
Le professeur Guillaume Moreau, titulaire de la chaire, à l'érablière-école où de gros tubes blancs permettent de récolter la coulée journalière d'une centaine d'arbres.
— Université Laval, Yan Doublet
Du sirop d'érable produit par l'Université Laval? Ce sera bientôt possible grâce à une érablière-école récemment aménagée à Saint-Augustin-de-Desmaures, dans le cadre de la Chaire de recherche en acériculture et aménagement des érablières. Ce site d'enseignement et de recherche touchera l'ensemble des activités acéricoles, de l'arbre jusqu'à la transformation.
Guillaume Moreau, professeur à la Faculté de foresterie, de géographie et de géomatique et titulaire de la chaire, y voit un grand potentiel pour améliorer les connaissances et former la relève dans ce domaine «très cher aux yeux des Québécois». «Dans les deux dernières décennies, les efforts ont été mis pour innover dans la transformation et devenir plus performants, notamment par rapport aux équipements. Aujourd'hui, on se rend compte d'un angle mort surprenant en lien avec ce qui se passe en forêt», lance-t-il.
Quoique le terme érablière soit souvent associé à la cabane à sucre, il désigne un peuplement forestier dominé par l'érable à sucre ou l'érable rouge, rappelle le professeur Moreau. Ces peuplements, qui occupent une grande superficie dans la province, font toutefois face à plusieurs pressions environnementales et humaines que la chaire souhaite explorer.
Au cœur des défis des érablières québécoises
Les activités de la chaire toucheront notamment l'aménagement des érablières. L'objectif est d'optimiser leur potentiel acéricole et d'augmenter leur résilience face aux changements climatiques, qui affectent notamment la coulée, et aux changements plus globaux, comme la présence de nouveaux insectes, de pathogènes ou de plantes envahissantes.
La chaire souhaite aussi fournir des données scientifiques à l'industrie acéricole pour définir les pratiques exemplaires et durables pour l'entaillage, l'aménagement et le maintien de la biodiversité. «Actuellement, ce qui se fait en forêt est bâti sur le savoir des acériculteurs, qui est passé de génération en génération. Tout le monde a sa vision et sa manière de faire, mais jusqu'ici, il n'était pas possible de déterminer ce qui est vraiment optimal et dans quel contexte», souligne Guillaume Moreau. Parmi les éléments à approfondir, le titulaire mentionne le lien entre l'entaillage, la croissance de l'arbre et sa cicatrisation.
Un autre volet de la recherche s'intéresse à l'utilisation partagée des érablières par plusieurs intervenantes et intervenants. En foresterie, l'objectif sera de définir les modalités pour harmoniser la coupe, la production et la régénération. «Quel arbre laisse-t-on en forêt? Quelle intensité de récolte veut-on faire, avec quelle machine, à quel moment de l'année?» illustre le chercheur.
Les érablières servent aussi au secteur récréotouristique, avec la randonnée, la chasse ou la pêche, et aux communautés des Premiers Peuples. Or, comme les possibilités d'expansion acéricole sont principalement en forêt publique, le défi est d'intégrer la production du sirop d'érable sans entrer en conflit avec les autres usages du territoire. «C'est un beau casse-tête», affirme Guillaume Moreau.

Le terrain de 6 hectares abrite 1100 entailles, mais ce chiffre pourrait monter à 5000 dans les prochaines années. Un réservoir métallique recueille l'eau d'érable, qui sera éventuellement transformée en sirop dans le bâtiment adjacent.
— Université Laval, Yan Doublet
De la coulée à la transformation
Les défis liés à la transformation du sirop d'érable seront aussi au cœur de la chaire, mais ce sera pour une phase subséquente du projet d'érablière-école, puisque les équipements nécessaires ne sont pas encore installés. Pour la première année, les scientifiques se concentrent sur la récolte de l'eau d'érable.
Pour suivre la coulée journalière et saisonnière, l'eau d'érable est récoltée avec des compteurs d'eau individuels sur une centaine d'arbres, mais aussi dans certaines des parties du peuplement. «Ça donne de l'information précise sur différentes sections de l'érablière. On va suivre ces dispositifs sur cinq ans pour répondre à plusieurs questions sur la coulée, comme sa relation avec le climat, la compétition entre les arbres, les défauts de troncs, la vigueur et la qualité des érables pour l'industrie forestière.»
Le terrain de 6 hectares abrite actuellement 1100 entailles, un chiffre qui pourra monter à 5000 dans les prochaines années. Avec cette ressource, le professeur Moreau souhaite mettre à contribution la communauté étudiante de l'Université Laval, tant pour la récolte que pour la transformation et même la vente de sirop d'érable. Il croit que cette participation permettra de bonifier l'expérience au baccalauréat et aux cycles supérieurs, au-delà de la Faculté de foresterie, de géographie et de géomatique. Pour la transformation, le titulaire pense à la Faculté des sciences de l'agriculture et de l'alimentation et, pour le volet entrepreneurial, à la Faculté des sciences de l'administration par exemple.
La création de la chaire et de l'érablière-école repose sur un partenariat avec les Producteurs et productrices acéricoles du Québec, la Société de gestion d'actifs forestiers Solifor et l'entreprise H2O innovation. D'autres acteurs se joindront également aux travaux de recherche, comme le ministère des Ressources naturelles et des Forêts, Ressources naturelles Canada, des membres de Premiers peuples et des chercheuses et chercheurs d'autres universités.

























