
Les adolescentes sondées dans l'étude rapportaient un plus grand nombre de barrières à la cessation du vapotage.
— Getty Images, sestovic
Chez les jeunes, cesser de vapoter est devenu un défi de taille. En effet, plus de la moitié de ceux qui tentent d'arrêter se heurtent à des barrières importantes. Une étude menée à l'Université Laval s'est penchée sur le type de freins rencontrés par les adolescentes et adolescents. L'objectif est d'améliorer les interventions auprès des jeunes en matière de cessation, explique Richard Bélanger, médecin clinicien enseignant à la Faculté de médecine et cosuperviseur de l'étude.
De multiples barrières
Près de 7000 jeunes fréquentant une école secondaire du Québec ont été sondés dans l'année 2022-2023 dans le cadre du projet COMPASS, une étude longitudinale pancanadienne. À la surprise du chercheur, la dépendance à la nicotine s'est révélée être la barrière la plus fréquemment évoquée. «On s'attendait à des obstacles de nature sociale, comme l'influence des amis qui consomment», précise Richard Bélanger, aussi affilié à VITAM – Centre de recherche en santé durable et au Centre de recherche du CHU de Québec – Université Laval.
Selon lui, la reconnaissance de la dépendance comme premier frein au sevrage montre une prise de conscience des jeunes. «C'est comme s'ils percevaient que quelque chose qui semblait banal au départ a pris énormément de place dans leur vie. Même s'ils tentent de cesser, la substance les ramène vers la consommation. C'est triste pour un produit qui avait été présenté comme un mode simple de cessation du tabagisme.»
Malgré ce constat préoccupant, Richard Bélanger demeure optimiste. Il souligne que le personnel clinique possède déjà plusieurs connaissances en matière de dépendance à la nicotine et autres substances, et que des outils existent pour appuyer les jeunes dans leur cessation.
Parmi les autres barrières rapportées, l'étude note la peur de voir son humeur perturbée par l'arrêt du vapotage et la peur d'échouer. Plusieurs facteurs pourraient expliquer ces freins, comme la concentration de nicotine, plus élevée dans les cigarettes électroniques que dans d'autres produits du tabac. La grande disponibilité du produit, la facilité de consommation et le fait que ce soit relativement simple à cacher figurent également parmi les éléments évoqués.
Des interventions adaptées aux réalités
L'étude a mis en lumière des différences dans les barrières rapportées selon le sexe et l'âge. En effet, les adolescentes étaient deux fois plus susceptibles de craindre la prise de poids comme un obstacle à la cessation, la nicotine étant connue pour couper l'appétit. Elles rapportaient également un plus grand nombre de barrières. Les jeunes plus âgés cumulaient, eux aussi, plus de freins. «C'est peut-être attribuable au fait qu'ils ont pu vivre plus de tentatives et donc auraient été confrontés à différentes barrières au fil des essais.»
Selon les résultats, un nombre plus élevé de barrières est associé à un plus grand taux d'échec à la cessation. «Comme intervenant, ça nous dit qu'il faut ajuster le message à la personne qui est devant nous en fonction de ses différentes préoccupations». Il insiste également sur l'importance de préparer les jeunes aux embûches possibles et de les soutenir concrètement pour les surmonter.
L'équipe souhaite maintenant identifier les éléments qui pourraient devenir des leviers d'intervention. Selon Rosalie Bouchard, étudiante en médecine et première coauteure de l'étude, les résultats donnent des pistes de solutions concrètes en santé publique. «Celles-ci pourraient inclure la mise en place d'interventions adaptées aux réalités des jeunes visant la gestion des émotions, l'estime de soi et le pouvoir d'agir», soutient-elle.
L'étudiante a elle-même vu des jeunes de son entourage se heurter à de telles difficultés. «Je fais partie de la génération qui était à l'adolescence lors de la montée importante en popularité du vapotage. J'ai donc été témoin de la forte dépendance qui pouvait en résulter et, surtout, de la grande difficulté qu'avaient plusieurs personnes à arrêter une fois qu'une utilisation régulière avait débuté.»
C'est pourquoi l'outil «numéro un» demeure la prévention, selon Richard Bélanger. «On n'a pas à arrêter si on n'a jamais été exposé à la nicotine. Les jeunes n'ont pas besoin de ce produit. Regardez à quel point il est difficile de s'en départir.»
Les parents et les pairs peuvent également jouer un rôle déterminant dans la réussite du sevrage. «Il n'y a pas de mauvais moment pour parler de substances. Les parents peuvent profiter de ces résultats de recherche pour discuter avec leurs jeunes, leur demander comment ils se sentent et s'ils ont des besoins particuliers, tout en partageant leurs propres inquiétudes», conclut Richard Bélanger.
Les signataires de l'étude, publiée dans la revue Addictive Behaviors, affiliés à l'Université Laval sont Natalia Poliakova, Rosalie Bouchard, Slim Haddad, Anne-Marie Turcotte-Tremblay et Richard Bélanger.

























