
Le masque de ventilation à pression positive continue est couramment utilisé pour traiter l'apnée du sommeil. Selon une étude de l'Université Laval, le stress psychosocial chronique et le sentiment de solitude pourraient contribuer à l'apparition de ce trouble respiratoire.
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L'apnée du sommeil touche près d'un milliard d'adultes dans le monde et est associée à de nombreuses conséquences sur la santé, notamment l'hypertension, les maladies métaboliques et les troubles de santé mentale. Pourtant, les causes à l'origine de cette maladie demeurent mal comprises. Une étude menée par Richard Kinkead, professeur à la Faculté de médecine et chercheur au Centre de recherche de l'Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec (IUCPQ), apporte un nouvel éclairage en indiquant que le stress psychosocial chronique contribue à son apparition plutôt qu'en être simplement une conséquence.
Pour explorer cette hypothèse, l'équipe de recherche a combiné des expériences précliniques chez le rat et une analyse reposant sur de vastes études génétiques réalisées auprès de cohortes européennes comptant jusqu'à plus d'un million de personnes participantes. Les résultats montrent que l'isolement social chronique provoque des modifications respiratoires, cardiovasculaires et métaboliques comparables à celles observées chez les personnes atteintes d'apnée du sommeil.
La solitude au banc des accusés
Chez les rats, une période de trois semaines d'isolement social, durant laquelle les animaux étaient hébergés individuellement plutôt qu'en paires, a entraîné une hausse de la fréquence des apnées durant le sommeil, une augmentation de la pression artérielle, ainsi qu'une accumulation accrue de graisse corporelle. Ces effets étaient particulièrement marqués chez les mâles, chez lesquels une plus grande vulnérabilité à l'affaissement des voies aériennes supérieures causant des obstructions respiratoires a également été observée.
Une analyse de vastes données génétiques chez l'humain a montré que les personnes qui se sentent seules présentent un risque accru de souffrir d'apnée du sommeil, et ce, indépendamment des indicateurs d'obésité. Ces observations remettent en question la conception traditionnelle selon laquelle le stress serait uniquement une conséquence de la maladie.
Dépistage et prévention
Selon le professeur Richard Kinkead, l'importance de ces travaux réside dans le fait qu'ils permettent de mieux comprendre les mécanismes susceptibles de déclencher la maladie. «On comprend bien les conséquences de cet important trouble respiratoire, mais étonnamment on n'a pas beaucoup d'informations sur ses origines, les facteurs déclencheurs de la maladie. Cette découverte pourrait ouvrir la voie à un changement de paradigme dans la compréhension et la prise en charge de l'apnée du sommeil», croit-il.
Pour Marianne Gagnon, étudiante au doctorat au sein du laboratoire de Richard Kinkead et étudiante en médecine, ces travaux prennent une importance particulière. «Nos résultats invitent à regarder au-delà du poids et à considérer le patient dans son ensemble, y compris ce qu'il vit au quotidien. Ça m'a vraiment marquée de voir qu'un stress en apparence aussi simple que le fait d'être seul pouvait avoir des effets aussi concrets sur la santé. Contribuer au renversement de perspectives pour mieux aider les patients est exactement le type de clinicienne-chercheuse que je souhaite devenir», raconte-t-elle.
Richard Kinkead et son équipe estiment notamment que le dépistage auprès de populations exposées à un niveau élevé de stress psychosocial pourrait favoriser une identification plus précoce des personnes à risque et contribuer au développement de nouvelles stratégies préventives et thérapeutiques.

Le professeur Richard Kinkead en compagnie de Loralie Mei Guay et Stéphanie Fournier, professionnelles de recherche à l'IUCPQ, Marianne Gagnon, étudiante au doctorat, et Vincent Joseph, professeur à la Faculté de médecine.
«Je pense que c'est une avancée très intéressante, puisque ça nous amène à voir le problème différemment. On constate que c'est une variable sur laquelle on peut avoir un certain contrôle. On peut essayer d'influencer le parcours des gens qui sont atteints d'apnée du sommeil, d'autant plus que c'est une maladie qui a de nombreuses conséquences au niveau de la santé physique et mentale», estime Richard Kinkead.
Les résultats de cette étude suggèrent ainsi que la prise en compte du stress psychosocial comme facteur de risque modifiable pourrait devenir une avenue prometteuse pour prévenir et traiter l'apnée du sommeil.
Les signataires de l'étude publiée dans la revue PNAS affiliés à l'Université Laval sont Marianne Gagnon, Vincent Joseph, Stéphanie Fournier, Natalie J. Michael, Émilie Gobeil, Marie-Pier Bouchard, Loralie Mei Guay, François Marcouiller et Benoit J. Arsenault.
Thaïs Martel est chargée de communication à la Faculté de médecine.
























