Angela Eve Marsh avec les premières fleurs apparues à l'été 2026
— Université Laval – Yan Doublet
«La biodiversité mondiale est en chute libre. Elle ne va pas bien du tout. Ce qui donne un peu d'espoir est qu'on peut transformer des lieux gazonnés en prairies qui peuvent accueillir de la flore indigène et naturalisée, qui soutiennent des pollinisateurs, comme les abeilles et les papillons parmi d'autres insectes, ainsi que les oiseaux. Il est important de faire revenir la biodiversité.»
Un grand nombre de personnes ont à cœur les espèces animales et végétales menacées par le dérèglement du climat. L'artiste en arts visuels et doctorante à l'Université Laval, Angela Eve Marsh, en fait partie. En septembre 2025, elle a démarré un doctorat sur mesure qui se situe au carrefour de l'art et de l'écologie. «Plusieurs études scientifiques ont fait la démonstration que le concept de prairie urbaine a des retombées positives sur la faune et la flore environnantes», affirme-t-elle.
À ce jour, la doctorante a suivi trois cours, dont Écologie de la restauration et de l'ensauvagement. Elle a aussi mis en marche son projet de recherche sous la supervision de la professeure Geneviève Chevalier, de l'École d'art de l'Université Laval, et de la professeure associée Alison Munson, du Département des sciences du bois et de la forêt. Collabore aussi à cette recherche la technicienne experte et botaniste au même département, Martine Lapointe. Mentionnons aussi la contribution du personnel du Service des immeubles (SI). «Les chercheuses sont venues nous voir pour savoir s'il était possible de compter sur nous pour les travaux, raconte Sylvain Préfontaine, chef d'équipe au SI. Nos équipements sont à leur disposition.»
Une prairie de type friche-jardin
En janvier 2026, l'Université Laval a confié à la doctorante un site de recherche-création de 7500 mètres carrés au sud du pavillon Louis-Jacques-Casault. Le projet de restauration écologique a débuté avec la cessation de la tonte de pelouse et avec des gestes actifs comme l'ensemencement d'espèces indigènes. En juin, Angela Eve Marsh, Martine Lapointe et Alison Munson ont établi les 25 quadrats d'étude de 2 mètres sur 2 mètres qui permettent de recenser, compter ou cartographier toutes les espèces présentes. Suivront les caractérisations botaniques chaque année, bonifiées par la documentation photographique et le dessin botanique.
«Le projet vise la mise en place d'une prairie de type friche-jardin composée de vivaces indigènes et naturalisées, à la fois semées (jardin) et spontanées (friche), explique Angela Eve Marsh. Dans cette prairie en devenir, la tonte régulière est interrompue afin de laisser la végétation se développer librement et de favoriser l'établissement d'espèces adventices résilientes aux changements climatiques et d'autres perturbations urbaines. Des actions d'ensemencement des graines de fleurs sauvages, mellifères et indigènes sont faites, et le fauchage aux deux à trois ans est prévu pour des zones en prairie fleurie, afin de contrôler la succession naturelle et préserver la qualité “champêtre” du lieu.»
La première zone, la zone clairière, est le lieu de la restauration passive du boisé. On ne prévoit aucune intervention à cet endroit pour voir comment l'écosystème se régénère par lui-même. Dans la deuxième zone, les employés du SI ont mis de la bonne terre par-dessus la terre de remblai qu'il y avait et ils ont resemé des graines de gazon, qu'on laisse pousser sans tonte pour les besoins de l'étude. Dans la troisième zone, la doctorante a semé des graines de plantes indigènes cultivées au Québec. Dans la quatrième zone située dans le dépôt à neige, les chercheuses ont semé des plantes halophiles, c'est-à-dire des plantes qui tolèrent le sel. Dans la cinquième zone, on a laissé la pelouse existante pousser librement au soleil, celle-ci se diversifiant naturellement dans le temps.
La zone en prairie en processus de restauration passive. Au loin, le pavillon Louis-Jacques-Casault.
— Université Laval – Yan Doublet
Dans les zones en friche, elle dit avoir déjà vu, cet été, des papillons, des libellules et autres insectes. «La prairie qui a poussé a commencé à permettre aux insectes d'aménager des habitats, poursuit-elle. Et cela attire les oiseaux. La nature a fait cela toute seule.»
Des œuvres écoartistiques
À partir de ses observations, photographies et dessins, ainsi que des données récoltées, Angela Eve Marsh concevra des réponses artistiques sous forme installative, qui suivront l'évolution écologique en cours. «Cette année, ajoute-t-elle, je travaille à concevoir des sculptures-perchoirs-abreuvoirs d'oiseaux en cèdre et en céramique. Ces œuvres constitueront une source d'eau pour la faune et contribueront à augmenter la biodiversité florale à partir des excréments d'oiseaux qui hébergent des graines, tout en offrant une expérience esthétique à travers l'installation sculpturale dans le pré. En parallèle, sur les poteaux et structures du site, j'imprime au pochoir des espèces florales et fauniques que j'observe dans la succession naturelle de la friche en guise de témoignage visuel, et pour révéler la transformation écologique au public. Cette intervention évoluera avec la progression du vivant.»
Œuvre évolutive d'Angela Eve Marsh qui témoigne de l'apparition des plantes dans la friche.
— Université Laval – Yan Doublet
Nouvel esthétisme, nouvelle expérience
Anne Gaboury est responsable de l'adaptation aux changements climatiques et de la biodiversité au Bureau de la responsabilité sociale et environnementale de l'Université Laval. Elle suit de près le projet de prairie urbaine. «Ce n'est pas “mal entretenu”, c'est voulu», dit-elle au sujet de ces parcelles d'herbes de plus en plus hautes qui contrastent avec le gazon entretenu qui les entoure.
«Pour moi, une prairie urbaine est plus belle qu'une pelouse, indique, pour sa part, la doctorante. Cela dépend comment on définit la beauté. Je pense qu'une prairie urbaine va devenir une autre sorte d'esthétisme. On sent du foin, on voit des insectes, cela fait une expérience en soi. C'est multisensoriel. C'est un autre type d'aménagement que les gens peuvent apprivoiser. On voit beaucoup ça en Europe. Ces lieux mi-sauvages proposent une expérience de nature dans les parcs. Sur le campus, il y aura une évolution, une sorte de métamorphose. Un retour aux sources. C'est possible que l'humain cohabite avec la nature dans un partage harmonieux.»
Bioblitz
Un appel à l'action aura lieu le 23 septembre à l'Université Laval, alors que les membres de la communauté universitaire seront invités sur le site de la prairie urbaine pour faire l'identification des plantes et des animaux en compagnie de spécialistes dans le cadre d'un bioblitz. De ce fait, ils contribueront à une base de données sur les insectes, les oiseaux et autres espèces fauniques qui trouvent refuge sur le site, ainsi que sur les espèces florales. La fin de septembre verra aussi l'installation d'affiches de sensibilisation. Ces affiches accompagneront le début des installations artistiques. Angela Eve Marsh poursuivra le plan de suivi jusqu'en 2029.

























