29 octobre 2026
Innovation sociale en santé: des initiatives transforment l'accès aux services
Présentés lors d'un symposium, Le Lotus et la Clinique SPOT illustrent le potentiel de nouvelles approches alors que la culture de l'innovation reste à construire au Québec, selon la professeure Nancy Côté

Le projet Le Lotus accompagne 250 familles en situation de vulnérabilité, dont beaucoup de personnes immigrantes avec enfants de 0 à 5 ans.
— Université Laval, Équipe réseaux proximité
Le projet Le Lotus, une innovation sociale récente qui a pour mission d'accompagner les femmes et leur famille vivant en situation de vulnérabilité durant toute la période périnatale, a vu le jour dans l'un des quartiers centraux de Québec. Le mardi 27 octobre, au Grand Salon du pavillon Maurice-Pollack, ce projet a fait l'objet d'une présentation et d'échanges dans le cadre d'un symposium organisé par l'Équipe réseaux proximité. Ce collectif de recherche de l'Université Laval, qui regroupe notamment une quinzaine de professeurs, est dirigé par la professeure au Département des relations industrielles, Nancy Côté.
«De nombreuses personnes ont assisté au symposium, explique la professeure Côté. Les échanges ont été très riches. L'idée derrière les deux thématiques que sont l'exclusion et la vulnérabilité est que l'on observe vraiment un accroissement des problématiques sociales, comme celles liées au vieillissement, à la santé mentale, à la crise de l'itinérance ou à la crise alimentaire. Or, notre système de santé n'est pas construit pour répondre à de tels besoins. Ces nouvelles problématiques nous obligent à repenser la porte d'entrée du système de santé.»
Le Lotus accompagne 250 familles en situation de vulnérabilité, dont beaucoup de personnes immigrantes avec enfants de 0 à 5 ans, dans le secteur le plus pauvre de la ville de Québec. «Cette innovation, poursuit-elle, repose beaucoup sur la collaboration intersectorielle. Ces services sont complémentaires et concertés, dont le Groupe de médecine de famille Proximité St-Roch, le collectif Les Accompagnantes et Entraide Naturo-Lait. Une clinique est impliquée, des infirmières aussi.»
L'action du Lotus se déploie autour de trois grands objectifs. Premièrement, faciliter l'accès aux services de santé et communautaires en simplifiant l'accès aux services médicaux et sociaux, comme l'accès aux échographies. Deuxièmement, briser l'isolement et développer un réseau de soutien bienveillant par un accompagnement et une mobilisation personnalisée. Troisièmement, réduire les inégalités sociales de santé.

Un des grands objectifs du Lotus consiste à briser l'isolement et à développer un réseau de soutien bienveillant. Ici, l'infirmière clinicienne Maude Rodrigue, à gauche avec le bébé, discute avec des bénéficiaires.
— Université Laval, Équipe réseaux proximité
La Clinique SPOT
Le programme du symposium comprenait une présentation sur la Clinique communautaire de santé et d'enseignement SPOT. Située dans l'un des quartiers centraux de Québec, cet organisme à but non lucratif s'adresse aux personnes en situation de marginalisation, de désaffiliation et de vulnérabilité qui sont peu ou non rejointes par le réseau de santé public. «Cette clinique est très innovante, soutient Nancy Côté. Énormément de formations y sont données à des étudiantes et étudiants de l'Université Laval en sciences sociales et en sciences de la santé.» Le volet Clinique SPOT Nomade se déplace directement dans la rue et dans divers organismes communautaires partenaires pour aller à la rencontre des personnes. «SPOT Nomade permet d'aller encore plus en soutien aux personnes en situation de vulnérabilité», souligne-t-elle.
Le symposium a également consacré un atelier aux syndicats comme moteur d'innovations sociales. Selon la professeure, dans un réseau fortement syndiqué comme celui de la santé et des services sociaux, l'innovation sociale ne peut être pensée sans considérer les relations de travail. «On va souvent cibler les conventions collectives comme un frein à l'innovation sociale, explique-t-elle. On a voulu comprendre le rôle des syndicats dans l'innovation sociale, son évolution et la dynamique qui empêche les ajustements permettant l'innovation. Un écart s'est creusé entre la réalité du terrain et les centrales syndicales, surtout depuis la forte centralisation imposée par la réforme de 2015.»
Une université leader
Selon Nancy Côté, l'Université s'est positionnée stratégiquement comme un carrefour d'expertise dans un domaine où convergent santé publique, innovation sociale, politiques publiques et développement des communautés. «Les réponses aux grands enjeux sociaux nécessitent la collaboration entre plusieurs acteurs sur le territoire, dit-elle. L'itinérance est un bon exemple: les solutions résident dans la capacité des villes, des organismes communautaires, des services sociaux et de santé à travailler ensemble pour développer des réponses concertées et non pas en silo.»
Quels sont les freins à l'innovation sociale au Québec? À cette question, la professeure répond: «L'innovation sociale repose sur l'expérimentation de nouvelles idées, des services, des interventions ou des politiques, et de nouvelles façons de travailler ensemble sur un territoire. L'expérimentation suppose que l'on accepte de prendre des risques et de faire des erreurs. Ça suppose aussi qu'on laisse de la marge de manœuvre aux acteurs près du terrain pour prendre des décisions sur ce qui est le plus approprié pour les populations sur un territoire local. Une forte culture de contrôle et la bureaucratisation limitent les possibilités de faire autrement, et surtout de pérenniser ces nouvelles expérimentations dans le temps.»
Selon la professeure Côté, la culture de l'innovation reste à construire au Québec. «Au Québec, explique-t-elle, on a développé une culture des projets pilotes. On a plusieurs bonnes idées sur ce qui devrait être fait autrement pour offrir de meilleurs services, favoriser un meilleur accès et aussi développer des services plus adaptés à la diversité des populations. Mais on n'a pas vraiment les conditions qui permettent de pérenniser ces idées. Par exemple, les projets pilotes sont souvent rendus possibles avec des financements ponctuels, qui ne sont pas reconduits, donc le projet n'a pas le temps de démontrer sa valeur ajoutée.»
























