19 mars 2026
Le rôle du bien-être dans l’excellence scientifique: ce que la recherche révèle
La première Journée des laboratoires et groupes de recherche en santé s’est ouverte avec une conférence explorant les effets de la méditation et du sommeil sur le cerveau et ses performances

En plus de sa nature mystique, religieuse et culturelle, la méditation est aussi un outil clinique, capable de moduler la réponse au stress en diminuant la production de cortisol et en activant le système parasympathique grâce à la respiration consciente. Elle peut être fort utile pour diminuer le stress induit par une pression de performance dans une équipe de recherche.
— Getty Images / Andrey Popov
Des moines tibétains qui vivent plus vieux et plus heureux? Et si cette image idyllique du dalaï-lama et de ses disciples n'était pas complètement infondée sur le plan scientifique? «Les études par imagerie de la matière grise des moines bouddhistes révèlent des structures différentes dans leur cerveau, qui se sont développées par la pratique assidue de la méditation et de la pleine conscience», explique le neurologue Steven Laureys, titulaire de la Chaire d'excellence en recherche du Canada en neurosciences et santé mentale durable.
Le vendredi 13 mars, il donnait le coup d'envoi à la première Journée des laboratoires et groupes de recherche en santé avec la conférence «Neuroplasticité, méditation et sommeil: les neurosciences du bien-être mental». Il y montrait comment la quête du bien-être va de pair avec de meilleures performances. «Les études à la maîtrise et au doctorat peuvent être très compétitives et stressantes. Mais il existe des stratégies pour réduire ce stress», a déclaré Steven Laureys.
Méditer et bien dormir pour mieux penser
Au cœur de son exposé repose l'idée que le cerveau, loin d'être un organe figé, peut se réorganiser. «Lorsque j'ai commencé mes études en médecine dans les années 1980, on m'a appris qu'en vieillissant, on ne faisait que perdre des neurones. Aujourd'hui, on sait que ce dogme est faux. Non seulement la neurogénèse existe, mais nous pouvons aussi créer de nouvelles connexions entre les neurones, ce qui s'appelle la neuroplasticité», a indiqué le professeur de la Faculté de médecine et membre du centre de recherche CERVO.
Le stress a d'ailleurs un effet neurotoxique, que la pandémie de COVID-19 a permis de mettre en évidence. En effet, avant la pandémie, des recherches en neuro-imagerie étaient menées sur plusieurs continents et, quand elles ont été reprises, les équipes ont vu la même chose: l'hippocampe des sujets avait rétréci en raison du stress chronique et de l'isolement social. «Et cette marque visible dans la structure du cerveau, ajoute Steven Laureys, avait des corrélations avec des troubles cognitifs, de mémoire, de concentration, d'anxiété et d'instabilité émotionnelle.»
Dans les dernières années, le professeur Laureys a étudié par neuro-imagerie le cerveau de personnes qui ont appris à maîtriser le stress dans des situations extrêmes, comme le champion de plongée en apnée Guillaume Néry qui a déjà réussi à plonger jusqu'à plus de 100 mètres sous l'eau et à retenir sa respiration plus de 8 minutes. Comme l'a révélé Steven Laureys, la structure du cerveau du plongeur présente beaucoup de similitudes avec celle du cerveau du moine tibétain d'origine française Matthieu Ricard, que le chercheur a aussi analysé par neuro-imagerie.
Et que montrent les images du cerveau de ce maître de la méditation et de la pleine conscience? Notamment une augmentation de la densité du cortex cingulaire antérieur, une région associée à la concentration, et un renforcement de l'hippocampe, une région clé de la mémoire.
«Bien sûr, c'est une longue pratique intensive de la méditation qui a produit cette modification structurale notable chez Matthieu Ricard, mais la bonne nouvelle, c'est qu'on peut observer le phénomène à moindre échelle chez des novices après seulement huit semaines de pratique», soutient le chercheur, qui insiste également sur l'importance d'avoir un bon sommeil. «Durant le sommeil profond, dit-il, le système glymphatique évacue les déchets du cerveau.»
Un rendez-vous pour promouvoir le sain équilibre
Apprendre à se concentrer sur sa respiration et ne pas négliger la qualité de son sommeil ne sont que deux des nombreuses astuces qui ont été proposées aux participantes et participants de la Journée des laboratoires et groupes de recherche en santé. Cette rencontre qui était ouverte à l'ensemble des membres des équipes de recherche de l'Université Laval – étudiantes et étudiants des 2e et 3e cycles, professionnelles et professionnels de recherche, stagiaires postdoctoraux et membres du corps professoral – visait à promouvoir le bien-être comme facteur clé de la réussite et de l'excellence en recherche.

La Journée des laboratoires et groupes de recherche en santé s'est tenue pour la première fois le 13 mars au pavillon Ferdinand-Vandry. Plusieurs kiosques présentaient des ressources pour soutenir le bien-être en recherche.
— Yan Doublet
L'événement était organisé par la Faculté des études supérieures et postdoctorales en collaboration avec les facultés de Médecine, des Sciences infirmières et de Pharmacie ainsi que le centre NUTRISS et l'Institut sur la nutrition et les aliments fonctionnels.
Au cours de la journée, les participantes et participants ont notamment pu profiter de la présentation de quelques bonnes pratiques dans les milieux de recherche ainsi que d’une conférence sur les meilleures stratégies pour établir une bonne relation d’encadrement aux cycles supérieurs. Des kiosques sur différentes ressources pour soutenir la santé mentale, l’équilibre recherche-vie personnelle et la bienveillance étaient également au menu.

La vice-rectrice aux études et aux affaires étudiantes, responsable de la santé, Cathia Bergeron, a rappelé que pour l'Université Laval, la qualité des environnements de recherche est aussi importante que la qualité des résultats qu’ils produisent.
— Yan Doublet
En clôture de l’événement, la vice-rectrice aux études et aux affaires étudiantes, responsable de la santé, Cathia Bergeron, a rappelé la pertinence du projet Labs en santé, qui s’inscrit dans le chantier Le bien-être de notre communauté. « Les laboratoires et les groupes de recherche, a-t-elle affirmé, sont des milieux où se construisent non seulement des connaissances, mais aussi des parcours humains, des collaborations durables et des communautés apprenantes. L’Université Laval reconnaît l’importance de ces milieux et des personnes qui les animent. Du même souffle, elle affirme clairement que la qualité de nos environnements de recherche est aussi importante que la qualité des résultats qu’ils produisent.»
En savoir plus sur le projet Labs en santé

























