
Poste de pilotage du voilier avec le skipper Bastian Raulier et une étudiante utilisant un outil d'imagerie du plancton pour observer les organismes récoltés dans le filet à phytoplancton
— Andéol Bourgouin
Simon Jaffrès est inscrit au doctorat interuniversitaire en océanographie à l'Université Laval. Du 3 au 17 juin, il a pris part à une mission scientifique pour le moins inhabituelle appelée Initiative pour une science soutenable des écosystèmes océaniques (ISSEO). Cette mission, qui s'inscrit dans la recherche océanographique à petite échelle et bas carbone, a été montée de toutes pièces par 12 amis et collègues, étudiant pour la plupart au doctorat en océanographie. À bord d'un voilier de plaisance de 11,8 mètres de long, plusieurs ont navigué sur le fleuve Saint-Laurent entre Québec et Baie-Comeau, jusqu'à la baie Saint-Pancrace et son eau salée. «Notre projet, dit-il, avait pour objectif de démontrer qu'il est possible de faire de la science avec une faible empreinte carbone à bord d'un voilier de plaisance dans le Saint-Laurent. Nous avons réfléchi à une question de recherche qui consiste à étudier la pigmentation rouge des copépodes, de petits crustacés zooplanctoniques très abondants dans le fleuve et qui dérivent, afin de comprendre ce qui en fait varier l'intensité.»

Copépode isolé dans un puits de tri après sa sélection sous loupe binoculaire
— Andéol Bourgouin
Cinq personnes ont effectué l'étape d'aller du périple, qui a nécessité trois jours de navigation pour couvrir quelque 200 milles nautiques. Un nouvel équipage étudiant est monté à bord pour le retour. Parmi ces derniers, Zoé Garmirian, inscrite au doctorat interuniversitaire en océanographie. À son actif, elle compte trois missions à bord du brise-glace de recherche NGCC Amundsen en 2024 et 2025. En tout, neuf membres du groupe ont déjà monté dans ce navire rattaché à l'Université Laval.
«Le voilier Capitaine Bong a été acheté par un ami au doctorat, Bastian Raulier, explique-t-elle. Après un gros navire océanique comme le NGCC Amundsen, faire de la science dans un petit laboratoire aménagé sur une embarcation de plaisance a représenté un défi. On a adapté beaucoup de choses, surtout en fonction des besoins en énergie. Par exemple, la plupart du temps, on n'avait pas de connexion Internet. On se débrouillait avec les moyens du bord, comme avec la VHF, le système de communication en mer, et c'était suffisant. Nous étions plus proches de l'eau que sur une grosse plateforme comme le NGCC Amundsen. Il y avait quelque chose de chouette à cela. Nous avions l'impression d'être entourés.»
Adapter un voilier à du matériel scientifique
On s'en doute, préparer une embarcation de plaisance à une mission scientifique a nécessité d'importants ajustements. Un treuil électrique a notamment été soudé au pont en acier. Le mât a servi de mât de charge. Dans une poulie au bout de la bôme du bateau passait un câble relié au treuil par lequel les instruments scientifiques étaient déployés dans l'eau. «Le moteur électrique sur le treuil était relié au moteur du bateau, indique Zoé Garmirian. On le branchait dès qu'on voulait déployer nos instruments. Le câble mesurait 182 mètres. Nous pouvions donc déployer les instruments jusqu'à une profondeur de 182 mètres. Dès la fin de l'échantillonnage, on débranchait le treuil.»
Une sonde CTD (Conductivity Temperature Depth), l'un des instruments scientifiques utilisés, permettait de mesurer la salinité, la température, la profondeur et plusieurs paramètres physicochimiques de l'eau. Avec une bouteille Niskin, les jeunes chercheuses et chercheurs pouvaient faire un échantillonnage d'eau propre, précis et sans contamination en milieu marin. Le filet à phytoplancton permettait l'échantillonnage des microalgues tandis que le filet à zooplancton permettait l'échantillonnage des copépodes. Ceux-ci étaient rapidement placés dans une glacière spéciale. «Après les filets, précise-t-elle, on regardait ce qu'on avait récolté puis on faisait plusieurs mesures avec les organismes avant de les conserver, notamment des photos pour quantifier la rougeur.»

Récupération du filet à phytoplancton après un trait de filet destiné à collecter les microalgues présentes dans la colonne d'eau
— Andéol Bourgouin
Simon Jaffrès insiste sur la contribution des partenaires. «De nombreux laboratoires ont participé au projet, explique-t-il. Le regroupement Québec-Océan, particulièrement Sylvain Blondeau, pour la mise en place du treuil et de divers instruments adaptés au bateau. Plusieurs chercheurs du groupe de recherche Takuvik, dont nous faisons partie. L'OBNL Voile Laurentienne pour la mise à disposition du voilier. L'UQAR et l'ISMER à Rimouski pour le prêt de matériel et d'équipements. Amundsen Science pour le prêt de certains instruments scientifiques. Au-delà du matériel fourni, ces partenaires nous ont généreusement partagé leur expertise et nous ont permis d'apprendre à utiliser de nombreux équipements de recherche. En plus des financements de Québec-Océan et de Transformer l'action pour le climat, nous avons reçu un soutien financier du Programme d'aide aux projets étudiants de l'Université Laval.»

Laboratoire du voilier avec une étudiante utilisant un outil d'imagerie quantitative du plancton après une journée d'échantillonnage
— Andéol Bourgouin
Pour Zoé Garmirian, le fait que les participantes et participants se connaissaient bien avant le départ a représenté un avantage sur le plan interrelationnel. «Nous étions un groupe d'amis à l'origine, souligne-t-elle. Cela a beaucoup aidé. Et nous avions beaucoup de compétences très variées. En plus de faire de la science et de faire avancer le bateau, il fallait préparer les repas.»
La préparation au voyage comprenait notamment des formations pratiques sur le bateau. «Nous nous sommes entraînés à soulever quelqu'un qui était tombé à l'eau, raconte-t-elle. On ne connaissait pas grand-chose de la voile. Nous avons beaucoup appris. C'est sportif, par moments, le Saint-Laurent. Il y a eu des avertissements de vents forts. On essayait d'utiliser les voiles au maximum, sinon le moteur.»
Du nouveau depuis la fin du périple? «Certaines analyses se poursuivent lorsqu'on a du temps, répond Simon Jaffrès. Demain, nous prévoyons notamment faire l'extraction des pigments du phytoplancton, ainsi que d'autres analyses en laboratoire, en plus du rangement et de l'organisation des données brutes.»
Pour suivre la mission ISSEO sur les médias sociaux:

























