famille de molécules appelées UDP-sucres, des signaux d'alerte libérés par les cellules rénales subissant un stress. Lors d'une chirurgie cardiaque, les reins sont soumis à un stress important et les cellules endommagées libèrent alors ces UDP-sucres, déclenchant une réaction inflammatoire.
«Ces molécules apparaissent très tôt. Pendant que le patient est encore endormi sur la table d'opération, on peut déjà détecter les UDP-sucres dans l'urine. C'est ce qui fait que nos marqueurs sont des prédicteurs d'insuffisance rénale aiguë», souligne la professeure Breton.
Les résultats ont été publiés dans l'American Journal of Physiology – Heart and Circulatory Physiology.
Les limites du diagnostic actuel
Surnommée le «tueur silencieux», l'insuffisance rénale aiguë entraîne le décès de plus de 300 000 personnes hospitalisées chaque année en Amérique du Nord et représente un important enjeu de santé publique. À l'heure actuelle, il existe très peu d'outils fiables pour prédire la maladie ou en détecter les symptômes de façon précoce.
«Le principal test diagnostique utilisé aujourd'hui repose sur la créatinine, une molécule qui circule dans le sang. Le problème, c'est que la créatinine ne commence généralement à augmenter qu'après environ 24 heures de dysfonction rénale. Pour une maladie aiguë, 24 heures représentent un délai considérable», explique la professeure Breton.
Lorsqu'un patient développe une insuffisance rénale aiguë à la suite d'une chirurgie ou d'un traumatisme, les équipes médicales n'apprennent souvent que le lendemain que les reins ont été endommagés.
Dans le cadre de leurs travaux, la professeure Breton et son équipe souhaitaient déterminer le moment précis où ces signaux de danger apparaissent pendant une chirurgie cardiaque. Les scientifiques ont observé que les UDP-sucres étaient détectables dans l'urine alors même que le patient se trouvait toujours au bloc opératoire.
«Pendant qu'un patient est encore endormi sur la table d'opération, nos marqueurs nous indiquent déjà qu'il développera une insuffisance rénale aiguë», ajoute-t-elle.
Un potentiel thérapeutique prometteur
Grâce à cette découverte, les équipes médicales pourraient détecter beaucoup plus tôt les patients à risque d'insuffisance rénale aiguë et adopter une approche proactive. Les cliniciens seraient ainsi en mesure d'assurer une surveillance auprès des patients vulnérables et d'intervenir plus rapidement au moyen des outils thérapeutiques à leur disposition.
«Ce qui rend cette découverte particulièrement intéressante, c'est que les UDP-sucres ne sont pas seulement des marqueurs. Nous savons qu'ils contribuent directement à déclencher l'inflammation dans les reins. Nous disposons donc d'une cible potentielle à la fois pour le diagnostic et pour le traitement», précise la chercheuse.
L'équipe de recherche a déjà identifié une thérapie préventive capable d'empêcher les UDP-sucres d'activer leur récepteur inflammatoire chez la souris.
«À plus long terme, si nous pouvions administrer un tel traitement avant une chirurgie cardiaque, nous pourrions réduire à la fois l'incidence et la gravité de l'insuffisance rénale aiguë.»
Les signataires de l'étude publiés dans l'American Journal of Physiology – Heart and Circulatory Physiology affiliés à l'Université Laval sont Christine Légaré, Patrick Caron, Jessica Deslauriers, Chantal Guillemette et Sylvie Breton ainsi que Siamak Mohammadi de l'IUCPQ.
Jasmin Roy est conseiller aux communications à la Direction du Centre de recherche CHU de Québec – Université Laval.
























