
Dans l'environnement créé par le professeur Sébastien Hébert et son équipe, les souris de laboratoire on pu manifester beaucoup de comportements naturels, comme creuser des tunnels, grimper, courir et cacher de la nourriture.
— Courtoisie
Recréer des conditions de vie plus naturelles pour les souris de laboratoire, voilà l'objectif de Sébastien Hébert, professeur à la Faculté de médecine et chercheur affilié au Centre de recherche du CHU de Québec – Université Laval. Avec son équipe, il a mis au point un environnement semi-naturel pour étudier comment ce milieu complexe influence la santé animale. Une première étude, notamment sur le système immunitaire et les poumons, suggère que ce type d'habitat pourrait offrir un modèle complémentaire aux approches utilisées en recherche biomédicale.
Le professeur Hébert rappelle que les souris traditionnellement étudiées en laboratoire vivent dans des environnements hautement aseptisés. L'objectif, prévient-il, n'est pas de remplacer ces modèles traditionnels, qui demeurent essentiels pour de nombreuses questions biomédicales. Mais comme les souris y sont beaucoup moins exposées aux microbes qu'un humain dans la vie de tous les jours, leur système immunitaire ne se développe pas de la même façon. L'équipe de recherche s'est demandé si d'ajouter de la diversité dans leur environnement pourrait aider à mieux comprendre certaines différences observées entre les souris et les humains, notamment dans la manière dont ils réagissent à divers traitements.
Repenser l'environnement des souris de laboratoire
Pour répondre à cette question, son équipe a recréé un environnement semi-naturel en laboratoire à l'aide d'une grande piscine en toile remplie de terre de jardin, de tourbe, de plantes et de foin, avec les microorganismes naturels qui s'y retrouvent. «On voulait apporter l'extérieur à l'intérieur, tout en maintenant des conditions strictement sécuritaires et contrôlées, pour la température ou la luminosité par exemple», précise Sébastien Hébert.
Une fois installées dans ce milieu plus diversifié, les souris se sont rapidement approprié l'espace. Elles ont déployé beaucoup de comportements naturels. «Elles faisaient de petits tunnels, elles grimpaient, elles couraient, elles cachaient de la nourriture», rapporte le professeur Hébert.

L'environnement des souris consistait en une grande piscine en toile remplie de terre de jardin, de tourbe, de plantes et de foin.
— Courtoisie
En intégrant des éléments clés de l'habitat naturel des souris, les scientifiques voulaient stimuler la maturation de leur système immunitaire, un processus d'environ trois mois, et documenter l'effet sur leur santé globale. «Le système immunitaire touche tout le corps», indique le doctorant Mohamed Lala Bouali, premier auteur de l'étude. Disposer de modèles qui reproduisent différentes conditions de vie permet donc d'explorer divers aspects liés à l'humain. Les souris élevées en milieu aseptisé sont aussi beaucoup plus sédentaires, ajoute-t-il, un facteur reconnu pour affecter la santé, tant chez l'humain que chez l'animal.
Des modèles prometteurs pour étudier les maladies
L'équipe de recherche s'est concentrée sur les effets de l'environnement semi-naturel sur le poumon, en collaboration avec l'Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec-Université Laval. Les résultats montrent des différences importantes par rapport aux souris élevées dans un milieu aseptisé, ce qui pourrait notamment influencer les recherches sur l'asthme, indique Mohamed Lala Bouali. Le chercheur explique qu'une substance normalement liée à l'asthme, chez les humains comme chez les souris élevées dans un environnement aseptisé, semblait au contraire aider les souris hébergées en milieu semi-naturel et exposées aux microorganismes de ce milieu à mieux respirer. Selon lui, ce résultat surprenant pourrait venir du fait que ces souris ont un système immunitaire plus stable. Au lieu de s'emballer et de déclencher une forte inflammation, il ajuste sa réaction pour garder un meilleur équilibre.
L'habitat semi-naturel pourrait donc offrir un modèle complémentaire pour étudier les maladies qui impliquent le système immunitaire, comme la sclérose en plaques ou la pneumonie. Le laboratoire mène d'ailleurs des travaux sur un modèle de maladie d'Alzheimer avec ces modèles de souris pour évaluer comment l'environnement pourrait se répercuter sur le cerveau.
Selon le professeur Hébert, l'approche du milieu semi-naturel offre un outil supplémentaire modulable qui peut être adapté pour simuler divers environnements, comme la pollution. L'habitat à l'étude est actuellement assez volumineux, mais son équipe travaille sur un environnement semi-naturel plus compact. «On ajoute un peu de la complexité qu'on voit chez l'humain. En d'autres termes, nous rapprochons le modèle animal du vrai monde», résume-t-il.
Les signataires de l'étude, publiée dans la revue Mucosal Immunology, Mohamed Lala Bouali, Amir Mohamed Kezai, Marie-Josée Beaulieu, Joanny Roy, Papa Yaya Badiane, Véronique Lévesque, Luc Filion, Luc Vallières, Marie-Renée Blanchet et Sébastien Hébert.























