
Deux objets découverts cet été sur le site de la ferme Cadet. À gauche, un contenant à encre presque complet en grès utilisé pour entreposer l'encre et remplir les encriers. Il porte l'inscription du marchand d'encriers John Scott dont l'entreprise a été en activité de 1788 à 1838. À droite, une pipe à fumer en terre cuite fine argileuse blanche, avec un décor moulé de type franc-maçonnique. La marque sur le tuyau permet de connaître le fabricant, qui est W. D. Bell, en activité de 1862 à 1881.
— Chantier-école en archéologie de l'Université Laval
Pour une sixième année consécutive, le chantier-école en archéologie de l'Université Laval s'est déplacé, ce printemps, sur le site dit de la ferme Cadet. L'endroit est situé à Québec, derrière le cimetière Saint-Charles et près de la rivière du même nom. Occupé à partir de la fin du 17e siècle, le lieu permet aux archéologues de documenter la vie rurale et agricole aux limites de la ville.
Le chantier a débuté le 18 mai et s'est terminé le 12 juin. Deux étudiantes stagiaires et un étudiant stagiaire, les trois au deuxième cycle, ainsi que 20 étudiantes et étudiants du premier cycle composaient l'équipe de fouille. Les encadraient les professeures Karine Taché et Rachel Archambault, du Département des sciences historiques et Gabrielle Potvin, assistante-archéologue de terrain.
Cette année, l'équipe de fouille avait pour objectif de documenter une habitation construite au début du 19e siècle, puis démolie à la fin des années 1940. «Les sous-opérations ouvertes, indique Karine Taché, avaient pour but de documenter les traces restantes de cette habitation ainsi que l'intérieur de celle-ci. Plus précisément, nous désirions valider l'existence d'une cheminée dans la portion est de la demeure et d'une annexe en pierres au sud.»
Selon Rachel Archambault, l'intervention archéologique a tout d'abord permis de mieux comprendre l'aménagement intérieur de la demeure. «On a notamment fait la découverte d'un plancher de bois, d'un drain et de dalles de pierres dans ce qui était autrefois le sous-sol de l'habitation, explique-t-elle. Les excavations effectuées dans la partie sud de la demeure ont révélé des traces d'épierrements. Finalement, l'équipe a mis au jour deux structures en pierres, distinctes dans leur forme et leur mode de construction.»
Les étudiantes et les étudiants ont découvert des centaines d'artefacts datant du 19e siècle. Ceux-ci témoignent de la vie domestique sur le site, et de l'agriculture qui s'y faisait. Parmi eux, des faucilles (outils agricoles), des cloches pour harnais de chevaux, de la vaisselle de table, des ustensiles, des ossements d'animaux consommés, des jouets pour enfants, des appareils d'éclairage et des bouteilles d'alcool.
Le chantier-école sera de retour à la ferme Cadet pour une septième et dernière année l'an prochain.
Selon Karine Taché, «nous pouvons être fascinés, nostalgiques, attendris, surpris ou même dérangés par des artefacts car les découvertes archéologiques ont ce pouvoir de rendre concret et tangible le passé. Il y a également l'aspect de la découverte, de l'inédit relié à la pratique de la fouille. Ne pas savoir ce qui sera trouvé après quelques coups de truelle ou de pelle rend la pratique sur le terrain excitante.»
Des tessons de céramique qui permettent de restituer la vie dans un palais royal
Cet été encore, le professeur Thierry Petit, spécialiste de l'archéologie grecque et de l'archéologie romaine au Département des sciences historiques, est retourné à Chypre sur le site du palais d'Amathonte, une très ancienne cité-État située en bord de mer. L'accompagnaient deux étudiantes, Annabelle Bergeron, inscrite à la maîtrise en archéologie, et Lydia Chabot-Scrosati, inscrite au baccalauréat en études anciennes et au certificat en archéologie. Le séjour s'est déroulé du 15 juin au 15 juillet.

Annabelle Bergeron, étudiante à la maîtrise en archéologie, au travail à Chypre cet été en train de dessiner des tessons de poterie provenant du palais d'Amathonte
— Thierry Petit
«Il s'agissait d'une campagne d'étude portant sur l'architecture des différentes phases du palais d'Amathonte, depuis le 9e siècle jusqu'au 4e siècle av. J.-C. et sur la céramique qui provient de ces fouilles, explique le professeur. Cette céramique relève de différentes catégories: grands vases de stockage; amphores locales et importées, à huile ou à vin; céramique de luxe attique importée d'Athènes et destinée à la table du roi.»
Les campagnes de fouilles dirigées par Thierry Petit sur ce site remontent aux années 1970. Des milliers de tessons de céramique ont été découverts depuis. Cet été, les deux étudiantes ont apporté leur contribution à l'identification, l'enregistrement, le dessin, la photographie de cet abondant matériel.
Selon lui, l'étude des tessons de céramique permet de restituer la vie dans un palais royal dans ses différentes activités. Mentionnons la préparation, le stockage et le transport de nourriture; la consommation somptuaire à la table royale; les relations commerciales avec d'autres régions de Méditerranée orientale; enfin, la vie religieuse et les cultes pratiqués au palais.
«Le travail effectué cet été par les étudiantes, ajoute-t-il, a fait avancer l'étude qui doit aboutir à une publication de l'ensemble des trouvailles. En outre, on a pu établir quelles structures appartiennent à chacune des trois phases architecturales du palais.»

























