
Les enregistrements utilisés pour l'étude du professeur Sébastien Tremblay ont été effectués à l'aide de Fritz, une tête factice munie de microphones, installée au cœur de la foule lors de l'édition 2025 du Festival Fono.
— Yan Doublet, Université Laval
Une équipe de recherche de l'Université Laval démontre que le son binaural, aussi appelé son 3D, permet de reproduire de façon convaincante l'expérience d'un spectacle et d'en renforcer l'immersion, même sans l'utilisation de support visuel.
Le projet, piloté par Sébastien Tremblay, professeur à l'École de psychologie et directeur du laboratoire Co-DOT, a été réalisé à partir d'enregistrements effectués à l'aide de Fritz, une tête factice munie de microphones. Installé au cœur de la foule lors de l'édition 2025 du Festival Fono, cet équipement permet l'enregistrement d'un son binaural et reproduit la façon dont l'oreille humaine perçoit les sons, captant ainsi l'environnement sonore tel qu'un festivalier l'entendrait. Contrairement à l'audio spatial proposé par les plateformes de musique en ligne, qui recrée l'effet de façon numérique en studio, la spatialisation est ici captée directement sur place, par la forme même de la tête et des oreilles de Fritz. Une caméra GoPro fixée sur sa tête enregistrait aussi simultanément la vidéo.
«Les objectifs étaient de comparer l'effet du son binaural et du son stéréo sur le sentiment de présence et d'immersion, d'analyser leur influence sur les émotions ressenties et d'évaluer dans quelle mesure une expérience festivalière peut être reproduite en laboratoire», explique le professeur Tremblay.
Quarante-huit personnes ont été invitées à écouter quatre extraits enregistrés au Festival Fono. Présentés en son binaural ou stéréo, avec ou sans support visuel, les extraits ont permis de mesurer l'immersion, les réponses émotionnelles ainsi que différents indicateurs physiologiques, notamment les mouvements oculaires, la fréquence cardiaque et le rythme respiratoire.
Les résultats montrent que le son binaural procure une expérience plus immersive que le son stéréo lorsque les participants écoutent uniquement le contenu audio. Grâce à la spatialisation des sons, les auditrices et auditeurs ont davantage l'impression d'être présents sur les lieux, de percevoir la scène devant eux et la foule autour d'eux.
L'étude révèle également que le support visuel est moins essentiel lorsque le contenu est présenté en son binaural. Alors qu'elle améliore de façon importante l'expérience en contexte stéréo, son apport est beaucoup plus limité avec le son binaural. À lui seul, ce dernier permet d'atteindre un niveau d'immersion comparable à celui obtenu avec un contenu combinant vidéo et son stéréo.
Ces résultats ouvrent la voie à de nouvelles façons de diffuser les expériences culturelles. «À l'aide d'un simple casque d'écoute, le son binaural pourrait entre autres être utilisé pour créer des balados immersifs, des capsules permettant de revivre un événement ou encore des contenus destinés à des personnes qui ne peuvent se déplacer», conclut le professeur Tremblay.
























