
Alexandra Bourgeois, étudiante au doctorat et première auteure de l’étude, Louis-David Martin, étudiant à la maîtrise, Dominic Gagnon, professionnel de recherche, et Dave Richard, professeur à la Faculté de médecine de et chercheur au Centre de recherche du CHU de Québec – Université Laval.
— Centre de recherche du CHU de Québec – Université Laval
Malgré les avancées importantes réalisées grâce aux campagnes de prévention et de vaccination, la malaria demeure un important enjeu de santé mondiale. Selon l'Organisation mondiale de la santé, la maladie aurait touché plus de 282 millions de personnes et causé près de 610 000 décès en 2024. Transmis par la piqûre d’un moustique, le parasite responsable de la maladie se loge dans les globules rouges de son hôte. Une fois à l’intérieur, il consomme leur contenu pour se nourrir et se multiplier.
Une équipe de recherche de l’Université Laval dirigée par Dave Richard, professeur titulaire à la Faculté de médecine de l’Université Laval et chercheur au Centre de recherche du CHU de Québec – Université Laval, est parvenue à identifier une protéine essentielle à la survie du parasite de la malaria, nommée PfVps15. Les résultats de cette étude ont été publiés dans la revue PLOS Pathogens.
«Nous avons découvert que cette protéine n’est pas impliquée dans un seul processus cellulaire, mais dans plusieurs processus essentiels à la survie du parasite. C’est ce qui en fait une cible particulièrement prometteuse pour le développement de nouveaux médicaments contre la malaria», indique Dave Richard.
Pour couvrir une partie de ses besoins nutritionnels et créer l’espace nécessaire à sa croissance, le parasite doit transporter l’hémoglobine du globule rouge hôte vers une structure appelée vacuole digestive, où elle est digérée.
PfVps15 agit un peu comme un panneau de signalisation cellulaire. Elle régule la production d’un signal essentiel au transport de l’hémoglobine. En son absence, le parasite de la malaria ne parvient plus à s’alimenter adéquatement et finit par mourir.
«Imaginons une gare centrale où les protéines du parasite représentent des passagers. Chaque protéine possède un billet pour se rendre à une destination précise. Dans notre étude, c’est comme si nous avions retiré les panneaux de signalisation. Sans ces indications, les protéines ne savent plus où aller. Le parasite n’arrive plus à assurer ses fonctions essentielles et finit par mourir», explique le professeur Richard.
Un lourd fardeau pour les populations vulnérables
Près de 95% des cas de malaria dans le monde sont recensés sur le continent africain. Au-delà de ses conséquences sur la santé, cette infection entraîne un important fardeau social et économique. La baisse de la productivité, l’absentéisme scolaire et professionnel, ainsi que l’aggravation de la pauvreté et de l’insécurité alimentaire contribuent à maintenir les populations les plus vulnérables dans un cycle difficile à briser.
«La malaria touche principalement les populations des pays à faible et moyen revenu. Les ressources limitées compliquent l'accès aux vaccins et aux traitements, ce qui contribue à maintenir la maladie. C'est un cercle vicieux» ajoute-t-il.
Si la malaria peut sembler lointaine, la réalité canadienne n'en demeure pas moins touchée par les voyages à l'étranger et l'augmentation des flux migratoires. De plus, avec les changements climatiques, les zones de transmission se déplacent progressivement vers le nord. Des cas de transmission locale ont d’ailleurs été signalés récemment dans le sud des États-Unis.
Contourner la résistance aux traitements
Bien qu’il existe des traitements contre la malaria, leur nombre reste limité et leur efficacité est souvent compromise par l’apparition de résistances. Dans de nombreuses régions, le parasite a appris à contourner les traitements existants et très peu de nouveaux médicaments sont mis au point.
«L’idéal serait de concevoir un vaccin universel capable d’offrir une protection totale. Le principal défi est que plusieurs protéines présentes à la surface du parasite sont très polymorphiques. Il existe des milliers de variantes, ce qui complique considérablement le développement de vaccins universels», souligne le chercheur.
En ciblant une protéine impliquée dans plusieurs fonctions essentielles, le professeur Richard et son équipe espèrent que leur découverte mènera au développement de traitements auxquels le parasite aura beaucoup plus de difficulté à devenir résistant.
La prochaine étape consistera à collaborer avec des chimistes médicinaux afin d’identifier des molécules capables de bloquer cette protéine et d’évaluer leur efficacité contre le parasite. «Cette découverte met en lumière une vulnérabilité importante du parasite et ouvre la voie à de nouvelles approches thérapeutiques contre la malaria», conclut le professeur Richard.
Les signataires de l’étude publiée dans la revue PLOS Pathogens affiliés à l’Université Laval sont Alexandra Bourgeois, Louis-David Martin, Dominic Gagnon et Dave Richard.
L’étude a été financée par les Instituts de recherche en santé du Canada et a été menée en collaboration avec des chercheurs de l’Université de l’Alberta à Edmonton.
Jasmin Roy est conseiller aux communications à la Direction du Centre de recherche CHU de Québec – Université Laval.

























