29 janvier 2026
Des aliments de faible qualité nutritionnelle passent sous le radar de la loupe de Santé Canada
Une proportion appréciable des barres granola et des céréales à déjeuner qui n'ont pas à afficher la loupe de Santé Canada sur leur emballage sont tout de même de faible qualité nutritionnelle

La loupe de Santé Canada et les allégations qui figurent sur les emballages peuvent aider les consommateurs dans leurs choix alimentaires. Par contre, l'absence de la loupe ou la présence d'une allégation n'est pas une garantie que le produit est de bonne qualité nutritionnelle. Il faut être prudent dans l'interprétation que l'on fait de ces informations, préviennent les chercheurs.
— Santé Canada
Une étude qui vient de paraître dans BMC Nutrition rapporte que les produits alimentaires qui n'affichent pas la loupe de Santé Canada sur leur emballage sont généralement de meilleure qualité nutritionnelle que les produits affichant la loupe. Toutefois, il faut interpréter l'absence de cette loupe avec prudence, prévient l'équipe de l'Université Laval qui a signé cette étude, parce que 39% des barres granola et 12% des céréales à déjeuner dont la composition n'exige pas la présence de l'avertissement de Santé Canada sur leur emballage sont tout de même de faible qualité nutritionnelle.
Rappelons que depuis le 1er janvier, les aliments préemballés dont la composition dépasse un certain seuil en gras saturés, en sucre ou en sodium doivent obligatoirement porter, sur le devant de l'emballage, un symbole nutritionnel montrant une loupe ainsi que le ou les nutriments qui posent problème.
«Le règlement de Santé Canada porte uniquement sur la composition en gras saturés, en sucre et en sodium. Certains aliments peuvent respecter ces seuils tout en étant globalement de faible qualité nutritionnelle», explique la responsable de l'étude, Marie-Ève Labonté, de l'École de nutrition et du Centre NUTRISS de l'Institut sur la nutrition et les aliments fonctionnels de l'Université Laval.
Pour en faire la démonstration, la professeure Labonté et ses collaboratrices ont utilisé des données compilées par l'Observatoire de la qualité de l'offre alimentaire de l'Université Laval. Leurs analyses ont porté sur 4 catégories d'aliments: les céréales à déjeuner (392 produits), le pain tranché (340 produits), les barres granola (369 produits) et les yogourts et desserts laitiers (387 produits).
Pour chacun de ces produits, l'équipe a généré, à l'aide d'un algorithme, un score fournissant une indication de sa qualité nutritionnelle globale. «Ce score tient compte simultanément des nutriments dont il faut limiter la consommation et des nutriments dont la consommation est encouragée, entre autres les protéines, les fibres et les ingrédients d'origine végétale», précise la chercheuse.
Dans les quatre catégories étudiées, les aliments qui n'ont pas à porter la loupe de Santé Canada ont un meilleur score nutritionnel que les produits qui doivent l'afficher. Par contre, 39% des barres granola et 12% des céréales à déjeuner qui respectent les seuils pour les gras saturés, le sucre et le sodium, et qui conséquemment n'ont pas à afficher la loupe, sont tout de même de faible qualité nutritionnelle globale.
Même constat pour les allégations nutritionnelles
L'équipe de recherche a refait le même exercice en s'intéressant aux allégations qui sont affichées sur les emballages. «On pense, par exemple, à des énoncés comme “Bonne source de fer”, “Fait avec des ingrédients nutritifs”, “Faible en sucre»” ou “Les fibres de psyllium aident à réduire le cholestérol”», précise la professeure Labonté.
Ces allégations abondent sur les emballages des produits alimentaires. Par exemple, 79% des céréales à déjeuner et 60% des barres granola examinées par l'équipe de recherche présentaient au moins une allégation de ce type.
Les analyses montrent, ici encore, que les produits qui affichent de telles allégations sont généralement de meilleure qualité nutritionnelle que ceux qui n'en portent pas, mais les exceptions sont courantes. En effet, 43% des barres granola et 24% des céréales à déjeuner qui affichent ces types d'allégations sont de faible qualité nutritionnelle globale.
«La loupe de Santé Canada et les allégations qui figurent sur les emballages peuvent aider les consommateurs dans leurs choix alimentaires. Par contre, l'absence de la loupe ou la présence d'une allégation n'est pas une garantie que le produit est de bonne qualité nutritionnelle. Il faut être prudent dans l'interprétation que l'on fait de ces informations», insiste la professeure Labonté.
La chercheuse estime qu'une campagne d'éducation visant à aider la population à bien décoder ces informations serait de mise. Santé Canada s'apprêterait d'ailleurs à lancer une campagne sur son nouvel avertissement nutritionnel.
Pour ce qui est des allégations, le Canada pourrait s'inspirer de ce qui a été fait en Australie et en Nouvelle-Zélande, propose-t-elle. «Dans ces pays, les entreprises ne peuvent pas afficher d'allégations sur l'emballage de produits dont la qualité nutritionnelle est jugée faible. En procédant ainsi, on évite que les produits soient perçus par les consommateurs comme plus sains qu'ils ne le sont vraiment.»
La première auteure de l'étude est l'étudiante-chercheuse Annie Vézina. L'article publié dans BMC Nutrition est tiré de ses travaux de maîtrise. Les autres signataires de l'étude sont Alicia Corriveau, Mylène Turcotte, Clara-Jane Rhéaume, Véronique Provencher et Marie-Ève Labonté.























