30 avril 2026
Cancer du col de l'utérus: un fossé grandissant entre les pays à revenus élevés et faibles
Alors que le Canada avance vers l'élimination de cette maladie, des investissements rapides en prévention sont essentiels pour aider les pays à faibles revenus à rattraper leur retard

La vaccination des filles et des garçons contre le VPH est un levier prometteur pour réduire les inégalités entre les pays à faibles et hauts revenus.
— Getty Images, Anurak Sirithep
Tandis que les pays à hauts revenus comme le Canada pourraient éliminer le cancer du col de l'utérus d'ici 2048 grâce à la vaccination contre le virus du papillome humain (VPH) et au dépistage, l'écart se creuse avec les pays à plus faibles revenus. Une étude publiée dans The Lancet par une équipe de l'Université Laval et du Centre de recherche du CHU de Québec – Université Laval montre que ces inégalités pourraient exploser d'ici quelques décennies si rien ne change en matière de prévention.
«Actuellement, l'incidence du cancer dans les pays à revenus plus faibles est trois fois plus élevée que celle des pays plus riches. Si on reste avec les mêmes couvertures vaccinales contre le VPH, elle sera 12 fois plus élevée d'ici la fin du siècle. Par rapport au Canada, on parle même de 40 fois plus élevée», rapporte Marc Brisson, professeur à la Faculté de médecine et chercheur au centre de recherche du CHU de Québec –Université Laval, qui a dirigé l'étude.
Sur la bonne voie, mais pas partout
En 2020, l'Organisation mondiale de la santé a donné 3 cibles à atteindre pour éliminer le cancer du col de l'utérus, c'est-à-dire atteindre un taux d'incidence inférieur à 4 cancers par 100 000 femmes. La stratégie recommandée pour y arriver est de vacciner 90% des filles avant l'âge de 15 ans, de dépister 70% des femmes et de traiter 90% des lésions précancéreuses et des cancers. Cinq ans plus tard, l'équipe de recherche voulait déterminer si les pays étaient «sur le bon chemin» pour l'élimination.
«Les pays à revenus élevés, comme nous, sont sur la bonne voie, mais ce n'est pas le cas pour les pays où l'incidence est la plus élevée, qui ont une faible couverture vaccinale et un faible dépistage», indique Mélanie Drolet, épidémiologiste au centre de recherche du CHU de Québec – Université Laval. «La bonne nouvelle, c'est qu'il y a des moyens pour rattraper un peu le retard, mais ça va demander un investissement important des pays et des organismes d'aide à la vaccination.»
Des stratégies à exploiter
Parmi ces moyens, le professeur Brisson souligne la présence de nouveaux vaccins à moindre coût sur le marché et la possibilité de donner seulement une dose plutôt que deux. Selon lui, cette avancée permettrait de réduire les coûts et d'introduire des programmes additionnels. On peut penser à la vaccination des garçons, qui permet de protéger les filles de façon indirecte, ou de faire du rattrapage, qui consiste à vacciner les personnes adolescentes et les jeunes adultes qui n'auraient pas reçu le vaccin à la préadolescence.
Pour mesurer les retombées des différentes stratégies de prévention, l'équipe de recherche a modélisé divers scénarios afin de projeter l'évolution du cancer du col de l'utérus. Le premier, celui du statu quo, sert à «sonner l'alarme», explique Mélanie Drolet, en montrant à quel point les inégalités entre les pays continueraient de s'accentuer si la sous-utilisation de la vaccination et du dépistage persiste dans les pays à faibles revenus.
Les chercheurs ont ensuite simulé l'atteinte des cibles de l'OMS, la vaccination universelle des filles et des garçons avec rattrapage, ainsi qu'une stratégie combinée, semblable à celle du Québec, qui intègre un dépistage à grande échelle à une haute couverture vaccinale.
La meilleure stratégie pour réduire les inégalités entre les pays à faibles revenus et à revenus élevés est de jumeler l'atteinte des cibles de l'OMS avec la vaccination universelle et le rattrapage. «On pourrait prévenir presque 37 millions de cancers d'ici la fin du siècle», soutient le professeur Brisson.
Il reconnaît toutefois qu'introduire le dépistage à grande échelle peut être difficile pour plusieurs pays. Dans ces cas-là, la vaccination universelle avec du rattrapage serait une solution prometteuse et accessible. Elle permettrait l'élimination du cancer du col de l'utérus dans la grande majorité des pays sans augmenter le dépistage, à un rythme équivalent aux cibles de l'OMS.
Pour tous les scénarios d'intervention, le professeur Brisson rappelle l'urgence d'agir. «Si on atteint les cibles de l'OMS dans cinq ans plutôt qu'aujourd'hui, on retarde tous les bénéfices, rappelle Marc Brisson. Entre‑temps, ce sont des centaines de milliers de filles qui seront infectées par le VPH, qui développeront un cancer et qui risquent d'en mourir.»
Les signataires de l'étude, publiée dans The Lancet, affiliés à l'Université Laval sont Marc Brisson, Mélanie Drolet, Guillaume Gingras, Jean-François Laprise, Éléonore Chamberland, Andrée-Anne Sabourin et Élodie Bénard.

























