7 mai 2026
La recherche participative: quels bénéfices et quels défis pour les chercheuses et chercheurs?
À l’occasion de la Semaine sur la conduite responsable en recherche, quatre chercheuses qui poursuivent des travaux en coconstruction collaborative ont démystifié le processus et témoigné de leur expérience

La recherche participative invite des personnes concernées (citoyennes et citoyens, patientes et patients, organismes communautaires, etc.) à coconstruire les différentes étapes d'un processus de recherche: de la formulation des questions de recherche à la diffusion des résultats.
— Getty Images / NoSystem images
Pourquoi intégrer des citoyennes et citoyens, des organismes communautaires, des patientes et patients ou encore des actrices et acteurs du terrain dans toutes les étapes d'une recherche? Habituellement, pour l'une des trois raisons suivantes, a-t-on appris lors de la table ronde «Les promesses et les limites de la recherche participative».
D'abord, parce que les résultats seront considérés comme plus pertinents et utilisables par les parties prenantes. Ensuite, parce qu'en tenant compte des points de vue de groupes marginalisés ou vulnérables, on vise une transformation sociale. Enfin, parce que, dans un souci d'autodétermination, il est juste qu'un groupe puisse choisir les politiques et programmes qui le concernent, ce qui inclut la recherche.
Bref, ce sont des motivations épistémiques et éthiques fort nobles qui sous-tendent ce type de recherche. Alors pourquoi est-il marginalisé ou boudé dans le milieu universitaire? Probablement, en raison des défis qu'il posent pour les chercheuses et chercheurs.
L'un d'eux est le temps qu'on doit y consacrer. «Cette recherche est chronophage, puisque c'est avant tout une recherche relationnelle. Il faut prendre le temps de tisser des relations avec les partenaires et respecter leur rythme», confie la professeure Marie-Claude Tremblay, de la Faculté de médecine, qui travaille sur des projets de santé et de sécurité culturelle avec des communautés attikamekw.
Le lâcher-prise représente également un défi pour des spécialistes, qui ont l'habitude d'avoir un contrôle sur leurs travaux. «Il y a un devoir de réciprocité structurale. Le chercheur doit se nourrir de ses partenaires. Il ne doit pas présupposer leurs contributions ou les cantonner dans des rôles précis», explique la professeure Claudia Corriveau de la Faculté des sciences de l'éducation, qui collabore avec des enseignantes et enseignants des niveaux secondaire et postsecondaire pour ses recherches en didactique des mathématiques.
Un milieu de recherche et d'enseignement qui s'adapte peu à peu
S'il existe des freins à la recherche participative, les panélistes s'entendent pour affirmer que le milieu de la recherche évolue et qu'il facilite de plus en plus les approches collaboratives, notamment sur le plan du financement.
«Les organismes subventionnaires acceptent aujourd'hui les CV narratifs, où les chercheurs peuvent mettre en valeur des expériences moins conventionnelles», souligne la professeure Krysta Lynn Best de la Faculté de médecine, qui cherche, de concert avec des personnes en situation de handicap, des solutions pour améliorer leur intégration sociale et leur qualité de vie. «C'est d'autant plus important, ajoute la professeure Tremblay, que les partenaires ne valorisent généralement pas la publication d'articles dans des revues savantes et préfèrent d'autres types de productions pour diffuser les résultats, comme des capsules vidéo ou des guides.»
Et la formation? Quoiqu'il y ait encore peu de cours sur l'approche participative, l'offre de formation s'enrichit continuellement. «Je collabore d'ailleurs au cours Médecin, médecine et société II, qui intègre la perspective des patients partenaires», a révélé Maryline Côté, paire-chercheuse, qui a bien exprimé la volonté des membres de la société civile de prendre part à la recherche. «C'est tellement valorisant de voir que le savoir expérientiel est une expertise valable, considérée sur le même pied d'égalité que les autres. Et la recherche participative, c'est également valorisant parce qu'on réussit parfois à changer des choses. J'ai déjà participé à un projet de recherche qui a mené à un changement de politique», conclut-elle.
La Semaine sur la conduite responsable en recherche, qui se déroule du 4 au 8 mai, présente des conférences et des tables rondes pour approfondir les différentes façons de faire de la recherche et découvrir les meilleures pratiques. Les enregistrements des présentations seront disponibles sur le site Web de l'événement.

























