21 juillet 2026
Découverte de 25 espèces de cicadelles dans l'Arctique québécois
Une étude de l'Université Laval révèle une biodiversité insoupçonnée de cet insecte dans l'Arctique canadien et fournit un point de référence pour le suivi des changements climatiques

Nicolas Plante, professionnel de recherche au Département de phytologie de la Faculté des sciences de l’agriculture et de l’alimentation, et Abraão Almeida Santos, stagiaire postdoctoral, capturent des cicadelles dans le cadre du projet de recherche LeafHope du professeur Edel Pérez-López. Tous deux figurent parmi les auteurs principaux de l’article.
— EdeLab
Pendant six étés, de jeunes sentinelles du Nunavik ont sillonné les territoires en quête de papillons et d'autres pollinisateurs pour mieux comprendre l'impact des changements climatiques et documenter la biodiversité de l'Arctique canadien. Mais dans leurs filets se sont aussi retrouvées, année après année, de minuscules cicadelles, des insectes qui se nourrissent de la sève des plantes et qui agissent comme vecteurs de maladies végétales.
Cette récolte surprise est devenue le sujet d'étude de l'équipe d'Edel Pérez-López, professeur au Département de phytologie, chercheur au Centre de recherche et d'innovation sur les végétaux et à l'Institut de biologie intégrative et des systèmes de l'Université Laval, qui a réalisé le premier inventaire des cicadelles dans l'est de l'Arctique canadien.
Publiée dans le Journal of Insect Science, cette étude a permis d'identifier 25 espèces avec certitude, dont 14 n'avaient jamais été recensées au Québec ou au Labrador.
«Parmi les trouvailles les plus marquantes, deux espèces ont même été repérées dans les zones les plus froides étudiées. L'une d'elles constitue le record le plus nordique jamais enregistré pour cette famille d'insectes en Amérique du Nord», souligne Edel Pérez-López.

Latalus missellus, l'une des espèces de cicadelles présentes dans les régions nordiques
— EdeLab
Les cicadelles progressent-elles déjà plus loin qu'on ne le pensait?
Plusieurs espèces de cicadelles sont des vecteurs reconnus de phytoplasmes, des agents pathogènes qui affectent des cultures économiquement et culturellement importantes. Avec le réchauffement climatique, plusieurs insectes vecteurs de maladies végétales étendent progressivement leur aire de répartition vers le nord.
En 2024, une étude menée par le même laboratoire avait déjà documenté une progression marquée des cicadelles dans le sud du Québec. «Les nouvelles données récoltées dans l'Arctique canadien confirment que cette dynamique déborde largement des champs agricoles du sud pour s'étendre jusque dans les régions les plus nordiques du pays», indique le professeur Pérez-López.
Un premier jalon pour suivre les changements climatiques
Le suivi des populations d'insectes dans l'Arctique canadien demeure difficile en raison du peu d'information disponible sur les espèces qui y sont présentes. En dressant le premier inventaire des cicadelles dans l'est de l'Arctique canadien, cette étude établit un point de référence qui permettra de mieux documenter l'évolution de ces insectes dans un contexte de changements climatiques.
«Les données colligées par les sentinelles du Nunavik depuis 2018 posent ainsi un premier jalon sans lequel aucune comparaison future ne serait possible», insiste le professeur Pérez-López.

Piège entomologique au Nunavik
— Elisabeth Guillet-Beaulieu
Des données précieuses… récoltées sans le vouloir
Au-delà des résultats, l'étude met en lumière la valeur des collectes dites «accidentelles». Ces cicadelles n'étaient pas la cible de ce groupe de jeunes sentinelles, âgées de 15 à 30 ans, mais leur capture a permis une découverte qui aurait été difficile à réaliser dans le cadre d'une expédition scientifique ponctuelle.
Ce travail illustre bien comment la science citoyenne et les savoirs des Premiers Peuples peuvent accélérer la documentation de la biodiversité dans des régions difficiles d'accès, souligne l'étude. Un résumé de la situation a d'ailleurs été traduit dans plusieurs langues puis transmis aux différentes communautés autochtones concernées afin de les informer et de les sensibiliser à la présence de ce nouveau ravageur potentiel sur leur territoire. Une façon concrète de boucler la boucle selon Edel Pérez-López. «La science retourne directement vers les communautés qui ont contribué à la collecte», déclare-t-il.
La recherche se poursuit
Les résultats de cette étude ouvrent aussi la voie à de nouveaux travaux. Le professeur Pérez-López a récemment obtenu un financement de l'Institut canadien de recherches avancées (CIFAR) pour échantillonner les plaquebières (aussi appelées chicoutai ou mûres arctiques). Comme certaines espèces de cicadelles pourraient transmettre des maladies à ces plantes, leur surveillance présente un intérêt particulier pour les communautés nordiques, les plaquebières occupant une place importante dans l'alimentation et les pratiques culturelles au Nunavik.
Outre Edel Pérez-López, les signataires de l'étude publiée dans le Journal of Insect Science affiliés à l'Université Laval sont Abraão Almeida Santos, Nicolas Plante et Jordanne Jacques, en collaboration avec Sarah Parceaud-May des Sentinelles du village Inuit de Kuujjuaq et Amélie Grégoire-Taillefer de l'Insectarium de Montréal.
Noémie-Audrey Lecours est chargée de communication à la Faculté des sciences de l'agriculture et de l'alimentation.
À lire sur le même sujet: Les cicadelles gagneraient du terrain au Québec

























