2 juin 2026
Glissement de terrain au Nunavik: un écosystème sous observation
Une étude met en lumière le rétablissement d'un milieu nordique perturbé et souligne l'urgence d'établir des données de référence pour mieux comprendre leur évolution face aux changements climatiques

Glissement de terrain le long de la Grande rivière de la Baleine, près de Kuujjuarapik et de Whapmagoostui (août 2021)
— Raoul Couture
Le 22 avril 2021, un immense glissement de terrain s'est produit en amont de Kuujjuarapik et de Whapmagoostui, dans le nord du Québec. Une équipe affiliée à l'Université Laval et au Centre d'études nordiques (CEN) a profité de ce laboratoire naturel rare pour mieux comprendre les écosystèmes arctiques encore peu documentés.
Lors de ce glissement de terrain, classé comme l'un des plus importants au Québec, près de 45 millions de mètres cubes de sédiments ont basculé dans la Grande rivière de la Baleine, transformant le paysage et projetant un panache de boue jusqu'à la baie d'Hudson.
Face à l'inquiétude des communautés locales à propos de la turbidité de l'eau et des risques de santé pour la pêche, une équipe de recherche s'est penchée sur la réponse des écosystèmes à cette transformation.

Berge de la Grande rivière de la Baleine après le glissement de terrain (août 2021)
— Raoul Couture
Un choc… temporaire
Sous la direction de Raoul-Marie Couture, professeur au Département de chimie, Gabriel St-Pierre a entrepris quatre campagnes d'échantillonnage sur près de deux ans, dans le cadre de son projet de maîtrise au sein de la Chaire de recherche Sentinelle Nord en géochimie des milieux aquatiques. Il a analysé les sédiments et la communauté d'organismes benthique, qui vivent au fond des milieux aquatiques, à différents points en aval du glissement.
Les premières analyses de sédiments, quelques mois après l'événement, ont révélé une hausse marquée des concentrations de mercure et de plomb, une accumulation liée à la remobilisation massive de ces contaminants par le glissement de terrain. Ces résultats ont soulevé des inquiétudes, mais le suivi dans le temps a surpris l'équipe: en moins d'un an, les concentrations étaient revenues à des niveaux comparables à ceux observés en amont du glissement.
Carottage de sédiments sur la Grande rivière de la Baleine en mars 2022
— Raoul Couture
Parallèlement, les organismes benthiques, absents au début de l'étude, avaient recolonisé le milieu en 28 mois. «Ces organismes, maillons essentiels de la chaine alimentaire, figurent parmi les plus sensibles aux perturbations. Leur retour témoigne de la résilience du système», explique Raoul-Marie Couture.

Gabriel St-Pierre qui échantillonne des insectes aquatiques dans les sédiments de la Grande rivière de la Baleine en août 2022.
— Audrey Laberge-Carignan
Un système subarctique sous pression
En raison des changements climatiques, les conditions propices aux glissements de terrain, soit la fonte printanière rapide, de fortes précipitations et des argiles instables lorsqu'elles sont saturées d'eau, peuvent devenir plus fréquentes. Avec les résultats de l'étude, peut-on en conclure que les écosystèmes nordiques sont résilients face aux bouleversements à venir? Impossible de trancher sans avoir des données de référence préalable, selon l'équipe de recherche. «Le système a-t-il pleinement récupéré ou a-t-il atteint un nouvel état stable, différent de ce qu'il était avant le glissement?», se questionne le professeur Couture.
Comme chaque rivière est différente, l'absence de données de référence dans les écosystèmes nordiques complique la généralisation des résultats. Avec cette recherche, l'équipe souhaite donc démontrer l'urgence de documenter l'état de référence des rivières nordiques avant la prochaine perturbation. «Dans un Nord soumis à des pressions climatiques croissantes et à un risque accru de perturbations, documenter les écosystèmes avant les crises devient essentiel», soutient le chercheur.
Les signataires de l'étude, publiée dans la revue Environmental Research, affiliés à l'Université Laval sont Gabriel St-Pierre, Thomas Bossé-Demers, Audrey Laberge-Carignan, Philippe Archambault et Raoul-Marie Couture.

























