
Le professeur Pierre Blanchet a travaillé sur ce nouveau traitement du bois, qui a servi à traiter le mobilier urbain dans un boisé du campus en 2021.
— Université Laval, Yan Doublet
Des bancs de parcs aux modules de jeux, de nombreuses installations extérieures en bois doivent être traitées pour résister aux intempéries. Une équipe de la Faculté de foresterie, de géographie et de géomatique a mis au point un nouveau traitement plus écologique que les méthodes traditionnelles, qui vient tout juste d'être commercialisé par l'entreprise québécoise Société Laurentide.
Surnommée le «traitement Pépin» par l'équipe de recherche, en l'honneur de l'étudiant qui l'a élaboré, cette stratégie de protection se distingue par son mode d'action. Contrairement aux méthodes actuelles, qui tuent les micro-organismes responsables des moisissures, il empêche le bois de bouger et de fendre, ce qui limite les sites propices à leur développement. «Il offre une protection contre la dégradation à long terme. Avec les approches traditionnelles, il y a quand même des dommages, même si les champignons ne peuvent pas survivre», indique le professeur Pierre Blanchet, qui a piloté le projet.
Comme les approches conventionnelles tuent les moisissures, les produits utilisés sont souvent toxiques. Leur application à la surface des cellules de bois entraîne aussi un problème de lessivage, c'est-à-dire que les produits finissent par se retrouver dans le sol avec l'écoulement de l'eau.
Pour répondre à ces enjeux, l'équipe de recherche mise plutôt sur un traitement à 97,5% d'eau qui utilise une famille de composés chimiques de faible toxicité, les oxydes d'amines tertiaires, présents dans plusieurs produits du quotidien comme les shampoings ou les savons à vaisselle.Ces derniers s'accrochent à des groupements chimiques à l'intérieur du bois, appelés groupements OH, pour créer un lien permanent et résistant au lessivage. Le traitement pénètre ainsi jusqu'à trois millimètres sous la surface, sans recourir à la pression ou à la macération prolongée, des procédés coûteux et énergivores, précise le professeur Blanchet. Cette protection bloque aussi l'humidité, ce qui empêche le bois de gonfler et prévient les fissures à long terme.

Ce montage expérimental à la Forêt Montmorency a permis de voir la différence entre deux poutres de bois après quatre ans d'exposition aux intempéries. Celle de gauche n'a pas été traitée et celle de droite a reçu le traitement mis au point à l'Université Laval.
— Courtoisie
Une durée de vie prolongée
L'efficacité de préservation du traitement a été démontrée sur le campus avec le mobilier urbain installé dans les boisés du campus et sur un montage expérimental à la Forêt Montmorency, en place depuis quelques années. Avec ces observations de terrain, l'équipe estime que la durée de vie du bois pourrait être prolongée de 20 à 35%. «On a constaté beaucoup moins de mouvements dans le bois, donc moins de fissures», indique Pierre Blanchet.
Comme le nouveau traitement s'adresse principalement aux organisations et aux municipalités telles que la Sépaq, la Ville de Québec ou la Commission de la Capitale-Nationale, cette durée de vie prolongée pourrait générer des économies importantes. «Pour un gestionnaire de parcs, passer d'un entretien majeur aux 25 ans plutôt qu'aux 20 ans, c'est beaucoup d'argent», illustre le professeur.
Ce dernier se réjouit de voir les travaux de son équipe franchir l'étape de la commercialisation. «C'est gratifiant de voir un résultat de recherche se rendre sur le marché.»

























