
La substance noire, au centre du cerveau, est fortement impliquée dans la motricité. La perte des neurones dopaminergiques dans cette région entraîne les principaux symptômes moteurs de la maladie de Parkinson.
— Getty Images, Dr_Microbe
Depuis plus de 50 ans, la maladie de Parkinson est associée à une perte de dopamine, un neurotransmetteur essentiel au contrôle des mouvements. Une étude menée à l'Université Laval suggère qu'une transformation de la protéine cérébrale parkine pourrait contribuer à cette perte et jouer un rôle important dans l'évolution de la pathologie. Cette découverte offre une nouvelle piste pour le développement de traitements.
Chez une personne en santé, la parkine joue un rôle important dans le nettoyage des cellules, en aidant à éliminer les déchets. Dans le cerveau des personnes atteintes, cette protéine semble toutefois adopter une forme anormale qui l'empêche de remplir sa fonction. Les déchets s'accumuleraient alors, ce qui pourrait entraîner la mort des neurones dopaminergiques, responsables de la production de dopamine.
Cette forme anormale de la parkine est insoluble, c'est-à-dire qu'elle ne se dissout plus normalement dans les cellules et tend à se regrouper en de gros agrégats. «Plus le ratio de parkine agrégée est élevé, plus la perte de dopamine est grande», précise Frédéric Calon, professeur à la Faculté de pharmacie et chercheur au Centre de recherche du CHU de Québec – Université Laval, qui a mené l'étude. La transformation de la protéine serait aussi liée à l'évolution de la maladie. «Plus la maladie dure longtemps, plus on observe le phénomène», ajoute-t-il.
Dans des modèles animaux où une perte de dopamine a été provoquée artificiellement, la parkine n'a pas formé ces agrégats. Ce résultat appuie l'hypothèse que la transformation de la protéine ne serait pas une conséquence de la maladie, mais jouerait plutôt un rôle précoce dans son développement.
Une région clé
Même si la parkine se retrouve ailleurs dans le cerveau, sa transformation n'a lieu que dans la substance noire, une région dans le centre du cerveau qui est fortement impliquée dans la motricité. «C'est un peu comme un système on/off, illustre le chercheur. Quand la substance noire fonctionne, les mouvements sont possibles. Quand elle ne fonctionne plus, ils deviennent très difficiles.»
La substance noire contient peu de neurones dopaminergiques, mais ceux-ci sont très actifs et particulièrement vulnérables. Leur perte entraîne les principaux symptômes moteurs de la maladie, comme la difficulté à amorcer les mouvements ou les tremblements au repos.
Étudier cette région demeure un défi, car elle est petite et difficile à observer. Pour y parvenir, l'équipe a collaboré avec des scientifiques de l'Université de la Saskatchewan, qui disposent d'une banque de cerveaux provenant de personnes atteintes de la maladie de Parkinson à différents stades. «Ça vaut vraiment la peine de regarder directement dans le cerveau des personnes. On en a qui ont jusqu'à 20 ans de maladie, puis d'autres autour de 5 ans», indique le professeur Calon, dont l'étude est soutenue par Parkinson Canada.
Les travaux de l'équipe se sont concentrés sur l'observation de ce phénomène, mais d'autres recherches seront nécessaires pour en comprendre les mécanismes. À terme, mieux comprendre cette transformation pourrait ouvrir la voie à de nouvelles approches thérapeutiques. «On pourrait tenter d'inverser le processus pour protéger les neurones dopaminergiques», conclut Frédéric Calon.
Les signataires de l'étude, publiée dans la revue npj Parkinson's Disease, affiliés à l'Université Laval sont Cyntia Tremblay, Laura Pshevorskiy, Rosalie J. Cottez, Hélèna L. Denis, Vincent Emond, Marc Morissette, Thérèse Di Paolo et Frédéric Calon.

























