
La Forêt Montmorency est la plus grande forêt d'enseignement et de recherche universitaire au monde.
— Université Laval, Julie Moffet
Dans quelle mesure la foresterie peut-elle réellement aider le Québec à atteindre ses cibles climatiques? C'est la question qu'a explorée Evelyne Thiffault, professeure à la Faculté de foresterie, de géographie et de géomatique, lors de sa conférence du 19 février présentée dans le cadre de la série «Tire-toi une bûche».
Selon la chercheuse, la foresterie «est un système à la fois écologique et économique connecté au reste de la planète». Pour mieux comprendre son rôle climatique, elle s'appuie sur la Forêt Montmorency, véritable laboratoire vivant où les équipes de recherche mesurent le flux de carbone, c'est-à-dire la façon dont il circule dans l'écosystème forestier au fil du temps. Ces données, issues à la fois de travaux sur le terrain et de modèles informatiques, quantifient notamment le carbone capté et relâché par les arbres, celui transféré aux produits du bois lors des récoltes et les émissions qui surviennent en fin de vie de ces produits. Ces informations servent ensuite à comparer différents scénarios d'aménagement et à évaluer leurs effets à court et à long terme.
Une dynamique complexe
Le bois récolté peut contribuer à la lutte climatique de plusieurs façons: stockage du carbone dans des bâtiments, remplacement de matériaux plus émissifs comme l'acier ou le béton, ou encore production de bioénergie.
Les simulations réalisées à la Forêt Montmorency révèlent toutefois une dynamique temporelle complexe. À court terme, une récolte moindre augmente la quantité de carbone stockée en forêt. À long terme, une réduction importante de la récolte risque de limiter la capacité du bois à remplacer des matériaux et des énergies fossiles tout en déplaçant la récolte vers d'autres régions du monde.
Pour maximiser l'effet climatique du bois, Evelyne Thiffault souligne plusieurs pistes, soit accroître la durabilité des produits, améliorer le recyclage, valoriser le bois postconsommation en bioénergie, récupérer le méthane des sites d'enfouissement et privilégier le sciage plutôt que la production de pâtes et papiers lorsque possible.
La professeure rappelle que le rôle de la foresterie comme solution climatique dépend des pratiques d'aménagement et de transformation, mais aussi des dynamiques internationales.























