
Lors d’ateliers, des mises en situation ont amené les personnes participantes à réfléchir aux présupposés en oncologie qui peuvent créer des malaises, comme confondre la conjointe d’une patiente pour une amie.
— Getty Images, Meeko Media
Comment offrir des soins en oncologie qui tiennent compte des réalités des personnes LGBTQ+? Cette question est au cœur de la recherche menée par Sophie Lauzier, professeure à la Faculté de pharmacie, et Kévin Lavoie, professeur à la Faculté des sciences sociales. Le projet est né de la rencontre de leurs expertises sur le vécu des personnes atteintes du cancer et sur les enjeux liés à la diversité sexuelle et à la pluralité des genres.
«Environ 4% de la population canadienne s'identifie comme une personne LGBTQ+», rapporte Sophie Lauzier. Or, les données québécoises sur l'expérience de ces personnes en contexte oncologique demeurent rares.
Pour combler ce manque, l'équipe de recherche a amorcé un premier volet centré sur l'expérience des personnes LGBTQ+ touchées par le cancer, de leurs proches et du personnel soignant. Des entretiens individuels semi-dirigés ont permis de documenter les enjeux vécus à différentes étapes de la trajectoire de soins.
Un forum pour croiser les savoirs
Ces constats ont ensuite servi de point d'ancrage au deuxième volet du projet: réfléchir collectivement à des pistes d'action concrètes. Pour ce faire, l'équipe a organisé un forum réunissant une cinquantaine de personnes, réparties autour de sept tables de discussion. Les personnes participantes provenaient du milieu de la santé et de la recherche, de la population étudiante, d'organismes communautaires en oncologie et en réalités LGBTQ+, ainsi que des équipes de gestion, en plus de patientes et de patients, et des proches. «On voulait croiser les savoirs. Chaque personne avait un regard particulier et une forme d'expertise à apporter», ajoute Kévin Lavoie.
Les échanges s'appuyaient sur cinq «vignettes cliniques», des mises en situation inspirées directement des entretiens du premier volet. Par exemple, les personnes participantes étaient invitées à réfléchir à une situation où la conjointe d'une patiente, présente lors de l'annonce d'un diagnostic, est identifiée par le personnel soignant comme étant une amie. Selon Kévin Lavoie, il ne s'agit pas nécessairement de mauvaises intentions, mais ces présupposés ou ces raccourcis peuvent créer des malaises et teinter l'expérience de soins.
D'autres mises en situation abordaient les enjeux liés à la sexualité, au rapport au corps et à la féminité, notamment en lien avec la reconstruction mammaire ou encore aux traitements du cancer de la prostate chez les hommes gais, bisexuels ou queers. Les personnes participantes se sont aussi penchées sur l'amélioration des environnements de soins, en discutant par exemple des formulaires, des salles d'attente, des formules de salutations ou de l'information diffusée en ligne.

Durant les ateliers du forum, les personnes participantes étaient invitées à réfléchir à des mises en situation.
— Courtoisie
Au fil des échanges et des retours en plénière, Sophie Lauzier en retient un message clé: la nécessité d'offrir des soins réellement centrés sur la personne. «Beaucoup des défis sont communs pour toutes les personnes atteintes d'un cancer, mais pour les personnes LGBTQ+, ils prennent parfois une couleur différente», souligne la chercheuse, notamment pour la reconnaissance des proches ou la prise de décision partagée.
La question de la formation des intervenantes et intervenants est également revenue à plusieurs reprises. «Un professionnel seul ne peut pas tout changer, insiste Sophie Lauzier. C'est important de travailler en équipe et au niveau organisationnel, comme l'ont souligné les personnes participantes.»
L'objectif n'est pas de proposer une solution miracle, rappelle Kévin Lavoie, mais de «semer des graines et créer des ponts entre les secteurs». Un objectif atteint, selon lui, notamment grâce à un dîner réseautage pour «briser les silos et réunir les univers». «On a senti un réel enthousiasme et un engagement des personnes participantes au forum et les retours étaient positifs», conclut Sophie Lauzier.
Le projet est mené en partenariat avec des organismes communautaires œuvrant en oncologie et en diversité sexuelle et de genre, ainsi qu'avec des patientes et patients partenaires, et des professionnelles et professionnels de la santé. Il est financé dans le cadre du concours Priorité-patient de l'Oncopole, le pôle cancer du Fonds de recherche du Québec – Santé.

























