15 octobre 2026
Une des plus grandes retombées de la recherche: les personnes qu'elle forme
Le rapport Actrices et acteurs du changement sociétal révèle comment les personnes diplômées en recherche mobilisent leurs apprentissages pour contribuer à l'amélioration de la société

Marie-France Gévry, coauteure du rapport et conseillère à l'intégration interdisciplinaire dans l'Équipe inter-vice-rectorats pour l'interdisciplinarité et l'impact, et Pascale Ropars, coauteure du rapport et conseillère à la mobilisation des connaissances dans la même équipe.
— Yan Doublet, Université Laval
Lorsqu'on souhaite mesurer les retombées de la recherche, le premier réflexe est de répertorier les avancées scientifiques. Le milieu universitaire est encore très attaché à des indicateurs comme le nombre de publications scientifiques, de citations ou de brevets. Bien que ces mesures demeurent utiles, elles ne permettent pas toujours de comprendre comment les connaissances circulent et sont mobilisées dans les organisations et les collectivités.
Et si la plus grande retombée de la recherche universitaire n'était pas une découverte majeure, mais plutôt les personnes formées à la recherche, qui transportent ensuite leurs connaissances, leur esprit critique et leur capacité d'agir dans tous les secteurs de la société? C'est l'hypothèse qui a guidé le projet ayant donné lieu au rapport Actrices et acteurs du changement sociétal.
«Quand on a débuté le projet en 2023, on s'est inspirés d'une hypothèse mise de l'avant dans un workshop qui avait réuni différents dirigeants d'organismes subventionnaires de partout dans le monde. Cette hypothèse supposait que les personnes qui quittent le milieu de la recherche peuvent aussi contribuer à son impact sociétal en mettant à profit, dans leur carrière, la formation et les compétences acquises en recherche», raconte Pascale Ropars, l'une des coauteures du rapport et conseillère à la mobilisation des connaissances dans l'Équipe inter-vice-rectorats pour l'interdisciplinarité et l'impact.
«Étant donné que ces retombées indirectes sont encore mal évaluées, on voulait concevoir un outil qui pourrait éclairer les angles morts de l'impact de la recherche universitaire», renchérit Marie-France Gévry, une autre coauteure du rapport et conseillère à l'intégration interdisciplinaire dans la même équipe.
Un sondage auprès des personnes diplômées
Pour dresser un portrait global des retombées de la recherche, l'équipe du projet a d'abord demandé à 3341 diplômées et diplômés de remplir un questionnaire en ligne. Ces personnes ont été choisies aléatoirement parmi les 6956 ayant obtenu un diplôme de 2e et 3e cycles en recherche à l'Université Laval dans les 5 à 15 années précédentes. Parmi elles, 637 ont accepté, pour un taux de réponse de près de 20%. Les répondantes et répondants provenaient de 15 facultés et présentaient des caractéristiques sociodémographiques variées. Ensuite, pour approfondir et illustrer les faits observés dans le sondage, l'équipe a invité 15 répondantes et répondants à discuter lors d'entretiens semi-dirigés.
Trois constats majeurs se sont dégagés de ces données quantitatives et qualitatives. D'abord, au-delà des savoirs particuliers liés à une problématique précise, les personnes répondantes associent leur formation en recherche à une manière de penser qui demeure utile longtemps après la diplomation. Ainsi, une forte majorité d'entre elles estiment que les compétences transversales acquises durant leur formation à la maîtrise ou au doctorat jouent un rôle important dans leur pratique professionnelle. Elles reconnaissent avoir développé une capacité à analyser des situations complexes, à rechercher l'information pertinente, à évaluer la qualité des données disponibles et à prendre des décisions fondées sur des faits plutôt que sur des impressions ou des opinions.
Le deuxième constat porte sur le rôle de médiation que jouent les personnes diplômées. Selon les résultats de l'enquête, plus de la moitié d'entre elles (58%) maintiennent des liens avec le milieu de la recherche universitaire, même si leur emploi est à l'extérieur de ce milieu. «Ces personnes sont vraiment des ponts entre l'université et la société. Elles peuvent synthétiser dans leur milieu de travail les avancées en recherche et suggérer des changements de pratique qui s'appuient sur la science». Elles peuvent également contribuer à mettre en lumière les besoins des milieux de pratique auprès des chercheuses et chercheurs», remarque Marie-France Gévry.
Finalement, l'étude rapporte que plus de la moitié des personnes diplômées en recherche (55%) ont participé à au moins une initiative d'innovation sociale, c'est-à-dire une initiative visant à améliorer le bien-être des individus ou des communautés. Les témoignages recueillis indiquent que ces contributions touchent une variété de domaines, allant de l'élaboration de politiques publiques à l'amélioration de services de santé, en passant par le développement d'initiatives destinées à soutenir des populations vulnérables.
«Dans plusieurs cas, les diplômés ne sont pas les porteurs des projets, mais leur contribution est structurante. Souvent, leur rôle est de fournir des connaissances, des analyses, des outils, des réseaux de relations qui permettent à ces innovations sociales de se concrétiser. Dans les entretiens, on a pu voir comment les compétences développées en recherche sont utiles dans des projets comme des frigos-partages, des jardins communautaires ou la création d'une monnaie locale», explique Pascale Ropars.
Une nouvelle vision de la formation en recherche
Les personnes diplômées aux 2e et 3e cycles ne sont donc pas que des spécialistes d'un domaine pointu, elles sont surtout des citoyennes et citoyens capables d'aborder les enjeux complexes avec rigueur et nuance. Cet impact indirect de la recherche permet de rappeler que les universités contribuent au bien commun de multiples façons, remarque la doyenne de la Faculté des études supérieures et postdoctorales, Annie Pilote, aussi impliquée dans l'équipe du rapport Acteurs du changement sociétal.
«La recherche ne produit pas seulement de nouveaux savoirs; elle vise à former des talents. Certes, aux cycles supérieurs, on forme une relève scientifique, mais on forme aussi des gens qui vont accomplir de grandes choses dans tous les domaines. Ce n'est pas une perte pour le milieu de la recherche; c'est un gain pour la société», souligne-t-elle, avant d'ajouter qu'en tant que doyenne, elle porte depuis plusieurs années un discours centré sur l'humain.
«Je le répète depuis longtemps, quand on se soucie de nos étudiantes et étudiants aux cycles supérieurs, quand on valorise l'humain dans leur formation, ça crée de grandes retombées humaines», conclut Annie Pilote.
Outre Pascale Ropars et Marie-France Gévry, les autres personnes qui ont corédigé le rapport sont Keith Lévesque, directeur de l'Équipe inter-vice-rectorats pour l'interdisciplinarité et l'impact et adjoint à la vice-rectrice à la recherche, à la création et à l'innovation, et Johanna Masse, responsable des partenariats et événements à la Faculté des sciences sociales.
Ce projet a été réalisé dans le cadre du chantier transformateur Les savoirs, les sciences et la société. Ses résultats seront présentés lors de l'événement Donnez de l'élan à votre parcours, le 27 novembre.
Lire le rapport Actrices et acteurs du changement sociétal
























