22 janvier 2026
L'omble chevalier, un pilier de l'alimentation et de la culture au Nunavik
Une recherche menée à l'Université Laval met en lumière l'importance de ce poisson pour les communautés inuites en lien avec la sécurité alimentaire, la santé et les coutumes

L’omble chevalier est considéré comme étant une espèce importante pour la sécurité alimentaire, la santé et la culture des Inuits.
— Imalirijiit Science and Culture Landcamp/Sara Bolduc
Des plats traditionnels aux sushis, l'omble chevalier fait partie intégrante du quotidien des communautés au Nunavik. «C'est la deuxième espèce la plus consommée après le caribou», souligne Sara Bolduc, diplômée de la maîtrise en biologie. Elle a travaillé sur l'importance de ce poisson pour les communautés inuites alors qu'elle était professionnelle de recherche sous la supervision de Marianne Falardeau-Côté, professeure à l'Université TÉLUQ, et de Mélanie Lemire, professeure à la Faculté de médecine de l'Université Laval.
L'étude, publiée dans la revue scientifique Arctic Science, a commencé par des consultations en 2021 dans trois communautés de la baie d'Ungava, soit Kangiqsualujjuaq, Aupaluk et Kangirsuk. À travers des entrevues, des groupes de discussion et des ateliers, l'équipe de recherche a posé des questions ouvertes aux personnes participantes, adultes et aînées. «L'objectif était de mieux comprendre l'importance multidimensionnelle de ce poisson pour les Inuits, afin que leurs perspectives soient mieux prises en compte et puissent orienter des décisions culturellement adaptées en matière de sécurité alimentaire», indique Sara Bolduc, première auteure de l'étude.
Un poisson aux multiples facettes
L'omble chevalier a été décrit par l'ensemble des participantes et participants comme étant une espèce importante pour la sécurité alimentaire, la santé et la culture des Inuits. «C'est une source de nourriture qui est disponible toute l'année et qui est accessible dans différents milieux comme les lacs et les rivières», précise Sara Bolduc. Ce poisson est reconnu par la population pour ses effets bénéfiques sur la santé physique, notamment grâce à sa concentration en omégas-3, mais aussi sur le bien-être, car il est associé aux rassemblements communautaires, comme les festins et les compétitions de pêche, et est largement partagé au sein des communautés.
Selon les personnes participantes, presque toutes les parties du poisson peuvent être consommées, mais l'équipe de recherche a noté des différences d'habitude selon l'âge. «Les enfants vont surtout manger la queue parce qu'il y a moins d'os. Certains aînés nous mentionnaient que les jeunes étaient parfois plus sélectifs pour les parties du poisson, parce qu'ils ont maintenant accès à différentes sources de nourriture», rapporte Sara Bolduc.
Avec la transition alimentaire observée au cours des dernières décennies, marquée par l'arrivée des aliments du marché, il y a aussi de nouvelles techniques et de nouvelles méthodes de préservation qui ont changé un peu les habitudes. «Par exemple, l'omble chevalier peut être consommé sous forme de sushis.»
Les personnes participantes rapportaient différentes méthodes de préparation selon les parties du poisson, mais aussi selon sa qualité, car sa taille et la couleur de sa chair sont influencées par son alimentation en mer et sa période de reproduction. «La majorité des personnes préférait consommer les poissons frais, de taille moyenne et à la chair rouge, mais elle se disait flexible à adapter leur méthode de préparation si les poissons n'avaient pas leurs caractéristiques idéales.» Sara Bolduc souligne l'importance de cette adaptabilité dans un contexte de changement climatique, alors que la qualité poisson est amenée à changer avec ces bouleversements.

L'omble chevalier est associé aux rassemblements communautaires, comme les festins et les compétitions de pêche.
— Imalirijiit Science and Culture Landcamp/Sara Bolduc
Une recherche en collaboration avec les communautés
Pour vérifier que la compréhension des données était représentative de la réalité des gens, l'équipe a fait plusieurs allers-retours auprès des personnes participantes. «On a pu ajouter des nuances dans les résultats et les raffiner.»
Le processus s'est échelonné sur trois ans. Par la suite, l'équipe de recherche a présenté ses résultats aux communautés, notamment sous forme de rapports vulgarisés et même d'une émission de radio. L'équipe a aussi fait des démarches pour que toutes les données recueillies appartiennent aux communautés. «S'ils ont envie de les utiliser dans 20 ans, dans 30 ans, c'est accessible.»
Durant le projet, Sara Bolduc et ses collègues ont bénéficié de l'aide des associations locales de chasseurs et pêcheurs, des organismes régionaux et des coordonnatrices locales. L'étude a été menée en collaboration avec le Comité de la nutrition et de la santé du Nunavik. «Cette recherche pourrait servir à orienter des décisions et des recommandations qui vont mieux prendre en considération les perspectives des Inuits», conclut-elle.
Les signataires de l'étude publiée dans Arctic Science et du rapport vulgarisé affiliés à l'Université Laval sont Sara Bolduc, Marianne Falardeau, Mélanie Lemire et Jean-Sébastien Moore.
























