20 mai 2026
Portée par Netflix, la Formule 1 séduit… mais la population rejette massivement son financement public
Un sondage réalisé par l'Observatoire international en management du sport de l'Université Laval révèle une relation nuancée et ambivalente de la population québécoise à l'égard de l'événement

Premier tour de piste, Grand Prix de Montréal 2025
— Bassfish22/Wikimedia
À quelques jours du Grand Prix du Canada de Formule 1 à Montréal, un sondage réalisé par l'Observatoire international en management du sport (OIMS) de l'Université Laval révèle une relation nuancée et ambivalente de la population québécoise par rapport à l'événement. Si la popularité de la Formule 1 semble stimulée par des contenus culturels comme la série Formula 1: Pilotes de leur destin de Netflix, qui a contribué à accroître l'intérêt pour le sport chez plusieurs répondantes et répondants, les personnes interrogées demeurent largement critiques du financement public du Grand Prix et ses impacts environnementaux.
Selon les résultats du sondage, 58% des répondantes et répondants considèrent que le Grand Prix du Canada contribue positivement au rayonnement de Montréal, du Québec et du Canada. Cependant, près de trois personnes sur quatre (73,6%) se disent opposées à l'utilisation de fonds publics pour soutenir l'événement.
«La Formule 1 réussit aujourd'hui à rejoindre de nouveaux publics grâce à son écosystème médiatique et expérientiel. Cependant, cette popularité ne se traduit pas automatiquement par une acceptabilité sociale du financement public de l'événement», souligne l'équipe de recherche de l'OIMS.
Un effet Netflix marqué: la Formule 1 gagne de nouveaux adeptes au Québec
La série de Netflix Formula 1: Pilotes de leur destin semble agir comme un puissant levier d'attraction pour la Formule 1 au Québec. Si 14,5% des personnes interrogées disent en avoir visionné au moins un épisode, son impact est marqué: 58,1% d'entre elles déclarent avoir développé un intérêt accru pour la discipline et 41,8% affirment même s'y être intéressées pour la première fois grâce à la série.
Fait révélateur, près du tiers (32%) de ces spectatrices et spectateurs n'auraient tout simplement pas suivi la Formule 1 en l'absence de la série, confirmant le rôle structurant de ce type de contenu dans l'élargissement du public. Cet engouement se traduit également dans les comportements de consommation: plus de 43% des personnes qui suivent la série indiquent regarder des courses plus fréquemment. L'effet semble également plus marqué chez les femmes: 52% des répondantes ayant vu la série disent suivre les courses plus fréquemment depuis, comparativement à 37% des hommes.
L'étude indique également que 25% des Québécoises et Québécois disent avoir suivi la Formule 1 au cours des deux dernières années, tandis que 21% affirment avoir déjà assisté à une course en personne.
La Formule 1: populaire, mais pas aux frais des contribuables
Malgré une perception généralement positive des retombées d'image du Grand Prix du Canada, les répondantes et répondants demeurent largement critiques par rapport à son financement public. En effet, près des trois quarts (73,6%) des personnes interrogées s'opposent à l'utilisation de fonds publics – évalués à 29 millions de dollars par année – pour soutenir l'événement. Une proportion similaire (69,3%) estime que ces sommes seraient mieux investies dans les services publics et 8,4% préféreraient voir ces fonds réaffectés à la transition écologique. À l'inverse, une faible minorité – un peu plus de 10% – considère que cet investissement est justifié.
Les perceptions demeurent également partagées quant au bilan global de l'événement: 38% des répondantes et répondants jugent que les retombées économiques dépassent les coûts sociaux et environnementaux, alors que 29% estiment plutôt le contraire.
Une popularité teintée d'ambivalence sociale et environnementale
Le sondage révèle également plusieurs tensions dans la perception qu'ont les Québécoises et Québécois de la Formule 1, alors qu'une majorité considère la discipline comme un sport élitiste (68%) et peu accessible au grand public (56%).
Les enjeux environnementaux contribuent également à cette ambivalence: plus de 58% des personnes interrogées estiment que la tenue du Grand Prix du Canada est contradictoire avec les enjeux climatiques actuels, tandis que 42% jugent que la Formule 1 ne fait pas suffisamment d'efforts pour réduire son empreinte environnementale.
La télévision toujours en tête
Parmi les répondantes et répondants ayant suivi la Formule 1 au cours des deux dernières années, les habitudes de visionnement varient: 22,7% indiquent avoir regardé l'ensemble des courses, tandis que 28,1% ont suivi plusieurs épreuves, 26,6% quelques-unes et 21,1% seulement une ou deux.
En matière de plateformes, la télévision par câble demeure de loin le principal canal de diffusion, utilisée par 76% des personnes interrogées. Elle devance largement les réseaux sociaux (20%), les sites Web et applications sportives (18%) ainsi que les services de diffusion en ligne (13%).
L'expérience immersive comme stratégie marketing efficace
La Formule 1 ne se limite plus à la diffusion des courses: elle propose désormais une expérience immersive globale qui contribue directement à élargir et fidéliser son public. Ainsi, 66% des personnes qui suivent la discipline estiment que l'offre actuelle va bien au‑delà de la compétition sportive, en intégrant une diversité de contenus et de points de contact.
Cette expérience immersive repose sur plusieurs leviers complémentaires. Les personnes répondantes identifient d'abord les technologies et innovations (47,7%) – qu'il s'agisse de données en temps réel ou d'analyses avancées – comme un facteur clé d'intérêt. S'ajoutent l'événement lui-même, en présence ou à distance (29,7%), les contenus diffusés sur les réseaux sociaux (25%), ainsi que l'accès aux coulisses et aux histoires humaines des pilotes et des équipes (25%). Les séries documentaires, dont Formula 1: Pilotes de leur destin (16,4%), complètent cet écosystème en offrant une narration continue qui prolonge l'expérience au-delà des courses.
Au total, 75% des personnes ayant un intérêt pour la Formule 1 indiquent que ces expériences immersives renforcent leur envie de suivre les courses, confirmant leur rôle central dans l'attractivité croissante du sport.
Méthodologie
Les données ont été récoltées du 7 au 10 mai 2026 auprès de 511 personnes répondantes (230 hommes, 281 femmes) via le panel LEO (Léger Opinion) sur la plateforme Qualtrics. L'échantillon recueilli est représentatif de la population québécoise et comporte une marge d'erreur de 5%.

























