
Laura-Mihaela Bogza rappelle qu'autant les pères que les mères peuvent vivre de l'anxiété face à la parentalité et que la compassion était l'émotion la plus fréquentes chez les partenaires participants à l'étude.
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La transition à la parentalité peut être synonyme d'anxiété. Laura-Mihaela Bogza y a consacré sa thèse de doctorat en s'intéressant à la perception du partenaire de la personne anxieuse. «L'anxiété, ça ne se vit pas tout seul dans son coin, ça se répercute sur les autres», lance la chercheuse, qui a elle-même vécu de l'anxiété durant sa grossesse.
Elle a mené un projet auprès d'une vingtaine de parents et de futurs parents qui percevaient de l'anxiété chez leur partenaire, de la grossesse aux deux premières années de vie de l'enfant. «On considère que la période de transition à la parentalité s'étend sur deux ans, le temps de s'habituer à la nouvelle dynamique familiale et à son nouveau rôle parental», précise la doctorante ayant réalisé sa thèse à l'École de psychologie sous la direction de la professeure Tamarha Pierce.
Les personnes participantes ont répondu à un questionnaire en ligne, puis des entrevues d'une heure ont été réalisées avec une dizaine d'entre elles pour approfondir la façon dont l'anxiété les affectait. «Ça nous a donné un portrait intéressant, car l'anxiété du point de vue des proches est peu étudiée. Les articles sont souvent du point de vue de la personne anxieuse», souligne la chercheuse.
Des émotions variées, dont la compassion
Les témoignages recueillis ont permis de mettre en lumière un large éventail d'émotions chez les personnes participantes. «Elles pouvaient ressentir de la peur, de la tristesse ou de la déception, mais l'émotion qui est revenue le plus souvent, c'était la compassion», rapporte Laura-Mihaela Bogza. En effet, elles mentionnaient vouloir soutenir leur partenaire à travers leur anxiété et en prendre soin.
Pour le sentiment de tristesse ou de déception, il survenait souvent quand l'anxiété «prenait trop de place». «Ça créait un déséquilibre dans la relation. Les personnes participantes prenaient soin de leurs partenaires, mais elles ne sentaient pas qu'on prenait soin d'elles», ajoute la chercheuse.
La colère et le désespoir survenaient surtout lors de périodes de fatigue, souvent comme des pics d'émotion plutôt qu'un sentiment continu. «La majorité de nos participants nous ont confié avoir pensé mettre fin à la relation parce qu'ils n'étaient pas certains de tolérer l'anxiété à long terme si ça ne s'améliorait pas», raconte la chercheuse.
Dans certains cas, l'anxiété chez le partenaire pouvait entraîner de l'anxiété chez les personnes participantes, ce que la chercheuse qualifie d'«effet de contagion».
S'adapter face à l'anxiété
En plus du ressenti des personnes participantes, Laura-Mihaela Bogza a noté les stratégies d'adaptation utilisées. Certaines personnes prenaient des tâches de l'autre parent pour lui enlever de la charge ou l'aidaient à parler de son anxiété et à consulter. D'autres misaient sur des stratégies conjointes. «Les parents s'assoyaient ensemble pour planifier comment gérer l'anxiété et pour échanger sur leurs émotions. C'était un travail d'équipe.»
Certaines personnes participantes adoptaient des stratégies comme minimiser leurs propres émotions pour épargner l'autre. «Ça menait beaucoup plus à de la confrontation. À certains égards, ça pouvait aller jusqu'à un détachement du couple et de l'enfant, parce que la personne ne savait pas si la relation allait durer», rapporte la doctorante.
Avec les résultats de sa thèse, Laura-Mihaela Bogza espère que les cours prénataux et les personnes professionnelles qui travaillent avec les parents parleront davantage de l'anxiété. «La parentalité, c'est une période de transition qui va susciter plus d'anxiété que d'habitude. C'est important de la normaliser et d'expliquer comment elle peut se présenter chez les partenaires pour qu'ils soient capables de la reconnaître et d'aller chercher de l'aide.» Elle déplore également que les pères soient très peu accompagnés dans leur propre passage à la parentalité pendant la grossesse, l'accent étant plutôt mis sur la façon de soutenir la personne enceinte, un constat qu'elle espère voir évoluer dans les pratiques professionnelles.
























