
Les feux de forêt de 2023 ont entraîné l’évacuation de plusieurs communautés au Canada.
— Getty Images, shaunl
La sécheresse joue un rôle plus déterminant que la température dans les grandes saisons de feux de forêt au Québec. C'est ce que révèle une étude à laquelle a participé l'Université Laval en collaboration avec le ministère des Ressources naturelles et des Forêts (MRNF).
Pour arriver à ce constat, l'équipe de recherche a reconstitué l'historique des feux de forêt des 135 dernières années sur un vaste territoire de la forêt boréale. Les incendies les plus récents ont été datés à l'aide d'images satellitaires, tandis que les événements plus anciens ont nécessité un travail de terrain.
À partir de cartes des années 1960, l'équipe a ciblé des secteurs où récolter des «cicatrices de feu». «Les arbres en périphérie des feux sont blessés par l'incendie, mais ils survivent. Leur écorce va chauffer et créer un bourrelet cicatriciel», explique Pierre-Luc Couillard, professeur associé à la Faculté de foresterie, de géographie et de géomatique de l'Université Laval et chercheur au ministère des Ressources naturelles et des Forêts, qui a mené l'étude. En comptant les cernes de croissance jusqu'à la blessure, l'équipe a ainsi pu déterminer l'année précise à laquelle le feu s'est produit.

Un groupe d'épinettes noires marquées par des cicatrices (datant de 1923) qui se sont établies après un incendie survenu vers 1867.
— Courtoisie
Des feux historiques
Ces données révèlent une forte activité de feux dans la première moitié du 20e siècle, notamment entre 1915 et 1923, période durant laquelle 3 grandes saisons sont survenues de manière consécutive.
En établissant des relations entre le climat et les superficies brûlées, l'équipe a montré que ces événements majeurs sont survenus à des températures plus froides qu'actuellement, mais lors d'épisodes de sécheresse prolongée. Cette analyse montre que les conditions de sécheresse, notamment la quantité de précipitations et leur répartition dans le temps, ont été le principal facteur à l'origine des grandes saisons d'incendies. C'était aussi le cas en 2023, année marquée par une multitude de feux sur le territoire canadien, souligne Pierre-Luc Couillard.
Même si la sécheresse joue un rôle prépondérant, le climat plus chaud peut exacerber les conditions de brûlage. «Ça va assécher plus rapidement la forêt et faciliter l'allumage et la propagation des flammes», indique le chercheur.
Dans un contexte de changements climatiques, l'évolution des précipitations demeure difficile à prévoir. «Même si les températures augmentent, il est incertain que cela se traduise par de plus grandes superficies brûlées», prévient Pierre-Luc Couillard. Il s'attend toutefois à ce que la saison des feux s'allonge.
Entre prévention et adaptation
Les feux de 2023 ont entraîné l'évacuation de plusieurs collectivités. Ils ont par ailleurs contribué à une prise de conscience chez les organismes de protection et les municipalités, qui mobilisent davantage de ressources et ont mis en place des systèmes de prêt d'équipement et de personnel pour venir en aide aux régions voisines.
Au Québec, plusieurs communautés réalisent des projets pilotes visant à ralentir la propagation des flammes. Ces initiatives comprennent notamment des aménagements en périphérie des zones habitées et des travaux d'éclaircie pour réduire la densité des forêts.
Pierre‑Luc Couillard insiste sur l'importance d'étudier les feux de forêt sur de longues périodes afin de mieux caractériser les régimes de feu, soit leur fréquence, leur taille et leur sévérité. «Ces informations sont essentielles pour appuyer la prise de décision et adapter les stratégies selon les régions, qu'on soit en Abitibi ou sur la Côte‑Nord», explique‑t‑il. L'étude montre d'ailleurs que les feux ont été historiquement beaucoup plus fréquents dans l'ouest du Québec que dans l'est, avec huit fois plus d'incendies recensés dans la région de Chibougamau que près de Sept‑Îles.
Les signataires de l'étude, publiée dans Environmental Research Letters, sont Pierre‑Luc Couillard et Lady Cardona, affiliés à l'Université Laval et au MRNF, Serge Payette, affilié à l'Université Laval, ainsi que Jason Laflamme, Mathieu Frégeau et Claude Morneau, affiliés au MRNF.

























